L’animatrice de RTL pose sur vous son grand regard noisette et c’est une femme-femme qui se révèle. Pas seulement pour cette silhouette d’ex-danseuse. Notre GAEL Guest du mois Sandrine Dans est aussi souple dans son corps qu’elle l’est dans ses relations et sa façon d’accueillir la vie. Lors de notre rencontre, notre Guest a levé le voile sur sa petite vie de famille. D’après un texte d’Anne-Sophie Kersten. Photos: Liesbet Peremans.

Qu’est-ce qui t’angoissait, petite ?

J’ai été fille unique pendant douze ans, jusqu’au divorce de mes parents. Ensuite, mon papa a eu trois enfants, que je considère comme mes frères et sœurs. On a grandi ensemble, je leur ai donné le biberon. Je pense que j’avais, comme tout aîné, la mission inconsciente de remplir les attentes de mes parents. Symboliquement, l’aîné, c’est le masculin, le courage, celui qui va reprendre le flambeau. Et si tu es une fille, tu dois faire tes preuves deux fois plus. C’est inconscient, mais tu développes souvent une forme de perfectionnisme. Il faut être bon en tout, être aimé absolument de ses parents, prouver qu’on vaut la peine d’être là. Inconsciemment, on est toujours en quête de preuves. Le moindre accroc peut susciter une forme d’anxiété.

Comment étaient tes parents, jusqu’à tes 12 ans ?

Tous deux issus de « bonne famille », ils étaient assez exigeants en matière d’éducation, sur la manière de se tenir à table, etc. Maman était laborantine à Saint-Luc. Elle m’intéressait à son travail, comme aux virus devenus mutants, par exemple. Papa était dans le tourisme et il y est toujours. Il a représenté la Belgique dans le monde entier. En même temps, mes parents étaient aussi des soixante-huitards et j’ai toujours pu parler de tout. Mon père m’appelait la « motte de beurre » : on me déposait quelque part et ça me convenait, j’étais facile. J’ai reçu un cadre et de la souplesse.

 

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Leur divorce, ça a dû être un sacré cap pour leur fille unique…

Une très grosse claque, qui te fait grandir très vite. J’ai vécu leur peine à chacun. Tu te retrouves super petite woman à 12 ans, tu consoles maman, tu encourages papa, au lieu de vivre ton chagrin d’enfant. Heureusement, j’avais mes grands-parents de chaque côté, chez qui j’étais très souvent, et ma meilleure amie, avec sa famille soudée.

Qu’est-ce que tu as appris de cette étape ?

Au début, j’étais dans la colère : l’amour, c’est nul ! De toute façon, on va avoir de la peine ! Toute mon adolescence, je me suis dit que je ne me marierais jamais. Tu fais tout pour que tes relations ne marchent pas, comme ça, au moins, c’est toi qui pars, pas l’autre. Surtout ne dépendre de personne. Et puis un jour, tu tombes sur la bonne personne, qui te fait comprendre que dans la vie, il faut pouvoir accueillir l’inattendu. Si on est rigide, si on veut tout contrôler, on se casse beaucoup plus la figure. Il faut apprendre à être souple, à se laisser vivre, à se laisser porter.

« Il est perpétuellement en mouvement, en train de créer, de monter des projets, alors que moi, j’ai tout le temps besoin de revenir à mes bases (…) On s’équilibre. »

Tu vis avec Mohamed depuis 17 ans, vous êtes mariés depuis 15 ans.

On est un des rares couples à être encore ensemble parmi ceux qu’on connaissait à nos débuts.

Qu’est-ce qu’il t’apporte ?

Plein de choses. Il est perpétuellement en mouvement, en train de créer, de monter des projets, alors que moi, j’ai tout le temps besoin de revenir à mes bases, à mon socle, de faire chaque chose en son temps. On s’équilibre. Il y a quelques années, j’ai vu « À vendre » sur une maison devant laquelle je passais quasi tous les jours depuis mon enfance. J’ai envoyé un message à Mohamed : « Cette maison m’appelle. » On était bien où on était, on n’avait pas le projet de bouger. Mais on l’a visitée et on a eu un coup de cœur. Moi, très vite, je raisonnais : « Mais enfin, financièrement, est-ce bien raisonnable ? », « Est-ce qu’on en a besoin ? » Alors que lui fonçait : « Mais on s’en fout de ça ! Tu en as envie, j’en ai envie, elle est là ! » En trois jours, il avait les clés.

 

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« Mohamed avait toujours dit : “Pas de chien !” Aujourd’hui, Higgins et Agatha sont les bébés de la famille. Et des stars sur mon compte Instagram ! »

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

C’était à Ouarzazate, dans le cadre d’une émission pour les dix ans de Bel RTL, avec la grande montgolfière de la chaîne. Mohamed accompagnait l’aérostier, un de ses amis. Durant cette semaine de voyage, il a été le dernier à m’aborder. Mais là, quand on a parlé, ça a été comme une évidence. Il ne s’est rien passé entre nous pour autant. On était tous les deux en couple. On s’est revu quatre mois plus tard, puis encore deux mois après… Et là, alors qu’on ne s’était même jamais embrassés, il m’a dit : « Tu es la femme de ma vie, tu viens quand tu veux, je t’attends », et il m’a donné les clés de son appart. Un truc de dingue ! J’avais 27 ans. On s’est installés. Un an après, j’étais enceinte d’Inès et on s’est mariés.

Que t’apportent vos différences de culture ?

Mohamed a reçu une éducation musulmane à la maison, mais il était à l’école catholique. Il connaît à la limite mieux la Bible que moi, et il connaît très bien le Coran aussi. Tous les deux, on n’est pas pratiquants. On croit en quelque chose qui est là, en nous, qui est personnel, qui n’a pas besoin de croix, d’étiquette, de croissant ni de rites. La famille de Mohamed est d’origine marocaine et d’une grande ouverture. On a recréé notre métissage à nous. Pour moi, que cet homme soit bleu, vert, jaune, qu’il s’appelle Mohamed, ça ne m’importait pas. Par contre, certaines personnes m’ont fait des remarques tendancieuses. Au début, je croyais devoir me justifier. Puis je me suis dit : « Mais qu’est-ce que j’en ai à faire de ce que les gens pensent ? » Aujourd’hui, je souris en pensant à tous ceux qui n’auraient rien misé sur notre couple. Une fois de plus, en choisissant Mohamed, ça s’est passé du côté de l’intuition, pas de la tête qui fait ses « pour et contre ». On a bien sûr eu des hauts et des bas, mais on s’est construits.

On a envie de partager votre histoire, surtout à l’époque que l’on vit.

Quand la presse a su que je m’étais mariée, j’ai reçu au boulot un courrier odieux d’un homme avec ma photo déchiquetée et une lettre avec des termes que je n’oserais pas répéter. C’est là que j’ai pris conscience de la violence du racisme quotidien. Dans l’époque que l’on vit, comme tu dis, c’est encore plus catastrophique.

Retrouvez notre rencontre avec Sandrine Dans en intégralité dans le GAEL d’août, disponible en librairie.

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