Il interprète un formidable Arsène Lupin contemporain dans Lupin : dans l’ombre d’Arsène, la série qui revisite le héros de Maurice Leblanc sur Netflix. On l’a zoomé à Los Angeles, où l’acteur vit désormais, pour parler d’amour du cinéma et de jeu du corps. Par Juliette Goudot.

Omar Sy, gentleman acteur

L’acteur régulièrement classé « personnalité préférée des Français » nous a accordé un entretien par Zoom depuis Los Angeles, où il s’est installé en 2012 avec sa femme Hélène et leurs cinq enfants après le colossal succès d’Intouchables (près de vingt millions d’entrées au Box Office). Il a débuté comme comique, mais touche désormais à tous les genres, du film noir (Police avec Virginie Efira) au film social ou historique (Samba — où il incarne un exilé —, Chocolat), participant aussi à l’aventure hollywoodienne (on l’a vu dresser des vélociraptors dans Jurrasic Park, donner la réplique à Harrison Ford dans L’Appel de la forêt et prêter sa voix au héros du nouveau Pixar, Soul, un professeur de musique qui bascule dans l’au-delà). On sait l’acteur de 42 ans très ancré dans son couple (« Mon couple, c’est tout, c’est ma base, mes fondations, le socle sur lequel je construis. Mon couple, je le vis », déclarait-il dans Madame Figaro l’année dernière), mais avec lui, on a parlé amour de la littérature et du cinéma à travers cette série qui vient moderniser le personnage mythique d’Arsène Lupin, « gentleman cambrioleur » créé en 1905 par Maurice Leblanc (18 romans) et maintes fois adapté au cinéma depuis. Dans cette série créée par Geroge Kay et François Uzan (les premiers épisodes ont été réalisés par Louis Leterrier), le voici dans la peau d’Assane Diop, s’inspirant de l’audace de son héros d’enfance Arsène Lupin pour venger la mort de son père, tout en nous baladant avec classe du Louvre aux bas-fonds de Paris.

Voici le contenu inséré d'un réseau de médias sociaux qui souhaite écrire ou lire des cookies. Vous n'avez pas donné la permission pour cela.
Cliquez ici pour autoriser cela de toute façon

Dans la série Lupin, l’enfance de votre personnage est très importante. Les « Arsène Lupin » remontent aussi à l’enfance du héros, très importante dans la construction du cambrioleur…

Oui. Dans le premier livre, Arsène Lupin, gentleman cambrioleur, on comprend que tout vient du père et qu’Arsène a aussi subi l’injustice sociale. Son père, prof de boxe, s’est marié avec une fille de bonne famille. Il a ensuite été accusé à tort de vol parce qu’il venait d’un autre milieu. Cette histoire se reproduit plus tard avec Arsène. Il y a cette dimension de revanche qui m’intéressait, avec une forme de  confrontation et de rencontre entre les différentes couches sociales. Lupin, justement parce qu’il a des parents issus de milieux différents, devient ce caméléon, capable d’intégrer tous les milieux. Il en joue tout le temps, avec ce besoin d’être accepté, intégré dans la haute société, tout en la méprisant et en la volant.

Dans Lupin, les relations avec les trois personnages féminins sont très forts : Ludivine Sagnier (la mère de votre fils), Clothilde Hesme (l’amour de jeunesse) et Nicole Garcia, personnage clé : quel plaisir c’était, de tourner avec elles ?

Immense ! Ce qui était génial avec ce show, c’est que tout le monde avait envie d’en être. J’étais très heureux que Ludivine Sagnier accepte de nous suivre, Clothilde Hesme était dans Chocolat avec moi, c’était un bonheur de la retrouver. Quant à Nicole Garcia, c’est une grande actrice, et c’est elle qui m’a remis mon César. Il y avait quelque chose de très fort à se retrouver là. Sans oublier Hervé Pierre, de la Comédie-Française, encore un autre monde. C’était la dream team, j’avais l’impression qu’on composait l’équipe de France. Et quand Le Louvre nous a ouvert ses portes, j’ai ressenti une fierté supplémentaire.

“Mon héritage est multiple. Ça serait un patchwork, un moodboard de plein de choses, épais comme ça…”

Quelle serait votre définition du « gentleman » ?

J’avais trouvé une définition quelque part qui me convenait très bien : « Un gentleman, c’est un mec qui saurait jouer de la cornemuse mais qui n’en joue jamais. » (Il rit, et on rit avec lui.)

Votre personnage dit que, pour lui, Arsène Lupin est bien plus qu’un livre : c’est son héritage, sa méthode et sa voix. Quel serait votre héritage à vous ?

Mon héritage est multiple. Ça serait un patchwork, un moodboard de plein de choses, épais comme ça (il mime). Je vais puiser dans plusieurs sources, et c’est ma chance. J’ai eu accès à tellement de gens différents en grandissant, j’ai été inspiré par tellement de choses, il y a ce que j’ai pu apprendre à l’école dans la culture française, mais aussi par mes parents dans la culture africaine, par les contes aussi, africains et français, que j’ai pu entendre, qui parfois d’ailleurs se font écho et se répondent. Je ne peux pas choisir, j’ai profondément conscience de cet héritage large.

Comment choisissez-vous vos rôles ?

Ma première approche est toujours sensorielle. À la lecture, je cherche à voir ce que je ressens, les couleurs qui me viennent, si ça devient vert ou rouge, et ensuite seulement le cérébral intervient. Je me demande ce que dit vraiment le film, pourquoi il m’intéresse et ce que moi j’en envie d’en dire. Ensuite, je retourne au sensoriel à travers les dialogues et la tête ne travaille plus. J’évite d’être trop cérébral, je cherche à être dans le sens.

Découvrez cette rencontre en intégralité dans le GAEL de février, disponible en librairie.

Plus de culture: