Angèle et les loutres: rencontre du 3è type à Pairi Daiza

GAEL a joué au bon génie et a exaucé (enfin dans les grandes lignes) un vœu de notre GAEL Guest d’octobre, la chanteuse Angèle. D’après Florence Hainaut. Photos: Benoît Do Quang.

Danse avec les loutres

C’est la manager d’Angèle qui nous a soufflé l’idée: lui faire rencontrer son animal fétiche. On a préparé notre coup avec sa complicité et celle de Pairi Daiza. À tous ceux qui entaient dans le secret, un seul mot d’ordre: ne surtout rien dire à la chanteuse. Le jour J, on a retenu notre souffle.

«Quoi, on va voir des loutres géantes? Mais c’est méchant, ça, ça mange les crocodiles!» Oups. Voilà pour la surprise. On pensait qu’Angèle adorait les loutres. On tente un «C’est pas mauvais, le crocodile...» un peu nerveux. Il faut dire que les petites loutres asiatiques, jolies comme des peluches et qui inondent Internet à grands coups de vidéos de grattage de truffe et de lissage de moustaches, sont actuellement tenues hors des regards du public. En cet été caniculaire, elles pouponnent, et comme leurs amis les mammifères humains, c’est pas le moment d’aller les embêter.

LA LOUTRE TUEUSE

«Mon petit pêché mignon, explique Angèle, ce sont les documentaires animaliers. J’ai vu tous ceux qui sont sur Netflix. Dont un sur les plus grands prédateurs, et tu sais que les loutres sont dedans! Après, j’ai tapé “loutres géantes” sur YouTube et je suis tombée sur un super reportage. Mais ces animaux sont super effrayants, ils ont les yeux de l’enfer. À un moment, il y a un crocodile qui arrive, elles s’y mettent à trois et elles le bouffent.»

Dans le parc, en chemin vers les prédatrices sanguinaires, l’artiste s’arrête en rigolant devant les singes-écureuils, les saïmiris: «C’est mon totem scout!» De cette période, Angèle a également gardé une amie, Sylvie. «Elle est comme une grande sœur.» Son ancienne cheffe guide et baby-sitter occasionnelle, soutien inconditionnel, est celle qui l’a poussée à passer des expérimentations sur Instagram aux vraies scènes. Elle est aujourd’hui l’une de ses managers, un métier qu’elle a appris sur le tas. Elle la couve du regard, la cadre et la protège. Au milieu d’un tourbillon médiatique, de unes de magazines pointus aux millions de vues sur YouTube, Angèle traîne ses clapettes de sport dans les allées de Pairi Daiza avec une décontraction et un naturel qui n’ont rien de feint. Elle a su s’entourer de personnes bienveillantes et multitalentueuses. «Je n’ai jamais eu le sentiment de devoir défendre un projet à bout de bras, seule. J’ai toujours eu des gens qui m’ont soutenue

LA LOUTRE EN ARRIÈRE-PLAN

Moins léchés graphiquement, les milliers de clichés qu’Angèle accepte de faire avec les personnes qui l’abordent. Et ça ne manque pas. «T’as vu? C’est la sœur de Romeo Elvis», «Angèle, merci pour ton concert des Ardentes, c’était super!» Elle sourit, prend la pose, a la délicate attention de courber sa longiligne silhouette pour les fans moins nantis en centimètres, rassure une jeune fille qui, dans la panique, ne retrouve plus son smartphone. Elle est plutôt à l’aise. «Oui, enfin ça dépend quand. Ici, je suis un peu dans le cadre du travail donc ça ne me dérange pas. Si j’étais avec mon copain, ça serait peut-être différent. Dans tous les cas, je ne vais jamais être désagréable, parce que les gens ne t’abordent jamais pour te nuire. Puis finalement, j’ai toujours connu ça. Toute mon enfance, j’ai vu des gens demander des autographes et des photos à mes parents.» Est-ce que ça ne la force pas à être toujours en représentation? «Il y a déjà eu des situations compliquées. À l’hôpital, on est venu me demander une photo. Je suis devenue toute rouge, je leur ai dit que ça n’était pas le moment. Et là seulement, ils ont réalisé qu’en effet, c’était inadéquat. Les gens oublient, ils voient la chanteuse telle qu’ils l’ont vue à la télé ou sur Internet et ne voient pas que quelqu’un est à l’hôpital pour des raisons potentiellement tristes. Ou qu’il fait ses courses. Mais voilà, il faut l’accepter. Puis je l’ai un peu cherché...»

