En parallèle du RTL Info 13 h, la journaliste de 37 ans aborde des thèmes qui l’énergisent dans son podcast Le Changement iX : l’alimentation vivante, la méditation… « Mais je n’ai rien du dalaï-lama ! Je suis une pragmatique. » Notre GAEL Guest du mois Alix Battard est aussi une grande travailleuse ancrée dans ses racines familiales. De ses débuts en tant que stagiaire chez RTL à l’épreuve de la maladie qu’a traversé sa famille face au cancer de sa fille Theodora, notre Guest se confie.

Par Anne-Sophie Kersten. Photos: Laetizia Bazzoni.

Cet article fait partie de notre rencontre exclusive avec Alix Battard, publiée dans le GAEL de juin. Pour y accéder, inscrivez-vous gratuitement ci-dessous.

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C’est une longue silhouette (1,77 m) aux pieds nus qui vient m’ouvrir la porte de sa maison bruxelloise. « Garde tes chaussures ! C’est juste que mon vernis à ongles n’a pas fini de sécher. » Élégance joyeuse à la Michèle Laroque, regard vif, Alix Battard est revenue pour un jour de ses congés en famille à la mer du Nord pour notre entrevue GAEL Guest et ensuite monter le prochain épisode de son podcast. Elle a trouvé le temps de tout ranger impeccablement chez elle et même de disposer des fleurs dans un vase. On s’installe à la grande table ovale avec vue sur un salon digne des magazines de déco, l’âme en prime. Je la préviens : « Tu repars à la mer ce soir et moi je reste ici ! » Tout m’y invite, les matières nobles, les objets racés et les couleurs sobres rehaussées ici et là d’une touche fun, comme ces sous-plats accrochés au mur tels une pièce d’art moderne.

Tisane et noix de cajou au curry présentées dans un service ancien, nous plongeons dans le passé de notre GAEL Guest, au cœur d’un petit village du Hainaut dont le nom sonne comme un vignoble ou un domaine proustien : Ville-Pommerœul. La petite Alix y grandit entre sa sœur Olivia et son frère Ludovic dans une belle et grande propriété, berceau des Battard depuis dix générations. Le clan est uni, l’ambiance chaleureuse, et la maison bat au rythme des allées et venues des cousins et amis. « Ajoute des poules, des vaches, des chèvres… Un cadre privilégié pour grandir », sourit-elle.

Quelle petite fille étais-tu ?

Expressive, espiègle. Joyeuse en tout cas. J’étais bien dans mes baskets et affirmée, sans virer emmerdeuse, je pense. Ça, je le suis un peu devenue ado : en secondaire, les profs disaient que j’étais insolente. Mais comme j’étais bonne élève, ça passait. J’ai le souvenir de belles vacances où nos parents nous avaient emmenés et où je râlais pour un oui, pour un non, les pauvres. Je me dis que ça devait avoir un lien avec ma position de seconde dans la fratrie, une façon de chercher ma place. Aujourd’hui, je suis facile à vivre, avec un côté parfois directif, certes, mais bien- veillant. J’aimais déjà prendre la parole, les pièces de théâtre… Le journalisme n’est pas venu de nulle part.

Un départ dans la vie hyper heureux !

Oui, avec des parents ultra-aimants et une structure familiale solide. Certaines personnes ont de mauvais souvenirs de leur adolescence. Moi, je paierais pour la revivre.

Puis tu débarques à Bruxelles…

À 17 ans, après douze ans aux Ursulines à Mons, je pars kotter avec deux de mes meilleures amies pour étudier en fac de communication et sciences politiques à Saint-Louis. Le rêve, la liberté ! Puis j’entre en licence à Louvain-la-Neuve et j’ai soudain la sensation de quitter l’insouciance. J’ai beaucoup de boulot pour les cours et comme je suis très perfectionniste, je travaille énormément. Je sens le poids des responsabilités. À 21 ans, je décroche un stage à RTL… et on me propose de rester comme pigiste en radio. Quelle opportunité ! Je suis toujours en kot, mes copains font la fête, et moi je me lève à 2 h 30 pour bosser sur le journal du matin. Heureusement que j’ai profité de mon adolescence !

Seize ans plus tard, tu es toujours à RTL.

Oui, et sans regret.

“Présenter un journal exige une dynamique très speed, rythme que je devais à chaque fois retrouver. En bonne perfectionniste, je mettais du temps…”

Comment es-tu passée de la radio à la présentation du JT ?

