D’origine géorgienne, LIMORE (34 ans) est née dans une famille juive pratiquante et vit en Belgique depuis 19 ans. Elle célèbre le shabbat tous les vendredis chez ses parents, mais MAUD, sa compagne depuis 10 ans, n’est toujours pas la bienvenue chez eux.

L’obstacle de la religion

MAUD « Nous nous sommes rencontrées dans le tram. Je m’étais assise sur le dernier siège libre, juste à côté de Limore. Pour ma part, j’ai grandi dans une famille sans histoires. Mes parents m’ont permis de m’épanouir dans un environnement chaleureux et de vivre à fond mes passions. Limore avait, de son côté, déjà parcouru le monde. Elle dégageait un calme et une sagesse qui m’ont tout de suite attirée. »

LIMORE « J’avais vécu dans un pays déchiré par une guerre civile et déménagé un nombre incalculable de fois. J’imagine que tout ça m’a rendue très rationnelle. Même si, grâce à Maud, j’ai appris à regarder le monde sous un angle neuf, je n’ai pas tout de suite compris que j’étais amoureuse d’elle. L’amour entre deux femmes n’est pas quelque chose d’évident. La préférence sexuelle d’une personne n’est pas inscrite sur son front. »

MAUD « Tant sur le plan de la langue que de la culture, les deux premières années de notre relation n’ont pas été simples. Je suis une rêveuse et une idéaliste. Limore est ingénieure civile et plutôt terre à terre. Vouloir changer l’autre n’est pas une bonne idée. Nous essayons plutôt de capitaliser sur nos différences. »

« Désormais, je sais que la seule chose à faire est d’essayer de comprendre d’où vient ce blocage. »

LIMORE « Au début de notre histoire, c’était tout blanc ou tout noir. Avec le temps, nous sommes devenues plus tolérantes. Désormais, nous explorons toutes les nuances de gris. »

MAUD « Je dirais plutôt toutes les nuances de nude ! »

LIMORE « On peut vraiment parler de nuances (elle rit), dans le sens où je reste fidèle à mon propre mode de fonctionnement et Maud au sien. On arrive de mieux en mieux à faire vivre les deux côte à côte. Pour ma part, je dois faire coexister ma relation avec Maud et ma vie de famille, dont elle ne fait pas partie. »

MAUD « Limore provient d’une famille juive qui n’accepte pas du tout son homosexualité. Les premières années, je la harcelais pour qu’elle avoue à ses parents que nous étions ensemble. J’étais impatiente. Je lui posais des ultimatums : soit elle leur disait tout, soit c’était fini entre nous. Désormais, je sais que la seule chose à faire est d’essayer de comprendre d’où vient ce blocage. »

« Les parents d’enfants homosexuels doivent arrêter de penser qu’ils ont échoué dans leur mission d’éducation »

LIMORE « À 18 ans, je n’étais pas du tout prête à accepter cette réalité. J’ai passé une année entière à pleurer. Mes parents se sont sacrifiés pour me permettre de réussir dans la vie. Je n’avais aucune envie de les décevoir ou de les blesser. D’un autre côté, cette situation m’a endurcie. J’ai réalisé que si je pouvais résister à une telle pression, rien ne pouvait plus me faire peur. »

MAUD « Le hic, c’est que nous avons perdu beaucoup de temps. Du temps que nous aurions pu transformer en moments de bonheur. »

LIMORE « C’est vrai. Les parents d’enfants homosexuels doivent arrêter de penser qu’ils ont échoué dans leur mission d’éducation. C’est le message que j’aimerais faire passer aux chefs religieux. Mes parents sont les premières victimes de cette stigmatisation. Je pense qu’ils en souffrent encore plus que moi. Mon souhait, c’est qu’ils puissent un jour faire partie intégrante de notre vie et de notre bonheur. »

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