Selon certains chercheurs, nous passerions deux heures par jour avec un petit démon sur l’épaule, qui nous chuchote à l’oreille que nous avons mal fait. D’où vient ce sentiment de culpabilité, et comment le faire taire ?

Après avoir vidé un sachet entier de chips au paprika, en disant un petit mensonge pour ne pas blesser une collègue qui demande notre avis sur sa nouvelle tenue, après une dispute douloureuse on en repensant à l’anniversaire oublié d’une amie : il y a des sentiments de culpabilité de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Vous passez vos journées à vous excuser et à vous laisser ronger par la culpabilité? On vous explique tout sur ce sentiment et ses conséquences sur votre quotidien!

Vous ne savez jamais dire non? On vous dit ici comment apprendre à dire non et se détacher du regard des autres!

Un sentiment sain

« En soi, il est positif de se sentir coupable par rapport à une personne qui nous tient à cœur, cela signifie que nous savons faire preuve d’empathie. La culpabilité est une émotion sociale que nous développons au cours de notre vie. Le mécanisme est très profondément ancré dans nos interactions humaines. Plus le lien qui nous unit à une personne est profond, plus nous ressentirons de culpabilité. Logique : on se sent plus coupable envers notre partenaire ou notre mère qu’envers un collègue ou une lointaine connaissance. Chacun de nous vivrait quotidiennement de sept à quinze sentiments de culpabilité, allant du petit sentiment inconfortable à la conscience lourde et permanente d’une culpabilité grave. Parfois, cela se passe de façon inconsciente, ou très brièvement, quelques secondes seulement, comme quand on bouscule quelqu’un par mégarde ou qu’on oublie un rendez-vous. La réponse naturelle à la culpabilité est la réparation. On désire rétablir le tort qu’on a causé en s’excusant ou en posant un acte de réconciliation“, explique le professeur en psychologie Patrick Luyten.

Plus prononcé chez les femmes

Selon le professeur Luyten, les femmes sont plus enclines à se sentir coupables. Jusqu’à l’âge de 15 ans, les garçons et les filles vivent de la même manière des sentiments de culpabilité, d’angoisse ou de dépression, mais ensuite, ceux-ci augmentent chez les
femmes. L’un des mécanismes à l’œuvre est lié aux attentes et exigences très fortes auxquelles les femmes se sentent obligées de répondre, que ce soit dans leur carrière, leur vie de famille ou leurs loisirs”, poursuit le professeur.

“Elles mettent la barre tellement haut qu’elles se sentent coupables la quasi-totalité du temps. Quand elles s’impliquent à fond dans leur job, elles se sentent coupables vis-à-vis de leur famille et inversement…”

“Le sentiment de culpabilité est disproportionné et le mécanisme de réparation déraille. Vous avez alors la sensation constante d’avoir mal fait, ce qui peut provoquer des angoisses, des dépressions ou la dévalorisation de soi. Il s’agit de trouver un équilibre, car il existe évidemment aussi le cas inverse, des gens qui n’ont aucune conscience de leurs torts. Les individus à la personnalité antisociale ou narcissique, par exemple, ont ce déficit et ne connaissent pas le sentiment de culpabilité. », poursuit l’expert.

Comment se libérer de la culpabilité ?

Nous ne zapperons pas du jour au lendemain le poids de la culpabilité, mais nous pouvons apprendre à la gérer. Il s’agit surtout d’oser prendre sa place et de moins se préoccuper du regard des autres. À la racine des sentiments de culpabilité, il y a souvent une grande insécurité et un besoin de réassurance et de reconnaissance. Patrick Luyten insiste sur l’importance du dialogue : « Sinon, on passe des nuits à ruminer et à tourner en rond. Quand on se sent coupable, le mieux est d’en parler. N’oubliez pas que la culpabilité est avant tout une stratégie de communication, une motivation à aller vers la personne “lésée”, afin de lui présenter des excuses ou d’exprimer les différents points de vue, voire un pardon. Si la culpabilité domine votre vie, pourquoi ne pas solliciter une aide professionnelle ? Une thérapie permettra de mettre en lumière vos conflits intérieurs et de sortir de la “vision en tunnel”, qui vous empêche de prendre du recul. »

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Bien dans sa peau!