À l’affiche d’Un Amour impossible et en tournage pour Paul Verhoeven, l’actrice belge Virginie Efira confirme son aura érotique et intello sur grand écran. D’après Juliette Goudot.

« J’étais cantonnée à la girl next door »

Virginie a une beauté de cinéma, un érotisme et un style qui se dessinent de film en film, au point qu’on parlerait presque du dernier film «de» Virginie Efira. Comment s’est opéré un tel parcours? «Personne ne m’attendait dans le cinéma d’auteur, j’ai dû prendre les choses en main. J’étais cantonnée aux comédies romantiques, à la morphologie prime time, à la girl next door qui ne fait pas peur aux hommes et que les femmes ont envie d’avoir pour copine. Mais tout en restant dans l’emploi qu’on m’a donné, j’ai essayé de le transformer vers du valable. J’ai eu envie d’aller vers un cinéma que j’estime», déclare l’actrice. Aujourd’hui, elle tourne Benedetta sous la direction de Paul Verhoeven, grand maître du thriller érotique et cinéaste de la pulsion, de Basic Instinct au récent Elle où Virginie faisait une apparition marquante aux côtés d’Isabelle Huppert en femme au foyer catho débordante de refoulement sexuel. Du cinéaste hollandais de 80 ans, elle dit, avec les yeux qui se brouillent, que c’est «une vraie rencontre». Adapté de l’ouvrage Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne (récit de l’historienne américaine Judith C. Brown), le film de Verhoeven (qui se tourne en Ombrie et dans le Sud de la France, sortie prévue en 2019) retrace la figure réelle et transgressive de sœur Benedetta Carlini, amoureuse des femmes et faiseuse de miracles dans un couvent du 16e siècle.

Le tournant de sa carrière

« Souvent, le cinéma maquille la sexualité, ne la fait pas exister ou la réduit à une simple illustration d’un moment de vie. Ils couchent ensemble et on passe au lendemain matin. Comme s’il n’y avait pas de sous-texte, comme s’il ne se passait rien. Or, il peut tout se passer! Par exemple la recherche de domination, ou au contraire l’abandon. Qu’est-ce que l’intimité dans un lit? Une quantité de choses s’inscrivent à cet endroit-là», poursuit Efira. Le tournant dans sa carrière, ça a été Vingt ans d’écart et Victoria, deux comédies romantiques modernes où Virginie incarne des figures de femmes célibattantes, intellos et sexy, face à des hommes plus jeunes (Pierre Niney puis Vincent Lacoste).

De nouveaux projets

Depuis, les projets s’accumulent. Un amour impossible inaugure une série de cinq films à sortir pour 2018-2019, dont la comédie Le Grand Bain de Gilles Lellouche et le prochain film de son compatriote Joachim Lafosse (Continuer, d’après Laurent Mauvignier, où Virginie joue une mère qui emmène son fils en voyage initiatique dans les steppes d’Asie centrale). À l’instar de Jessica Chastain ou de Reese Witherspoon, actrices américaines qui produisent et contribuent à forger une place nouvelle pour les femmes dans le cinéma, Virginie Efira initie des projets avec une amie critique littéraire et ose désormais aller voir des metteurs en scène avec des idées. «Depuis le départ, je n’avais pas la typologie de la muse, j’ai dû initier, pour ne pas rester à une place figée. Et puis comme j’avais honte de dire que j’attendais des projets, une amie critique littéraire m’a passé des livres. J’aurais été incapable d’aller voir un metteur en scène juste avec moi-même, ça me semblait un peu faible. Après, il faut savoir suivre le cinéaste!», explique-t-elle.

  • UN AMOUR IMPOSSIBLE, DE CATHERINE CORSINI, EN SALLES LE 7/11.
  • LE GRAND BAIN, DE GILLES LELLOUCHE, EN SALLES LE 24/10.
  • CONTINUER, DE JOACHIM LAFOSSE, EN SALLES LE 23/1/2019.

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