Nous ressentons une fierté quasi filiale pour nos compatriotes légendaires. Mais comment cette célébrité a-t-elle été vécue par leur descendance ? Dans le GAEL d’avril, quatre témoins racontent leur enfance. Après France Brel et Astana Merckx, au tour de la fille du chanteur Plastic Bertrand, Joy Jouret.

LE MINI-CV DE JOY

  •  36 ans.
  • Coach de hockey, entre autres de l’équipe nationale des garçons de moins de 15 ans.
  • En couple.
  • Habite à Overijse.

Joy Jouret, fille de Plastic Bertrand

En quoi ressemblez-vous à votre père?

On est hyper enthousiastes, créatifs, curieux de tout. Je suis diplômée en sciences po et en journalisme, et là je viens d’entreprendre des études en psycho, qui vont m’aider dans mon nouveau métier. J’étais attachée de presse (NDLR: au TTO Théâtre) et je suis devenue coach de hockey pro il y a 2 ans. Lui est chanteur mais aussi producteur, il a eu une galerie d’art moderne avec la fille de Marcel Broodthaers, il a produit des chœurs de chants traditionnels russes, une diva turque à la voix incroyable, il a fait du cinéma… Maman aussi est très rock & roll! Ils sont différents, mais toujours ensemble après 40 ans. Nathalie Uffner me dit parfois: «Avec des parents aussi dingues, je n’arrive pas à croire que Lloyd et toi soyez normaux!»

En quoi votre vie, votre enfance ont été différentes?

On a rencontré des gens célèbres toute notre vie. Je trouvais normal, par exemple, de manger avec Kasparov, le joueur d’échecs. On a souvent déménagé: dans de très belles maisons quand les sous rentraient, dans des apparts d’amis quand ça allait moins bien. À 15 ans, j’avais une discipline de sportive car je jouais au hockey en équipe nationale. Je me souviens avoir mis le holà à une farandole de mes parents et leurs amis qui tapaient sur des casseroles à 4 h du mat! Un matin, je suis rentrée d’un examen d’univ et eux étaient en mode after avec des amis dans le jardin, ils avaient sorti tous les meubles… On a le même ADN, mais j’ai parfois été l’adulte.

Comme papa, il était comment?

Très protecteur… quand il était là. Lors d’un petit down dans sa carrière, on l’a plus vu. J’avais 13 ans et il voulait me donner la main en rue: il n’avait pas vu que j’étais devenue ado! Il est très câlin. Il nous adore, mais ce n’était pas le genre à nous conduire à l’école. Il avait un côté décalé, comme quand il nous emmenait voir les biches dans la forêt à 6 h du matin sur un coup de tête; Lloyd et moi trouvions cela normal. Ou quand il hurlait «Goal!» au bord du terrain de hockey parce qu’il n’avait pas intégré la règle la plus élémentaire de la zone de tir. Aujourd’hui, il est fier de mon revirement de carrière, d’autant que je suis la seule femme parmi des hommes à ce niveau. Il est mignon, il dit: «Joy est formidable! Elle est capitaine de l’équipe nationale!», alors que je suis entraîneur…

Vous l’avez toujours connu célèbre?

Oui, je suis née quatre ans après Ça plane pour moi. Il nous a raconté qu’un jour, alors qu’il rentrait crevé d’une tournée, mon frère et moi lui avons dit qu’on préférait le monsieur qui chantait en sautant à la télé à celui dans le fauteuil. On faisait la distinction entre les deux. Sa célébrité a créé des situations marrantes, comme lors de mon année en Nouvelle Zélande, à 18 ans. J’étais allée en stop au fin fond d’une île du Sud. Dans la conversation, l’hébergeur a compris qui était mon père et il m’a montré la plus incroyable collection de fan: posters, cassettes, disques, pin’s… On a dû appeler mon père pour qu’il puisse le saluer et ainsi réaliser son rêve.

Êtes-vous fière d’être sa fille?

Je suis fière qu’il fasse ce qu’il aime. Malgré les obstacles, il a toujours continué et est resté droit dans ses bottes. En mars, il sortira son 10e album, ce qui est rare pour un chanteur en terme de longévité, et complètement à son image: out of space!

Sa réalisation que vous préférez?

Avec Star 80, ils font une incroyable tournée en France. En fan de Bowie, il a choisi d’interpréter The Jean Genie, de l’époque où David Bowie était amoureux d’un homme. Mon père chante en combi moulante à paillettes avec des talons de 12 cm. Je trouve ça génial d’oser amener cela et de jouer de son côté androgyne devant un public qui ne s’y attend pas.

Votre monument belge préféré?

Marcel Broodthaers et les surréalistes, pour leur côté décalé, leur créativité. Mais aussi pour leur transgression et leur lutte contre les idées établies.

Retrouvez notre dossier « Née d’une icône belge » en intégralité dans le GAEL d’avril, disponible en librairie!

Spécial Belgique! Ce que vous réserve le GAEL d'avril

+ de belgitude: