N’y a-t-il que le 21 juillet que nous pouvons affirmer d’une seule voix notre fierté d’être belges, loin de tout sentiment d’appartenance communautaire? Audrey et Steven, 36 ans, nous prouvent que francophones et flamands sont faits pour s’entendre.

PAR ISABELLE BLANDIAUX ET ANNE-SOPHIE KERSTEN. PHOTOS: MATHIEU BAUWENS.

Audrey et Steven, 36 ans et deux enfants

Dans quel environnement linguistique avez-vous grandi?

Steven à Linkebeek, une commune à facilités, dans une famille parfaitement bilingue, de maman néerlandophone et de papa francophone. Je viens d’une famille bruxelloise francophone. Quand on s’est rencontrés, j’avais un niveau de néerlandais scolaire. C’était lors d’un camp auprès d’enfants des bidonvilles au Maroc. On avait 24 ans. Steven y était en tant que chef pionniers et moi en tant que cheffe guides horizon. Son totem, c’est Caracal. Depuis les scouts, tous ses amis francophones l’appellent exclusivement Cara, moi y compris. Et ses potes néerlandophones l’appellent Steven.

La langue a-t-elle joué un rôle lors de votre rencontre?

Pas vraiment, puisque Cara parle parfaitement le français. Mais il y a eu un beau malentendu lorsque j’ai rencontré ses parents. C’était à Noël, je m’étais habillée élégamment. Noël, quoi! Et, bien sûr, j’ai vouvoyé ses parents. Sur le chemin du retour, il m’a dit de ne plus jamais faire ça, que cela donnait l’impression que je les prenais de haut. La fois suivante, je les ai tutoyés, et même l’oma. Très bizarre. Chez Cara, comme tout le monde est bilingue, les conversations fusent dans les deux langues. Au début, je n’arrivais pas à tout suivre. Mais j’ai bien progressé: je parle super vlot désormais!

. « Nous, ce qui nous fait rire, c’est ce qu’on entend sur les communes à facilités, comme si néerlandophones et francophones se tiraient dessus. »

C’est agréable, d’être plus à l’aise en néerlandais?

Oui, je suis assez fière quand des mamans francophones de l’école des enfants — choisie en néerlandais — me prennent pour une flamande. Car je mets un point d’honneur à parler en néerlandais aux enfants quand on est dans le contexte scolaire. À la maison, ils me parlent en français, et en néerlandais à leur papa. Ils font aussi de jolis mélanges, comme «Je bois de la pique-water». Et on choisit des livres dans les deux langues à la bibliothèque.

Votre couple vous permet de réviser certains clichés sur nos communautés…

On n’a jamais baigné dans les clichés. Mais — est-ce un hasard? — il se fait que ma famille est plutôt du genre à arriver un quart d’heure après l’heure, alors que celle de Cara sera toujours à l’heure, voire en avance. Désormais, cela m’énerve parfois un peu si ma famille arrive en retard. Quand à mes beaux-parents, s’ils débarquent et que la table n’est pas mise, je me dis qu’ils n’avaient qu’à pas arriver si tôt! Je constate aussi que les amis néerlandophones de Cara font plus facilement des kilomètres pour se retrouver à Anvers, à Gand… Pour un Bruxellois, sortir de Bruxelles, c’est toute une épopée.

Avez-vous des conseils pour nos politiques?

Je dirais: être plus curieux les uns des autres. C’est fou ce que j’ai découvert, par exemple, de la scène musicale flamande, et du cinéma aussi. Nous, ce qui nous fait rire, c’est ce qu’on entend sur les communes à facilités, comme si néerlandophones et francophones se tiraient dessus. Rien n’est moins vrai, on parle ensemble, c’est très village. Quand j’entre à la maison communale ou dans un commerce, je parle en néerlandais et je mets un point d’honneur à continuer même si on me répond en français. Parler néerlandais, c’est ma fierté personnelle!

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