ADELINE DIEUDONNÉ (36 ans) a publié avec succès son premier roman à l’automne dernier. Récompensé par de nombreux prix, dont le Rossel, La Vraie Vie (éd. L’Iconoclaste) est un roman qu’on lit d’une traite tant l’ambition de l’héroïne nous tient en haleine : elle veut sauver son petit frère des penchants morbides qui le transforment progressivement en monstre.

« C’était l’été 2017, j’étais en train de galérer sur l’écriture de La Vraie Vie et je vivais une séparation douloureuse. J’étais donc à un moment charnière de ma vie et je passais quelques jours de vacances chez ma tante au Portugal. C’est elle qui m’a donné Il faut qu’on parle de Kevin. Un électrochoc. L’auteure, Lionel Schriver, est une femme, comme son nom ne l’indique pas. Il faut qu’on parle de Kevin est un roman épistolaire (la narratrice écrit des lettres à son mari). Sa vie est complètement dévastée. Son fils est en prison, il a commis un meurtre de masse dans un collège. Le livre est paru en 2003 aux USA et est certainement inspiré de la tuerie de Colombine. J’ai d’abord vu l’adaptation cinématographique avec Tilda Swinton (il ne faut surtout pas regarder le film avant, à cause de la révélation à la fin), mais je n’avais pas compris le véritable sujet. La question centrale est : que se passe-t-il quand une mère n’aime pas son enfant ? Ça arrive apparemment plus souvent qu’on ne l’imagine et c’est horriblement culpabilisant car en tant que mère, on est conditionnée par cette grande fumisterie de l’instinct maternel. »

« En tant que mère, on est conditionnée par cette grande fumisterie de l’instinct maternel »

LA FABRIQUE D’UN MONSTRE

« La romancière n’explique pas l’origine du mal, mais il y a un questionnement constant de la narratrice. Qu’est-ce qui s’est passé avec cet enfant ? Est-ce que c’est parce qu’il est un monstre que je ne me suis pas attachée à lui ou est-ce que c’est parce que je ne me suis pas attachée à lui qu’il est devenu un monstre ? J’ai mis un petit peu de temps à rentrer dedans et puis je l’ai dévoré. En général, quand j’aime un roman, je suis complètement accro. Il y a un vrai suspense, on se demande où est son mari et si lui aussi est en prison. Si je dois donner un mot pour définir le roman de Lionel Shriver, c’est intelligence. J’adore lire un bouquin en me disant que l’auteur est beaucoup plus intelligent que moi. Pendant la lecture, j’ai été frappée par les nuances et la finesse du propos. Elle ne vient jamais avec des vérités toutes faites. »

LA VIOLENCE ÉCRITE PAR UNE FEMME

« Il y a une grande part d’inconscient dans le processus de création, mais la question du mal et de la façon dont il s’insinue chez un petit garçon ont certainement pesé dans mon imaginaire. Lire un aussi bon roman sur un sujet aussi violent, écrit en outre par une femme, à un moment où j’étais complètement perdue dans l’écriture de La Vraie Vie m’a aidée à construire mon histoire et m’a rassurée. Je galérais à ce moment-là, mais je me suis dit que j’avais le droit, moi aussi, d’aborder ce genre de thème. Cette lecture m’a permis d’aller jusqu’au bout de mon premier roman, dont la publication et le succès ont changé ma vie. »

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GAEL mars

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