Enfant docile et perfectionniste qui craignait de décevoir, étudiante hyper exigeante avec elle-même, sportive de l’extrême adepte du parapente, Typh Barrow a dû apprivoiser sa voix fêlée et chargée d’émotions. La chanteuse évoque ses premiers pas dans le monde musical. PAR ISABELLE BLANDIAUX. PHOTOS À L’HÔTEL AMIGO PAR LIESBET PEREMANS.

Qui t’a inscrite au cours de piano quand tu avais 5 ans ?

Mes parents ne m’ont pas demandé si je voulais faire de la musique, mais quel instrument je voulais apprendre. J’ai cette chance que, pour eux, le sport et la musique sont deux piliers importants de l’éducation. La musique a joué un rôle thérapeutique pour moi. Parce que j’étais très docile. J’ai toujours eu peur de ne pas plaire, de ne pas être assez bien, j’avais besoin de l’aval de mon entourage, qu’il me reconnaisse. Du coup, je contenais plein de choses et j’avais l’impression que pour être aimée, je devais être parfaite. C’est pour ça que mes chansons peuvent paraître sombres : elles sont le canal qui me permet d’évacuer ma petite boîte noire.

« J’avais convaincu le patron de m’écouter jouer quelques morceaux après le service. »

Il y avait beaucoup de musique à la maison ?

Mes parents sont mélomanes mais pas du tout musiciens. Mon papa étant polonais, on n’écoutait pas de chanson française, mais beaucoup de musique anglo-saxonne, jazz
et blues en tête. C’est comme si la musique avait toujours sonné en anglais pour moi. Quand j’ai commencé à écrire des chansons à 8-9 ans, c’est venu dans une sorte de yaourt qui ressemblait à de l’anglais alors que je ne parlais pas encore cette langue. Je l’ai apprise via la musique et à l’école, je suis aussi partie deux mois aux Etats-Unis après mes humanités. J’ai travaillé dans un piano-bar à New York, j’avais 18 ans alors qu’il fallait normalement avoir 21 ans pour y rentrer… Tout avait déjà commencé pour moi dans un piano-bar quatre ans plus tôt en Belgique. J’étais serveuse le week-end et j’avais convaincu le patron de m’écouter jouer quelques morceaux après le service. Il m’a embauchée comme pianiste.

« Les profs de musique disaient à mes parents que ma voix n’était pas normale, que je chantais comme un petit garçon… »

Tu as eu du mal à accepter ta voix éraillée…

Dès 7-8 ans, les profs de musique disaient à mes parents que ma voix n’était pas normale, que je chantais comme un petit garçon, que je devais aller voir un docteur… Dans mon processus d’identification, cela n’a pas été simple. En plus, mon frère et moi sommes assez proches en âge, donc je traînais beaucoup avec ses copains : on jouait au foot et on faisait des bras de fer. Tout cela m’enfermait dans une image de moi fort masculine. J’adorais les grandes chanteuses de l’époque : Céline Dion, Mariah Carey, Whitney Houston… Mais je n’arrivais pas à chanter leurs chansons. C’est pour cela que j’ai commencé à composer. Ma voix s’est libérée au moment où je l’ai acceptée. Je l’ai perdue pendant un concert, il y a environ cinq ans. Une expérience confrontante. On a découvert que j’avais un kyste sur les cordes vocales. J’ai refusé d’être opérée parce qu’un kyste n’est pas lié à une mauvaise utilisation de la voix, c’est comme une cicatrice liée à un choc psychologique, survenu sans doute dans ma petite enfance. J’ai dû me taire pendant un mois. La période la plus apaisante de ma vie. Puis j’ai exploré plein de choses au niveau émotionnel, alimentaire, sportif, physique… Tout cela me permet de vivre avec cette voix.

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