Nous ressentons une fierté quasi filiale pour nos compatriotes légendaires. Mais comment cette célébrité a-t-elle été vécue par leur descendance ? Dans le GAEL d’avril, quatre témoins racontent leur enfance. Parmi eux, France Brel, la fille du chanteur mythique Jacques Brel. 

MINI-CV DE FRANCE BREL

  • 66 ans.
  • Directrice de la Fondation et des Éditions Jacques Brel.
  • Mariée, maman de Joana, 31 ans, et Pablo, 28 ans.
  • Habite à Bruxelles.

Quelle relation aviez-vous avec votre papa ?

« Je l’ai toujours admiré. Enfant, je ne comprenais pas vraiment comment fonctionnait la vie, les gens, ce qui amusait les autres enfants. J’avais un côté “Mais où suis-je tombée ?” Jacques était un espoir pour moi : lui avait trouvé sa façon de vivre dans ce monde. Il ne faisait pas comme les autres. Je l’observais. Je ne sentais jamais chez lui le côté “comédie humaine”. C’était très rassurant. Il ne se sentait pas du tout père et n’en avait pas les attitudes. Je dirais même plus : les enfants, ça ne l’intéressait pas. Il n’allait pas m’entraîner à jouer au basket dans le jardin. De ma vie, je n’ai jamais joué avec lui. Pour lui, la paternité, ce n’était pas cela. Instinctivement, je n’ai pas attendu qu’il remplisse cette fonction. C’est à la qualité de nos silences que je sentais qu’on était proches.

« J’ai posé tôt sur mes parents un regard d’acceptation : “ Ce sont des adultes qui font ce qu’ils peuvent.” »

J’ai été une adolescente très calme, solitaire, observatrice. J’ai posé tôt sur mes parents un regard d’acceptation : “ Ce sont des adultes qui font ce qu’ils peuvent.” J’ai fait des études d’assistante sociale car ce qui m’intéressait dans la vie, c’était d’apporter une forme d’aide à l’autre. Ça me motive. J’avais 25 ans quand Jacques est mort. Je me suis rendu compte que j’avais très envie de parler de lui. J’aime le public et tout ce qui concerne mon père et son œuvre. J’ai donc créé la Fondation pour servir de pont entre les archives et le public. Depuis bientôt 40 ans, j’aime partager avec ceux qui en font demande, et je crois que j’ai appris à écouter. Lors des rencontres, j’essaie de créer un climat “comme à la maison”, pas du tout conventionnel. Les gens peuvent me demander tout ce qu’ils veulent. On en arrive à parler de paternité, de rêves...

Parfois, ils se dévoilent. Pour le moment, on montre un film sur les adieux de Jacques à l’Olympia : quand on rallume les lumières, les gens sont émus. On vit un moment ensemble. À la fin, tout le monde s’embrasse. »

La pomme est-elle tombée loin de l’arbre ?

« Je ressemble à Jacques par le goût des mots, du travail, de l’aventure et celui de me lancer des défis. Je lui ressemble aussi dans mon besoin de solitude et de repli. C’était un homme discret qui évitait les lieux mondain : là, je suis pire que lui ! »

Quand avez-vous compris que votre papa était connu ?

« Ça s’est passé petit à petit. Mes deux sœurs et moi (Chantal, un an plus âgée — décédée en 99 — et Isabelle, cinq ans plus jeune, NDLR) n’avons pas été élevées dans le culte du vedettariat, mais comme dans une famille plus ou moins normale. Plus ou moins, car Jacques n’était pas là tous les jours. À l’école, je ne pouvais pas dire que j’avais discuté de telle chose la veille avec mon père. »

En quoi l’avoir eu comme père a-t-il influencé votre vie ?

« Quand on est l’enfant de quelqu’un de connu, il y a deux façons d’agir : soit on l’accepte et ça fait partie du voyage, soit on refuse. J’ai accepté. »

Êtes-vous fière d’être sa fille ?

« Ce concept m’est étranger. J’ai accepté, et très vite, juste derrière, j’ai eu un sentiment de responsabilité. »

Est-ce parfois pesant ?

« Bien sûr. Parce qu’on ne vous regarde jamais pour qui vous êtes, mais parce que vous êtes la fille de Jacques Brel. Je fais avec. Dans mes interventions à la Fondation, je dis même en riant : “Ça y est, vous m’avez bien observée, comparée ?” C’est naturel, ils ont le droit. »

Votre chanson préférée de Jacques ?

« Ce que j’aime, c’est l’ensemble de son œuvre, son processus d’écriture, la cohérence entre ce qu’il a produit et l’homme qu’il était. Toute sa vie est une seule chanson. »

Que voulez-vous transmettre de lui ?

« C’était un homme porteur d’espoir. À chaque moment difficile, il repartait, il consolait les hommes, il les nourrissait véritablement avec de l’indicible, une générosité, une ouverture… qui touchaient intensément. »

Un « monument » que vous admirez ?

« Edith Cavell, née britannique mais qui travailla à Bruxelles et y mourut fusillée par les Allemands. Son métier d’infirmière est le symbole de l’humilité. Ce fut une héroïne jusqu’au bout, jusqu’à en mourir. »

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