Comme le colibri de la légende, ces femmes «font leur part» pour rendre le monde plus juste et plus humain. Chacune d’elles a fait le choix d’aller au cœur de son talent et, de ce fait, excelle dans son projet. De quoi raviver notre confiance en l’humanité pour les 30 prochaines années.

PAR CHARLOTTE VERSELE, LAURA SWYSEN ET ANNE-SOPHIE KERSTEN. PHOTOS EN PIED: FILIP VAN ROE. PHOTOS PORTRAITS: LAETIZIA BAZZONI.

CÉCILE DJUNGA (29 ANS)
Humoriste déterminée

Dans son tailleur rose bonbon, impossible de la louper: Cécile Djunga, le smile XXL, est un vrai soleil. Celle qui fait la pluie et le beau temps sur la RTBF, réveille les coulisses de The Voice Belgique et assure avec peps la présentation de Time’s Up s’est retrouvée il y a quelques semaines propulsée au cœur de l’actualité pour des raisons bien moins légères. La comédienne et humoriste, repérée au Jamel Comedy Club, a en effet été la cible de nombreuses insultes racistes. «On a tous nos limites, c’était la mienne.» La goutte d’eau, le mot de trop, Cécile décide de pousser un coup de gueule en vidéo. Le clip devient viral et la jeune femme, sans le vouloir, la voix des victimes de racisme, quelle que soit leur origine. Entièrement soutenue par le service public, Cécile ne compte pas s’arrêter là: «À mon niveau, avec mon arme qui est l’humour, je veux aider les autres. Je ne suis ni politicienne ni activiste, mais je sais qu’on peut changer les choses.»

    • CÉCILE EST EN TOURNÉE AVEC SON DEUXIÈME SPECTACLE PRESQUE CÉLÈBRE. WWW.CECILEDJUNGA.COM.

SOLVEIG VINAMONT & VÉRONIQUE CRANENBROUCK (35 & 37 ANS)
Les indignées sans frontières

Chaque jour, les médias relatent le quotidien des enfants soldats, des femmes violées, des orphelins ou des familles déplacées à cause des conflits. Au lieu de s’indigner, Véronique et  Solveig ont décidé d’agir. WAPA, c’est la concrétisation de leur beau combat. Leur mission consiste à récolter des fonds afin de soutenir des associations locales
qui réinsèrent les victimes de guerre dans la société. «Souvent, les ex-enfants soldats sont rejetés par la communauté. Cette discrimination mène malheureusement parfois à leur recriminalisation.» La construction d’une maternité en Ouganda, la réinsertion professionnelle de 75 femmes et enfants soldats au Sri Lanka: leur projet force l’admiration. La clé du succès de WAPA? La modeste équipe agit sur le principe de subsidiarité: «Nous ne nous substituons pas aux autorités locales. Nous travaillons
main dans la main avec des partenaires locaux pour développer ces projets.»

MARINE ANDRÉ (30 ANS)
Reine des abeilles

Souvent sous-estimé par les étudiants, le choix du mémoire de fin d’études peut pourtant susciter des vocations! Grâce à ses recherches sur les soins dermocosmétiques naturels, Marine s’est rendu compte qu’il y avait une place à prendre en Belgique. Il n’en faut pas plus pour convaincre la jeune femme, dont ses parents lui ont inculqué un esprit entrepreneur et l’amour de la pharmacie, de lancer sa marque Bee Nature. Son objectif? Chouchouter votre peau et la planète avec des soins naturels à base de miel bio et issu du commerce équitable. Sa motivation sans limite, elle la puise auprès de sa famille et de son équipe. «Mon mari me dit toujours qu’on doit rêver grand. L’année dernière, nous avons lancé une gamme adaptée aux besoins des nourrissons. Elle connaît un joli succès, je suis tellement heureuse lorsque des clients reviennent vers nous en disant qu’ils ne pourraient plus s’en passer.»

