Certains ont approfondi leur connivence, d’autres leur allergie mutuelle, d’autres encore ont connu des effets secondaires inattendus. La quarantaine a souffé toutes les nuances des sentiments. PAR JOANIE DE RIJKE ET ANNE-SOPHIE KERSTEN.

L’amour au temps du corona

La vie normale reprend petit à petit ses droits. Notre terrain d’existence retrouve progressivement son amplitude d’avant-corona et chacun recommence prudemment à faire des projets. Les longues semaines de confinement laissent désormais place un nouvel épisode, lui aussi teinté de nombreuses incertitudes, ne fût-ce que sur la façon dont la crise économique va nous toucher. Un peu sonnés, on se retourne également sur l’étrange période traversée, dont chacun tire des leçons. Comment ne plus jamais retomber dans la course effrénée d’avant, comment entretenir le plaisir redécouvert des petites choses ? On fait le point sur nos finances, sur notre (in)sécurité professionnelle, sur ce qui nous semble désormais vraiment important.

« Les couples qui s’entendaient bien avant ont vu leurs liens se renforcer. Ceux qui peinaient ont vu leurs désaccords avec une netteté parfois glaçante. »

La vie à huis clos avec un partenaire et/ou des enfants a été un véritable test pour la plupart d’entre nous. On entend ici et là les pronostics des effet du lockdown sur la santé des couples : on annonce à la fois un baby-boom et un divorce-boom. La quarantaine a clairement eu sur beaucoup un effet catalyseur : les couples qui s’entendaient bien avant ont vu leurs liens se renforcer. Ceux qui peinaient ont vu leurs désaccords avec une netteté parfois glaçante.

DANS UNE BULLE

Cédric (33 ans) et Valérie (27 ans) habitent ensemble depuis plus d’un an. « Ce confinement, on l’a vécu comme un cadeau, racontent-ils. Du jour au lendemain, le stress du quotidien s’est évaporé, une bonne partie de nos obligations sont tombées. On ne devait plus aller nulle part. Ce calme a été fantastique. Sans cette crise, on n’aurait jamais connu un ralentissement aussi abyssal. Notre monde physique a drastiquement rétréci, certes, mais nous, ça nous a plu : Cédric et moi avons fait du sport tous les jours, on a cuisiné super sain, on n’a quasi plus bu d’alcool. On travaillait de la maison, lui en bas, moi à l’étage. Et quand on se retrouvait après quelques heures, c’était avec la sensation d’avoir bénéficié d’assez de temps chacun pour soi. » Lorsque les règles se sont assouplies, que chacun est parti vaquer à ses activités, il leur a même fallu s’habituer à évoluer l’un sans l’autre. « C’était bizarre d’être soudain sans Cédric. D’habitude, on n’est vraiment pas un couple scotché, qui fait tout ensemble. On est du genre à sortir régulièrement l’un sans l’autre, et ça nous a toujours convenu. Mais momentanément, j’ai presque eu l’impression qu’il me manquait une partie de moi-même quand on repartait travailler chacun de notre côté. Entre-temps, on a retrouvé notre rythme d’avant et on gère, mais je remarque que la période qu’on a vécue a renforcé notre complicité. »

L’EFFET LOUPE

Pour Hélène (25 ans) et son compagnon Thomas (30 ans), la quarantaine a joué un effet grossissant douloureux. Hélène : « Thomas et moi nous sommes séparés en plein lockdown, la deuxième semaine déjà. On était ensemble depuis trois ans et cela faisait un an qu’on habitait dans notre propre maison. 2020 avait mal commencé : on se rendait de plus en plus compte de nos différences. On dit que les contraires s’attirent, mais chez nous, les contrastes ont plutôt accentué notre éloignement. Même nos rythmes de travail font le grand écart. Je suis dans le domaine artistique, avec régulièrement des événements le soir, tandis que Thomas a des horaires de bureau. On a bien tenté de partir en vacances en février, hors contexte, pour “voir”, mais cela n’a pas aidé. Je nous trouvais de plus en plus désassortis. Et c’est là que le lockdown a frappé. Quand j’ai entendu qu’on allait devoir peut-être rester des mois à la maison à nous deux, j’ai ressenti une puissante envie de m’enfuir. Vivre à plein temps rien qu’avec lui, sans respiration extérieure… Il ne m’a fallu que quelques jours pour savoir que je n’allais jamais le supporter. J’ai commencé à paniquer, je devais partir. Quand votre relation bat de l’aile, le fait d’avoir des distractions permet de tenir, se concentrer sur son travail, voir des amis… Mais là ! Me retrouver seule est devenu une urgence. »

« Le corona a joué un effet loupe, c’est clair. Sans cela, on serait restés encore un certain temps ensemble, mais combien de temps ? »

Hélène est allée vivre chez ses parents, un terrain neutre devenu vital. « Petit à petit, je me suis calmée. Comme pour beaucoup, la quarantaine a été une période de réflexion. Comme tout s’est arrêté d’un jour à l’autre, j’ai vu d’un œil neuf les choses qui m’avaient toujours semblé importantes jusque-là. Dans le fond, elles n’étaient pas si vitales que ça : faire carrière, voir beaucoup d’amis, avoir telle vie sociale. J’ai été mise en chômage technique, tout comme Thomas. Il se peut d’ailleurs que je n’aie plus de job du tout jusqu’à la fin de l’été. Tout cela m’a obligée à me regarder en face. Quelles activités, quelles personnes me rendent vraiment heureuse si tout le reste s’arrête ? Qu’est-ce qui me fait du bien lorsque les jours se déroulent tous de la même façon ? Ça m’a sauté aux yeux que je ne voulais vraiment plus continuer ma vie avec Thomas. C’était fini pour de bon. Au début, il s’est senti très mal et  il a ressenti beaucoup de colère parce que je le quittais au cœur d’une telle période. Le fait est que je ne pouvais pas faire autrement. Depuis lors, il va mieux, il s’est apaisé lui aussi. On se comporte en amis : on va décider calmement de ce qu’on va faire de la maison, sans se presser. Le corona a joué un effet loupe, c’est clair. Sans cela, on serait restés encore un certain temps ensemble, mais combien de temps ? »

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