Un album, un duo émouvant avec Maurane: notre charmante Guest de décembre, la chanteuse Typh Barrow revient sur ses derniers événements marquants.

PAR ISABELLE BLANDIAUX. PHOTOS : LIESBET PEREMANS.

Sur Raw, il y a pas mal de thèmes graves : « Hurt », « Daddy’s not coming back », « The Absence »…

J’ai un peu été élevée à la dure. Mon père n’a pas eu de parents, il a dû s’en sortir tout seul, il est parti de rien. Il nous a toujours enseigné l’idée qu’il fallait être fort, qu’il ne fallait pas s’apitoyer sur soi-même. C’est peut-être pour ça que je ne me suis jamais autorisée à avoir des défauts, que je les ai dissimulés sous une carapace. Je ne dis pas qu’il m’a mal éduquée, tout cela est inconscient, et puis surtout, c’est lui qui m’a offert mes premiers instruments. J’apprends à révéler mes failles, à voir la beauté de mes fragilités. Cela a été une libération quand j’ai sorti Raw, qui veut dire « brut». Parce que je livrais des chansons pleines de choses qui me touchent, vécues par moi ou mes proches. Je montrais ce qu’il y a derrière la première impression qu’on peut avoir de moi… Ceci dit, dans le quotidien, je suis quelqu’un d’assez positif et certains morceaux sont plus joyeux. Mon but, c’est aussi que le public puisse s’approprier chaque chanson, donc je ne fournis pas de manuel d’utilisation.

Comment décrirais-tu ce que tu vis quand tu es sur scène ?

C’est indescriptible. Très angoissant avant parce que c’est contre-nature de s’exposer devant des milliers de gens. Le corps appelle au secours. Et puis je pose les premières notes et c’est un partage chaque fois différent avec les musiciens et le public. J’adore les sports extrêmes, comme le saut en chute libre, le parapente, l’escalade en pleine nature, qui me font sortir de ma zone de confort et me sentir vivre à 200 % grâce à l’adrénaline, mais il n’y a rien de comparable à ce qui se passe sur une scène. Dépasser ses peurs est très grisant. Même si je suis d’avis que le bonheur est surtout dans les petites choses simples.

 Qu’est-ce qui t’a amenée à faire une retraite Vipassana récemment, où l’on passe littéralement ses journées à méditer, sans communiquer avec les autres ?

Mon métier a un côté vertigineux, avec de grands ups et de grands downs. Tu te retrouves sur une scène face à des centaines ou des milliers de gens qui te donnent énormément d’amour, d’énergie, d’admiration. Je suis ultra-sensible, donc je reçois tout cela, puis je rentre chez moi et c’est le vide. Je comprends que des gens tombent dans les travers des addictions via ce métier. Humainement, ce sont les montagnes russes. Au début, je me jetais sur mon frigo pour compenser et tenter de combler ce que je n’arrivais pas à remplir. Ce vide, j’ai compris après que c’était l’amour de soi, l’estime de soi, que je n’ai pas beaucoup développés depuis que je suis toute petite, vu mon besoin de reconnaissance. Je me suis tournée vers de vraies solutions : le yoga, la méditation… Cela m’a beaucoup aidée.

La quête d’authenticité semble au cœur de ta musique intemporelle…

C’est ce qui me guide, oui. J’avais envie de livrer un album dont je pourrais encore être fière dans dix, vingt, voire trente ans. C’est pour cela qu’on a enregistré une partie de l’album dans de vieux studios façon années 60-70 à Londres, qui ont récupéré l’ancien matériel d’Abbey Road. J’ai grandi dans cette musique-là. On a joué avec les vieux instruments et on a enregistré à l’ancienne, avec tous les musiciens dans une pièce. En misant sur l’émotion, l’âme plutôt que sur la perfection technique du son. Et en même temps, on a enregistré à Bruxelles, au studio ICP, pour avoir une touche plus actuelle.

Que retiens-tu de ta rencontre et de ton duo (« La Chanson des vieux amants » de Jacques Brel) avec Maurane lors de la Fête de l’Iris, juste avant son décès ?

On ne sort pas indemne d’une rencontre avec une telle grande dame et âme de la chanson française. Et elle m’a offert un moment musical suspendu. Un très beau cadeau. J’étais terrifiée à l’idée de ce duo, en me demandant ce que j’allais pouvoir donner. Elle a le don de te mettre à l’aise tant humainement, dans la parole, que vocalement. Elle pose sa voix pour former un petit coussin sur lequel tu peux poser la tienne. Elle te laisse te mettre dans la tonalité que tu veux puis elle vient taper les harmonies, les quintes, les tierces… Elle est magistrale et si généreuse ! J’en parle encore au présent, parce que pour moi, c’est comme si elle était toujours là. Je relis encore parfois ses SMS. J’ai entendu des extraits de son album d’hommage à Brel, mais je n’arrive pas encore à l’écouter en entier, c’est trop chargé.

  • ALBUM RAW (DOO WAP RECORDS)

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