MARIE-LAURE JONET (42 ANS)
Porte-parole de la diversité

Après avoir travaillé 15 ans à la communication de la Commission européenne, Marie-Laure fonde DiversiCom, une structure qui facilite l’accès à l’emploi des personnes en situation de handicap. «Entre la crise de la quarantaine et la prison dorée de la Commission, j’avais envie de me donner plus. Le point de départ de ma démarche n’est pas le handicap, mais la compétence au-delà du handicap.» Si DiversiCom coache les chercheurs d’emploi handicapés, elle conseille aussi les entreprises désireuses d’ouvrir leur système de recrutement à la diversité. Elle fait ensuite «matcher» ses candidats et ses employeurs partenaires. DiversiCom compte aujourd’hui 200 personnes accompagnées, une centaine d’entreprises partenaires et 300 projets professionnels facilités.

LAURENCE ORTEGAT (49 ANS)
Coach d’auteurs

Laurence a lâché une activité professionnelle confortable pour accompagner les personnes qui veulent transmettre une histoire, leur expérience, leur passion par le biais d’un livre. Elle les guide avec passion depuis l’idée (très important, le bon angle!) jusqu’à la publication et à la promotion du livre. «Car écrire un livre c’est bien, mais il faut qu’il soit lu!» Grâce à Laurence, de nombreuses personnes accouchent de leur message et acquièrent une précieuse légitimité dans leur domaine. «Le hasard des choses fait que les auteurs qui viennent me voir mènent des projets qui rendent le monde meilleur. En les accompagnant, quelle joie de contribuer à porter leur message! J’aime quand on me dit: “Je ne croyais plus en mon projet, mais à votre contact, j’ai retrouvé l’envie de le mener à bien.”»

SOUMAYA HALLAK (35 ans)
Voix d’Alep

Chanteuse lyrique éclectique formée à la Chapelle musicale Reine Élisabeth, Soumaya partage son temps entre Bruxelles et Genève, où elle évolue en tant que cantatrice. Mais cette géante au charisme décapant s’est avant tout donné pour mission d’insuffler le goût de vivre aux victimes de la guerre en Syrie, et plus précisément à Alep, d’où son père est originaire. «Le futur d’un pays meurtri par la guerre, ce sont les enfants, les familles, l’humain.» Parce qu’elle considère le chant comme le reflet de l’âme, Soumaya s’en sert comme un moyen d’expression via son association 1, 2, 3 Hope Love Life for Peace. Main dans la main avec les Maristes bleus, une association bénévole consacrée à l’éducation, elle utilise la voix et le corps pour extérioriser les traumas. «C’est ma mission spirituelle. Pour qu’elle soit bien nourrie, j’ai aussi besoin de chanter, alors je me partage entre les deux.» Son vœu le plus cher: «Que la petite goutte que j’apporte en habitant poétiquement le monde se transforme en rivière…»

JULIE VAN DE PUT (38 ANS)
Designer of happiness

Julie a créé un job qui allie ses deux amours: le design et la collaboration entre les personnes. Avec Rose Experience, elle propose aux entreprises un accompagnement au changement centré sur l’humain. Elle les aide à identifier leurs valeurs, puis à faire en sorte qu’elles se révèlent concrètement dans les attitudes des employés, mais aussi dans leur environnement de travail. «Il faut que chacun ait la sensation d’être au bon endroit.» Cette transformation permet la rencontre entre l’entreprise et ses employés, entre les employés euxmêmes, et avec les clients: tous ensemble, ils avancent vers plus de bonheur et d’efficacité. Le mantra de Julie: «Be yourself together».

YONEKO NURTANTIO (27 ANS)
Guerrière antigaspi

Les chiffres parlent d’eux-mêmes: en Belgique, on gaspillerait en moyenne 345 kg de nourriture par personne et par an. C’est que le Plat Pays est le deuxième plus mauvais élève européen en la matière… Yoneko Nurtantio a, elle, grandi avec la conscience écologique bien éveillée, dans une famille qui ne comptait pas le mot «gaspillage» dans son vocabulaire. Après avoir écrit le livre Zéro gaspi!, la jeune Bruxelloise décide de lancer un challenge: «Avec Just Keep It, on veut montrer qu’en évitant le gaspillage alimentaire, on aide non seulement la planète, mais on fait aussi des économies dingues!» 21 jours pour changer son comportement alimentaire avec des astuces simples et le soutien d’ambassadeurs du monde gastronomique, écologique et économique, nous, on dit oui.

