Déjà nostalgique des journées d’été passées sur la plage à bouquiner? Notre journaliste littérature vous livre son top 3 de la rentrée.

01

L’amie retrouvée

Il suffit parfois d’une seule rencontre pour élargir les dimensions de notre univers. Pour le narrateur très solitaire de ce roman à double fond, il s’agit d’une jeune femme croisée vingt ans plus tôt dans un café un soir d’été sur les grands boulevards parisiens. Elle était vive, libre et mystérieuse, il était indécis, craintif et routinier. De soirée en soirée, elle lui avait communiqué sa fantaisie en lui lançant des défis tels que mimer les passants ou dormir à la belle étoile sur les toits de Paris. Puis elle était partie pour l’Italie et il ne l’avait jamais revue. En tombant par hasard sur un fait divers dans le journal, l’homme imagine un lien entre le couple retrouvé mort en bas d’une falaise des Dolomites et l’inconnue croisée quelques années auparavant. Son nom et celui de la principale suspecte se ressemblent peut-être…

Pourquoi ça nous parle? On retrouve avec délectation l’obsession des romans de Modiano pour les ombres du passé et on se prend nous-mêmes à espérer voir surgir au milieu de notre vie quelques amis oubliés.

  • FEDERICA BER, MARK GREENE, 208 P., ÉD. GRASSET.
02

La vie de palace

Condamné à vivre en résidence surveillée dans le luxueux hôtel Metropol de Moscou, le comte Alexandre Illitch Rostov assiste derrière les murs de sa prison dorée aux bouleversements des premières années de l’ère soviétique. Quittant sa suite pour une chambre dans le grenier, l’aristocrate prend son mal en patience et traverse salons élégants et couloirs feutrés en récoltant les confidences: une étoile montante du cinéma muet, un membre du Politburo, une fillette à la curiosité bien trempée, un ami condamné au goulag, des diplomates étrangers… Célébrant le raffinement d’un gentleman en temps hostiles, le romancier américain Amor Towles signe ici un deuxième roman qui rend aussi bien hommage à l’art de vivre occidental qu’aux méandres de l’âme russe. Immense succès aux USA, le livre sera prochainement adapté en série télévisée avec Kenneth Brannagh dans le rôle titre.

Pourquoi ça nous parle? On trouve dans ce page-turner tout ce qu’il faut pour briller en société: un manuel de savoir-vivre, des anecdotes pour raviver nos connaissances sur l’URSS et tous les secrets des coulisses d’un grand hôtel.

  • UN GENTLEMAN À MOSCOU, AMOR TOWLES, 576 P., ÉD. FAYARD.
03

Soleil noir

Comment survivre au suicide d’un proche qui a décidé de partir malgré l’amour et malgré tout? Connue pour ses chroniques dans le ELLE français, ses apparitions dans Télématin sur France 2 et sa participation à la célèbre émission radiophonique du Masque et la Plume, la critique littéraire Olivia de Lamberterie n’a pas choisi un sujet facile pour sa première incursion en littérature. Décidée à refuser la fatalité du deuil, elle choisit, dans ce récit autobiographique, de laisser parler sa douleur avec ce qu’il faut de violence, de dérision et de pudeur pour raconter le combat de son frère adoré contre la mélancolie. Pas de parents à blâmer, de traumatisme sexuel ou social ni de blessures sentimentales, le malheur selon elle n’a pas besoin de coupable. C’est dans les instantanés d’une jeunesse insouciante, dans les douceurs d’une complicité fraternelle et les amitiés insoupçonnées d’une existence québécoise que l’auteure préfère puiser les raisons de continuer à lire, à écrire et à vivre quand même.

Pourquoi ça nous parle? Pour les vertus consolatoires de ce livre qui réussit l’exploit d’«inventer une manière joyeuse d’être triste».

  • AVEC TOUTES MES SYMPATHIES, OLIVIA DE LAMBERTERIE, 256 P., ÉD. STOCK.

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