LA LOUTRE CHANTEUSE

Passés le chameau qui fait bizarrement des roulades sur le dos et les gibbons dans leur tunnel aérien, voilà l’aquarium des loutres. Sous le regard attendri d’une foule compacte, Diego et Pepper, deux loutres géantes mâles, font la sieste sur une branche d’arbre. De grands «oooooh» retentissent quand, dans un demi-sommeil, l’une d’elles se frotte les yeux puis glisse dans l’eau, se rafraîchit et retourne, tel un gros lézard, se sécher au soleil.

«Tu vas voir qu’elles font vraiment beaucoup de vocalises, on les entend de loin», prévient Jordy, le soigneur, en sortant un seau de poisson. Tels des chats qui reconnaissent à 30 mètres à la ronde le bruit de la boîte de pâtée qu’on s’apprête à ouvrir, Diego et Pepper accourent en hurlant. Un bruit absolument inconnu pour une oreille humaine qui n’a pas déjà nourri des loutres, mélange d’un bébé qui hurle qu’on aurait passé à l’AutoTune et de la porte d’un château fort qui grince, ce qui ne manque pas de surprendre Angèle: «Wow wow wow, j’étais pas prête! Diego, reste calme!» Passant outre la légère répugnance que lui inspirent les poissons morts, elle nourrit les deux affamés. «Mais t’as vu comme elles mangent! C’est trop mignon!» Avec la grâce d’un modèle de Manet, nonchalamment affalées dans leur enclos, elles tiennent leur pitance comme un enfant tiendrait un frisko. «Elles mangent principalement du poisson, explique Jordy. Dans la nature, elles vont aussi manger des serpents aquatiques, des bébés caïmans et tous les petits crustacés qu’elles peuvent trouver dans l’eau. Ici, elles avalent chacune jusqu’à 2,5 kilos de nourriture. On divise ça en quatre repas pour les stimuler un maximum.»

LA LOUTRE JOUEUSE

De temps en temps, les soigneurs leur font des jouets, de gros glaçons avec des poissons à l’intérieur, qu’elles plongent et sortent de l’eau jusqu’à ce qu’elles atteignent le Graal à arrêtes. «En fait c’est vraiment mignon, mais juste quand ça mange, conclut Angèle, lapidaire. Bon, sinon j’ai plein de questions: est-ce qu’elles sont nécrophiles? Elles se reproduisent avec des morts? J’ai lu ça.» Un ange passe. «Écoute, honnêtement, je ne pourrais pas te le dire, c’est une question qu’on ne m’a jamais posée.» L’ange passe dans l’autre sens. «Et elles viennent d’où, celles-là?» Éclair de soulagement dans les yeux du soigneur. «Elles sont nées en captivité, elles viennent d’Allemagne. Mais à l’origine, elles sont d’Amérique du Sud. Il y a plusieurs espèces de loutres, celles-ci sont les plus grandes. Les loutres asiatiques font environ le tiers de leur taille. Celles-ci peuvent aller jusqu’à 2 mètres de long, en comptant la queue.» Les loutres géantes ont les pattes palmées, contrairement aux loutres asiatiques. «Ça les aide à nager plus facilement et leur queue sert de propulseur pour gagner de la vitesse. C’est vraiment comme une grosse rame.» Quand aux moustaches, atout charme qui fait de ces gros chats aquatiques des stars du Net, elles leur servent à chasser: «Quand les poissons nagent, ils émettent des vibrations dans l’eau. Elles ont des capteurs sensoriels sur les moustaches pour les détecter.»

Diego et Pepper, après avoir vainement et bruyamment réclamé plus de poissons, se sont calmés. De retour sur leurs branches, ils s’affalent comme deux gros félins et s’endorment.  «Il est super, cet endroit, mais ça a changé! Je venais ici quand j’étais petite. Comment ça allait, encore, la chanson? “Woooo, Paradisio!”» À défaut d’une émouvante rencontre avec de petites loutres, GAEL aura replongé Angèle en enfance. Le voyage a dû lui plaire, elle a déjà prévu de revenir.

Retrouvez cet article en intégralité dans le nouveau magazine d’octobre, disponible en librairie.

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