Des artistes réalisent d’impressionnantes œuvres sur le vagin. Des femmes décrivent leur plaisir par le menu sur un site consacré au désir féminin. La science aussi se penche enfin plus à fond sur l’objet. Après des siècles d’obscurantisme, une nouvelle révolution sexuelle — au féminin pluriel, cette fois — est en marche. On embraye!

PAR ANNE-SOPHIE KERSTEN ET CATHERINE ONGENAE

Ciel, mon clito’!

Grâce au mouvement #metoo, beaucoup de femmes osent réaffirmer — ou parfois affirmer pour la première fois — publiquement leurs limites en matière de respect, d’expression, de sexualité. La déferlante rappelle à tous que non, ça veut bien dire non. Il était temps. À côté de cet indispensable «non», la sexualité passe aussi par son opposé, le «oui». Un grand oui, même. Un oui de plaisir, un oui naturel, instinctif et confiant qu’on associe, nous, par exemple, aux images sexy et gaies du clip de notre compatriote Charlotte Abramow sur Les Passantes de Brassens. Ou encore au clip Pynk, où la chanteuse américaine Janelle Monae interprète une choré en plein désert déguisée en vagin rose. Ce oui demande de pouvoir quitter la position d’autodéfense, de cesser de se cacher, de s’ouvrir à l’autre et surtout à soi. Les femmes ont en effet un sacré retard à rattraper sur les hommes en matière de connaissance de leur plaisir. Malgré les progrès entraînés par la première révolution sexuelle et la deuxième vague féministe des seventies, de nombreuses idées reçues continuent aujourd’hui encore à brouiller les pistes.

MAUVAIS DÉPART

La science s’est beaucoup trompée sur le désir féminin. C’est que le monde médical s’est très rarement intéressé au sujet, considérant la sexualité masculine comme la norme et le plaisir masculin comme supérieur puisque nécessaire à la procréation. En résumé, le plaisir féminin en était une version édulcorée et, surtout, il était totalement accessoire. Bien qu’il ait été «découvert» au 16e siècle par un anatomiste italien et remis sur la table de dissection au 17e par un Néerlandais, le clitoris a connu des siècles d’obscurantisme. L’organe du plaisir féminin était représenté par sa seule partie émergente: un minibouton rose situé à quelques centimètres au-dessus du vagin. Il a fallu attendre 2008 pour qu’il débarque dans toute la splendeur de ses 10 centimètres dans les cours des futurs sexologues belges.

«Depuis plusieurs années, les choses changent fortement, se réjouit Alexandra Hubin, docteur en psychologie, sexologue et fondatrice de la sexologie positive (SexoPositive). La recherche sur le plaisir féminin reçoit désormais des subsides importants, ce qui fait que le clitoris sort enfin de l’ombre. En 2015, la Canadienne Odile Fillod, chercheuse en sociologie des sciences et de la vulgarisation scientifique, en a conçu le premier modèle à imprimer par tous et toutes en 3D (à voir ici). Et en 2017, la réalisatrice canadienne Lori Malépart-Traversy a mis en ligne une vidéo hyper bien faite sur le clitoris (voir ci-dessus). L’organe du plaisir féminin est même entré dans un manuel scolaire en France! Tout cela est en plus accéléré par les réseaux sociaux.» Tant mieux, car ces partages permettent aux femmes de mieux connaître leur corps et donc de mieux accéder au plaisir. Il reste malgré tout des idées reçues sur le plaisir féminin, qui ont la peau sacrément dure.

3 fausses idées sur le clitoris

01

LE CLITORIS EST UN PETIT POIS

Faux! Il mesure de 9 à 11 centimètres en moyenne. Sa partie visible, en haut de la vulve, n’est en réalité que le gland émergé de l’iceberg. Très riche en capteurs sensoriels, ce gland est recouvert d’un prépuce, comme l’autre. Il se prolonge à l’intérieur du corps par un tronc se divisant en deux racines, comme deux jambes, qui chevauchent l’urètre et le vagin. À la naissance des racines émergent deux bulbes, planqués sous les grandes lèvres, contre la paroi vaginale. On est loin du petit pois discret, à titiller en guise de préliminaires. Vu sa longueur et son positionnement, il peut être stimulé de très nombreuses façons, externes et internes.

02

IL Y A LES CLITORIDIENNES ET LES VAGINALES (ET VAGINALE, C’EST MIEUX)

Au début du 20e siècle, Sigmund Freud connaissait l’existence du clitoris. Mais il a hélas largement répandu l’idée selon laquelle l’orgasme clitoridien était une version immature, hystérique du «vrai» orgasme, atteint forcément par la sacro-sainte pénétration vaginale. Au mieux, le clitoris était une entrée en matière pour atteindre le vrai arrachage de rideaux, plus intense et diffus. Cette vision du plaisir féminin a largement influencé nos croyances jusqu’à maintenant, et rendu honteuses ou frustrées toutes celles qui pensaient n’être «que» clitoridiennes. Aujourd’hui, on dirait plutôt que toutes les femmes peuvent ressentir des sensations externes et internes. Le vagin est nettement moins innervé que le gland du clitoris, mais il permet de titiller le reste du clitoris par les voies internes. Et dire, selon une étude Ifop de 2015, que seule une Française sur trois s’aide des mains pour une caresse externe afin d’atteindre l’orgasme lors d’un rapport avec pénétration! Alors que ce coup de pouce lui procure un orgasme dans 77% des cas. Voilà que des positions comme la levrette et la cuillère, qui n’activent pas directement le gland du clitoris, reprennent soudain plus d’intérêt. Surtout que… (voir ci-après «la zone C»).

03

IL EXISTE UN POINT G

… Il ne s’agit pas d’un minipoint que les plus chanceuses découvraient quelque part près de l’entrée du vagin, bouton magique nettement plus innervé, soi-disant reconnaissable à la peau plus rugueuse. «De quoi flipper pendant un frottis chez le gynéco», sourient Alexandra Hubin et Caroline Michel dans leur excellent livre Entre mes lèvres, mon clitoris (éd. Eyroles). Aujourd’hui, on ne parle plus d’un point G mais d’une zone C, plus ou moins longue, où les «jambes» du clitoris, proches des parois du vagin, ont de bonnes chances d’être titillées par l’intérieur. Cette zone s’étend sur la paroi antérieure du vagin (côté pubis, pas côté anus). «Orienter le pénis vers cette zone afin d’observer les sensations et réactions de notre corps peut être exaltant. Si l’on veut vraiment partir en recherche, les doigts […] sont une bonne option pour un toucher plus précis. Les sextoys ou tout ce que l’on voudra (de la courgette à la carotte) sont aussi des accompagnateurs potentiels», conseillent les auteures.

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