Quatre ans après avoir gravi le bouleversant Everest, le groupe belge revient avec Nocturne, un album pop impressionniste et intuitif. Un disque de maturité, à l’heure où Antoine et Lionel, les deux leaders/chanteurs, entrent dans la paternité. PAR ISABELLE BLANDIAUX.

Pop lumineuse

Quinze ans qu’ils nous hypnotisent avec leur pop-rock ciselée, leurs arpèges qui font décoller du plancher, leurs bidouillages électros sophistiqués, leur mélancolie «cocon», leurs voix à l’unisson. Rassemblés autour du tandem Antoine Wielemans/ Lionel Vancauwenberghe, amis d’école originaires du Brabant wallon, les Girls in Hawaii auraient pu splitter en chemin, suite au coup du sort (la mort accidentelle de Denis, batteur et frère d’Antoine, en 2010) ou au mouvement naturel de la vie (les six membres sont désormais pères de famille). Mais plus que jamais, ils sont là et signent un quatrième album studio en parfaite osmose, Nocturne, où l’obscurité sert d’écrin à de riches éclats chromatiques. Leur son y évolue doucement vers plus d’électronique et moins de guitare, comme certains morceaux du précédent disque le laissaient présager. «On ne se voyait pas devenir de vieux folkeux avec notre guitare et on adore les synthés depuis longtemps, rigole Lionel. Changer d’outil permet aussi de se redécouvrir et d’éviter les réflexes.» L’intensité et l’émotion, elles, demeurent bien ancrées dans les tonalités de cette pop lumineuse.

Quatre années séparent la sortie d’Everest de celle de Nocturne. Qu’avez- vous fait entre les deux?

Antoine Pour la première fois, on a eu envie de s’y remettre tout de suite après la tournée, sans prendre de break. Du coup, on n’a pas vraiment connu de phase de doute, généralement intense chez nous. Quand tu t’arrêtes, tu commences forcément à mentaliser. Plus le doute s’intensifie, plus le nouvel album devient quelque chose d’imposant. Ici, on est resté dans le mouvement, on a continué à faire des démos, à accumuler du matériel, sans se poser de question. Du coup, ça s’est passé en douceur.

Lionel C’est très bien, parce qu’on est plutôt du genre à être fort dans le mental et à y rester bloqué. Or, la musique demande pas mal de spontanéité, surtout la nôtre.

« C’est surtout l’envie de développer un projet artistique commun qui nous a réunis. »

Comment vous êtes-vous rencontrés et sur quoi repose votre complicité?

Antoine On s’est rencontrés à l’école, en 5e secondaire. Les classes avaient été remaniées à la rentrée. Il y avait une place à côté de Lio, je m’y suis assis. On a commencé à discuter, puis on a passé les deux années qui ont suivi sur le même banc, on s’entendait méga-bien. On a beaucoup rigolé.

Lionel J’avais peur que personne ne vienne s’asseoir à côté de moi… L’angoisse! (Rires.) On a tous les deux une sensibilité exacerbée, assez cachée. Mais on est aussi très différents, très complémentaires. C’est surtout l’envie de développer un projet artistique commun qui nous a réunis.

Antoine Après les secondaires, où on a beaucoup fait les cons ensemble, on a commencé nos études supérieures. Assez vite, on a eu l’idée de faire quelque chose à deux pour prolonger notre amitié. Parce que si on se limitait à aller boire des verres tous les mois, elle allait s’effilocher.

Si Nocturne est plein de couleurs et de lumières différentes, la mélancolie reste très présente. Ce sont les choses graves qui vous inspirent?

Lionel Quand cela ne va pas, on n’a pas envie d’écrire. Quand ça va mieux, on exprime de la mélancolie. C’est souvent ce qui ressort de notre travail.

Antoine Le réservoir qu’on utilise pour écrire est plein de ce qu’on a accumulé quand cela n’allait pas trop. Cela donne du coup pas mal de sens aux moments down.

Le fait d’être devenus pères tous les deux depuis le précédent album, qu’est-ce que cela change dans votre démarche?

Lionel Le temps qu’on consacre à la musique est de meilleure qualité et on s’amuse beaucoup plus entre nous, c’est plus détendu. Concernant les thèmes, vu que quand tu es père, tu t’occupes de quelqu’un d’autre que de toi-même, tu regardes beaucoup plus autour de toi, l’environnement dans lequel évolue ton enfant. Je suis plus attentif au fait que ma fille va devoir grandir dans ce monde. Cela a influencé le disque. Mais c’est une concordance de choses: on était aussi arrivés à un stade où on avait envie de quelque chose de plus mûr. L’envie de se re-découvrir en tant que groupe également, de durer. De sortir d’un état post-adolescent. On ne travaille pas vraiment sur des thèmes politiques, mais pour un morceau comme Blue Shape, la photo du petit Aylan couché sur une plage turque nous a effectivement influencés.

Certaines images prennent plus d’ampleur émotionnelle.

Antoine On s’est toujours interdit de faire des chansons sur un drame social, une crise politique ou autre, parce que c’est compliqué de dire quelque chose d’intelligent en quelques lignes, en une chanson. Mais ce thème des réfugiés nous concerne, alors on s’est dit: «Pourquoi ne pas le traiter comme un autre, en exprimant notre ressenti?»

Vous parlez de la joie dans plusieurs chansons, et notamment de la joie comme d’un choix conscient et adulte.

Antoine Oui, c’est ce qui change complètement quand tu deviens parent. Tu dois choisir la joie au quotidien et non t’apitoyer. C’est une obligation d’offrir le cadre familial le plus joyeux possible à ton enfant.

  • ALBUM NOCTURNE (PIAS).
  • EN CONCERT LE 5/12 À L’ANCIENNE BELGIQUE À BRUXELLES, LE 2/2 À LA CASERNE FONCK À LIÈGE, LE 7/2 À LA FERME DU BIÉREAU À LOUVAIN-LA-NEUVE, LE 8/2 À HET DEPOT À LOUVAIN, LE 9/2 À LA ROCKHAL À ESCH-SUR-ALZETTE, LE 10/2 À L’EDEN À CHARLEROI, LE 15/2 AU VOORUIT À GAND, LE 17/2 AU TRIX À ANVERS.

Retrouvez cette rencontre en intégralité dans le GAEL de novembre, disponible en librairie!

Plus de culture: