Elles parcourent le monde à la recherche de joyaux pour Bulgari ou encore Cartier. Elles visitent des mines, rencontrent des commerçants, des collectionneurs et fréquentent assidûment les ventes aux enchères. Rencontre avec deux aventurières du monde de la joaillerie.

Claire de la maison Cartier

Née dans une famille de bijoutiers, Claire n’a pas pu échapper à l’héritage familial. Elle voulait étudier le marketing, mais c’est finalement dans la haute joaillerie, au sein de la Maison Cartier, qu’elle a trouvé son épanouissement professionnel. « Après mes études en gemmologie, j’ai été recrutée par Cartier pour travailler au sein du département pierres de couleur. J’y ai rencontré Brigitte, qui avait déjà fait une belle carrière dans la maison. Elle est devenue mon ange gardien. Elle connaissait Cartier par cœur. Elle m’a non seulement transmis son savoir, mais aussi sa passion. “Vous devez avoir un œil pour les pierres, m’a-t-elle dit. Mais vous devez aussi l’aiguiser encore et encore en regardant un maximum de pierres.” Certains jours, elle ne me montrait que des rubis. Je devais lui expliquer pourquoi telle pierre était plus belle que les autres, lui dire d’où elle venait.

 

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Avoir un esprit ouvert

« Il est important de garder l’esprit ouvert. Vous pouvez aimer aujourd’hui ce que vous n’avez pas aimé hier parce que, tout à coup, vous entrevoyez d’autres possibilités. Les agates, par exemple, autrefois considérées comme des pierres semi-précieuses, me paraissent de plus en plus intéressantes. Idem pour le quartz et le cristal, deux pierres avec lesquelles nos artisans font de merveilleuses choses. Nous utilisons également souvent le spinelle, un minéral oublié qu’on comparait autrefois au rubis. Un spinelle n’a pas le côté velouté d’un rubis, il est plus froid, avec une transparence presque métallique. Mais il a une belle présence et, si vous n’avez pas l’œil averti, vous pouvez facilement le confondre avec un rubis. La couronne de l’empereur russe en comprend d’ailleurs un. Je n’ai jamais aimé la tourmaline. À mes yeux, c’était une pierre anecdotique, mais dans les créations de notre maison, elle peut prendre une tournure extrêmement spectaculaire. »

 

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 « Je suis personnellement toujours touchée par un rubis. Une pierre mystérieuse difficile à comprendre et encore plus difficile à trouver. Depuis des années, je recherche un beau rubis birman de 10 carats. Impossible. La recherche de pierres de très haute qualité devient de plus en plus difficile. Heureusement, nous faisons encore des découvertes : des émeraudes de Zambie ou d’Afghanistan, des pierres colorées fantastiques du Mozambique et de la Tanzanie. »

Des pierres d’exception

« Parfois, une pierre spectaculaire nous tombe dans les mains, mais cela se produit rarement. Cartier a pu acheter le saphir Romanov — un saphir de Ceylan en forme de coussin de 197,8 carats — pour la première fois entre 1925 et 1928, lorsque le gouvernement communiste a vendu les bijoux impériaux russes. La pierre bleu clair était alors sertie dans une broche, propriété de l’impératrice Maria Feodorovna. Cartier en a fait un pendentif acheté par la chanteuse d’opéra Ganna Walska en 1929. Nous avons pu récupérer ce bijou en 2014 et nous avons fait du saphir la pièce maîtresse d’un sublime bracelet de la collection Étourdissant. Il a été vendu en 2015. »

LUCIA SILVESTRI de la maison Bulgari

Elle est directrice créative de la maison depuis 2013, mais est en charge de la sélection des pierres depuis 1982. Elle est l’une des rares personnes dans le monde de la joaillerie à combiner ces deux fonctions. La passion de Lucia est la clé de son succès.

« Mon père était le bras droit de Paolo Bulgari. Un jour, il me l’a présenté en me proposant de remplacer temporairement sa secrétaire, qui était enceinte. J’avais 18 ans et j’étais très timide. Malgré ça, je ne pouvais pas quitter des yeux les pierres qui se trouvaient sur son bureau. Instinctivement, j’ai commencé à les organiser selon des combinaisons qui me plaisaient. Paolo Bulgari a vu que j’avais “un œil”. Tout à coup, je me suis sentie happée par ce métier que je ne connaissais pas. J’ai commencé à étudier la gemmologie (au lieu de la biologie) et je ne l’ai jamais regretté. »

Sa pierre fétiche

 

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« Je ne peux pas dire non aux saphirs. J’ai déjà acheté un saphir de 300 carats, de la taille d’un œuf. Maintenant, je rêve d’un rubis birman de 10 carats. Mission impossible, je le crains. Et bien sûr, un jour, j’aimerais découvrir un nouveau type de pierre, une pierre qui me touche, avec laquelle je puisse faire un beau bijou. En tout cas, je préfère les pierres de couleur. Celles qui ont une âme et une histoire intérieure forte. Bien sûr, les pierres que nous sélectionnons doivent répondre aux critères des trois C (color, clarity, cut, c’est-à-dire couleur, netteté, taille), la base de la base, mais je préfère les pierres dotées de caractère et de personnalité. Celles qui ne sont peut-être pas parfaites mais qui dégagent quelque chose de spécial. »

Un monde d’hommes

 

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 « Le monde des pierres précieuses est encore très masculin. Au début, on me regardait avec méfiance. On me montrait des pierres, mais quand il s’agissait de négocier, on demandait à Monsieur Bulgari. Ce temps est heureusement révolu. Je me souviens d’un voyage à Jaipur au cours duquel je me suis retrouvée face
à quatre cents kilos d’émeraude brute. Je n’achète jamais de pierre brute, mais celle-ci était si spéciale que j’ai succombé à son charme. C’est dans ces moments-là que vous prenez conscience de l’incroyable valeur d’une pierre, véritable cadeau de la nature. »

Photo cover: Instagram @lucia_silvestri @bulgariofficial

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