J’adorais la radio, mais après quatre ans à me lever à 2 h 30 du matin, j’ai commencé à me sentir en décalage social. J’ai saisi l’occasion de faire des reportages télé pour l’émission Place royale, ce qui m’a en outre permis de beaucoup voyager, parfois vers des destinations où je ne serais jamais allée : sur la ligne de démarcation entre les deux Corée, en Arabie saoudite… Ensuite, j’ai fait des reportages pour le JT et assez vite, on m’a proposé un casting, qui s’est avéré concluant. En 2011, je suis devenue joker pour la présentation des journaux du week-end.

Ça t’a plu, d’être joker ?

Au début, j’ai trouvé cela super chouette de remplacer une présentatrice malade ou en congé, quelquefois en dernière minute. Mais en même temps, je ne me sentais pas vraiment légitime puisque j’étais la remplaçante. Et comme il s’écoulait parfois plusieurs semaines entre mes prestations, j’avais à chaque fois l’impression de devoir refaire mes preuves. Présenter un journal exige une dynamique très speed, rythme que je devais à chaque fois retrouver. En bonne perfectionniste, je mettais du temps, j’écrivais un texte, puis je le reprenais pour l’améliorer… Je terminais parfois à la bourre. Ça me mettait dans des états ! Puis en 2016, j’ai accouché de ma seconde fille, Georgia. Et juste avant que je ne revienne de congé de maternité, mon aînée, Theodora, est tombée malade. Un cancer.

Et là, tu t’es arrêtée de travailler.

Sans aucune hésitation.

Comment avez-vous découvert sa maladie ?

On était en vacances. Et comme Theodora venait de devenir propre, à 2 ans et demi, elle se baladait sans couche. On a été frappés de voir son ventre anormalement gonflé. En palpant, j’ai senti une boule et j’ai tout de suite pris rendez-vous chez la pédiatre. Elle aussi a senti la « masse », comme elle disait : elle m’a envoyée en urgence faire une échographie. Quand elle m’a déconseillé de repasser par la maison pour prendre un goûter avant l’écho, j’ai senti que ce n’était pas bon. Puis la spécialiste s’est présentée : « Bonjour, je suis oncologue pédiatrique… » et j’ai compris.

Comment as-tu traversé cette période ?

Au début, j’ai ressenti de la tristesse, de la colère, de l’injustice… Mais assez vite, je me suis mise en mode combat. J’ai réorganisé le rythme familial autour des filles, façon ultra-cocon. Et là, étonnemment, après cette abominable sensation de basculement, énormément de douceur et de lumière ont émergé de notre cellule familiale. Mes parents ont été extrêmement précieux : maman gardait Georgia quand j’accompagnais Theodora à l’hôpital. Nous avions décidé que Laurent (Laurent Haulotte, son mari, directeur de l’info et des sport à RTL, NDLR ) continuerait à travailler. Ça n’avait pas de sens qu’on soit tous les deux déconnectés de notre travail. Comme je ne souhaitais pas aller seule aux chimios avec Theodora, mon papa nous a à chaque fois accompagnées à l’hôpital, les trente-deux vendredis.

“Ça a été l’épreuve de ma vie, mais j’essaie très souvent de me reconnecter à ces moments de disponibilité totale.”

Que gardes-tu de cette période ?

Grâce à l’issue heureuse, puisque Theodora est sortie d’affaire, je retiens surtout ma chance d’avoir pu passer un an et demi non-stop avec mes filles. Georgia n’a pas dû aller à la crèche, puisque j’étais là. Quelle maman a cette chance d’être trente-neuf semaines full time à quatre pattes sur le tapis du salon à jouer avec ses enfants ? Ça a été l’épreuve de ma vie, mais j’essaie très souvent de me reconnecter à ces moments de disponibilité totale.

Que tentes-tu de retrouver ?

Cette capacité à ne pas répondre : « Je viens après » quand elles veulent me montrer quelque chose. Je sais bien qu’on ne peut pas tout arrêter pour être 100 % avec nos enfants, mais ces moments sont tellement puissants pour eux et pour nous ! C’est con, mais c’est rare, et c’est ce que je retiens le plus de cette période.

Jusqu’à la maladie de ta fille, ta vie s’était déroulée facilement…

Et on se dit : « Mais quand est-ce qu’elle va avoir une tuile ? »

Tu n’étais pas très entraînée aux catastrophes. Et pourtant, tu as assuré.

Oui, grâce à la solidité de mon ancrage familial, à mes racines profondes. Et car j’étais entourée et aimée. Combien de fois j’ai vu des personnes venir seules en chimio ! J’ai vraiment constaté qu’il n’y a pas de justice face à la maladie.

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