L’actrice revient dans Les Gardiennes aux côtés de sa mère, Nathalie Baye. Mûrie et assurée, elle nous parle de ce que c’est qu’être une femme libre et forte. Par Juliette Goudot.

Une grâce singulière

C’est une Laura différente que l’on découvre dans le nouveau film de Xavier Beauvois (Des hommes et des Dieux), une fresque historique sur l’émancipation féminine pendant la Première Guerre mondiale sélectionnée au dernier festival de Gand. Blonde, le teint hâlé, Laura Smet dégage toujours cette grâce singulière. À 33 ans, elle apparaît dans une féminité plus mûre, plus sûre aussi, avec ce visage mi-femme mi-panthère qui n’appartient qu’à elle. Depuis sa première apparition dans Les Corps impatients de Xavier Giannoli, l’actrice a occupé les écrans avec finesse, distillant l’aura mystérieuse d’une héroïne assez fatale (chez Philippe Garrel ou en «femme de Gilles» chez Fred Fonteyne), apparaissant en Loulou de la Falaise dans le biopic Yves Saint Laurent ou dans la série Dix pour cent de Cédric Klapisch. Bientôt à l’affiche du polar Carbone d’Olivier Marchal, on la retrouve dans la peau de la Solange des Gardiennes aux côtés de Nathalie Baye en matriarche chargée de maintenir la ferme familiale pendant que les hommes se battent au front, tandis que l’arrivée d’une jeune orpheline (Iris Bry) va bouleverser le destin de ces trois femmes. Désormais affranchie du regard des autres et après avoir réalisé un joli clip pour le DJ français The Avener, Laura s’apprête à réa­liser son premier court­métrage (au titre encore tenu secret) avec Nathalie Baye dans le rôle principal. Une belle manière de ne ressembler enfin qu’à elle­ même.

Comment vous êtes-vous documentée sur la place des femmes dans la Grande Guerre?

J’ai regardé beaucoup de documentaires, comme la série Apocalypse et Elles étaient en guerre 1914-1918, dont ma mère a d’ail­leurs fait la voix off. Xavier m’a également donné des livres, des dessins de Tardi, qui parlent parfois plus que les livres. Ma­rie-­Julie Maille, monteuse et coscénariste du film, avait également réalisé un glos­saire pour l’équipe du film, avec les codes sociaux et les mots de l’époque, à utiliser notamment dans les scènes d’improvisation pour éviter que le phrasé parisien moderne ne revienne au galop. C’était un travail pas­sionnant. Mon métier me permet de conti­nuer à apprendre et j’adore ça.

« ce qui compte surtout, c’est le regard du réalisateur, comment il vous voit. »

Comment vous êtes-vous préparée pour le rôle de Solange, qui se retrouve à moissonner pendant que son mari est au front?

J’ai dû apprendre à bâcher le blé, conduire les bœufs, manier la charrue. Je ne m’étais jamais imaginée faire ça un jour. Concrètement, ce qui m’aidait énormément pour jouer, c’était le costume. Quand vous portez toute la journée une tenue d’époque avec corset et jupons, ça change vos gestes, votre démarche. Comme je tournais en même temps le film d’Olivier Marchal (Carbone), dans lequel je joue une mannequin très pa­pillon de nuit avec des talons de 12 centi­mètres, le corset m’aidait à passer d’un rôle à l’autre. Mais ce qui compte surtout, c’est le regard du réalisateur, comment il vous voit. Xavier m’a donné confiance en moi. Le lieu de tournage aussi était très important. Nous tournions dans une ferme du Limou­sin, avec une espèce de lenteur lourde qui modifiait la notion du temps et nous ren­voyait à la guerre.

Vous tournez avec votre mère, Nathalie Baye. Qu’admirez-vous particulièrement chez l’actrice qu’elle est?

Sa douceur, qui lui permet de tout jouer. Le personnage d’Hortense est très dur, mais ma mère parvient à le rendre touchant grâce à son visage et à l’émotion qui passe dans ses yeux. Elle a une palette émotion­nelle dingue. Je l’aime particulièrement dans Le Petit Lieutenant, de Xavier Beau­ vois déjà, où elle est incroyable en policière alcoolique. La scène où son personnage se remet à boire me fait pleurer à chaque fois. Je l’aime aussi beaucoup dans le thriller J’ai épousé une ombre, dans Mensonge aus­si, où l’on voit la belle personne qu’elle est. Même si je l’ai adorée dans Juste la fin du monde, elle me touche moins dans les films de Xavier Dolan, qui a un truc très fort avec les mères au cinéma. Moi, si je la filme, il n’y aura pas d’artifice, car elle n’a pas be­soin de ça pour jouer.

« J’ai beaucoup de tendresse pour ce que j’étais à l’époque »

Vous débutiez à l’écran il y a quinze ans. Quel souvenir avez-vous de la jeune femme que vous étiez alors?

J’ai beaucoup de tendresse pour ce que j’étais à l’époque; j’étais très inconsciente de toute la part dure du métier. Les Corps impatients reste le film que je revendique le plus. On n’oublie jamais son premier amour, ni son premier film…

Votre beauté a beaucoup changé ces derniers temps. Vous êtes beaucoup plus femme. En avez- vous conscience? Que représente la beauté pour vous?

Oui, même si la beauté seule ne m’intéresse pas, ce qui compte, c’est ce qu’on en fait. C’est vrai que je fais attention à moi, je fume de moins en moins, je fais du sport, mais surtout je suis beaucoup mieux dans mes pompes à 33 ans qu’à 20 ans. La maturité et l’expérience vous nourrissent. Le tout, ensuite, est de prendre les bons chemins.

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