AUDREY THIRIAR (31 ANS)
Chantre de la gastronomie

Qu’ont donc en commun la Villa Lorraine, le Sea Grill ou encore Culinaria? Ils ont tous confié leur communication à Tribe Agency, petite agence devenue grande fondée il y a moins de deux ans par Audrey Thiriar, trentenaire passionnée de bonne bouffe. Avec son associé Cédric Allard, elle nourrit un seul objectif: mettre à l’honneur la gastronomie bruxelloise. Des étoilés, mais pas que! Le duo compte également parmi ses clients de tout jeunes projets, des petits établissements façon «street food» et des événements plus inattendus, comme la Brussels Cocktail Week. La dernière grande satisfaction d’Audrey? Pouvoir soutenir de manière pro bono le restaurant 65 degrés, qui emploie des personnes atteintes d’un handicap mental.

SANDRINE VASSELIN KABONGA (44 ANS)
Spice girl

Chez Sandrine, le poivre est une histoire de famille. Née d’un papa français et d’une maman congolaise, cette passionnée de cuisine du monde tombe de sa chaise lorsqu’elle (re)découvre les mille et une saveurs du poivre sauvage du Kivu. Des grains de poivre s’échappe «une odeur enivrante, fruitée, fleurie, piquante». C’est là, en 2014, qu’avec l’aide de cueilleurs locaux et de coopératives de femmes commence l’aventure Misao. Dans chaque restaurant où elle passe, Sandrine emporte sa précieuse épice qu’elle fait audacieusement goûter aux chefs et la commercialise petit à petit. «Ce poivre sublime n’importe quel plat, mais sans tuer les saveurs», explique-t-elle. Le fruit d’une terre volcanique extrêmement fertile, dans une région malheureusement plus connue pour ses guerres civiles qui rendent encore difficile le développement de telles cultures.

CHARLOTTE BELLIÈRE (37 ANS)
Conteuse (extra)ordinaire

La semaine, Charlotte enseigne le français à de jeunes primo-arrivants au Campus Saint-Jean, à Molenbeek. Dix-huit heures hebdomadaires passées à échanger avec des ados entre 12 à 18 ans, qui se remettent à niveau avant d’être réinsérés dans le circuit traditionnel. À ses heures perdues (ou gagnées), cette discrète brune au regard tout doux écrit des histoires pour enfants, poétiquement illustrées par son compagnon Ian De Haes. Difficile de conjuguer ces deux activités? Pas pour Charlotte: «Les deux combinent ma passion pour le français. Mon truc, c’est de raconter des histoires extraordinaires avec des personnages ordinaires.» Une bonne manière de faire le lien avec la classe: «Le petit Équatorien ou le petit Marocain, ce sont des enfants comme les autres. Mais leur exil et l’apprentissage du français, ce sont des défis extraordinaires qu’on vit ensemble.»

FANNY LEBRUN (31 ANS)
Semeuse de bonheur

Une petite récolte pour Fanny, un grand pas pour l’agriculture belge! C’est une profession peu commune qui occupe les journées de cette jeune agricultrice d’Havelange. Après un voyage en Australie riche en découvertes, Fanny décide de devenir semencière. «Les semences sont la base de notre alimentation. Mais connaissez-vous la proportion de graines importées de l’étranger?  La quasi-totalité!» Dans un monde qui aspire au local et à l’éthique, la jeune femme, qui a fait des études d’ingénieur agronome à Gembloux, a lancé son projet de semences belges. Aujourd’hui cofondatrice d’une coopérative, Fanny et son équipe cultivent, récoltent, trient et vendent leurs propres graines. «Ma plus grande fierté est d’être parvenue à créer de l’emploi. Ce projet a un véritable impact sur l’environnement et même si je disparaissais, il continuerait à exister.»

FRANÇOISE LEROUX (46 ANS)
Oreille bienveillante

Avec l’affaire Weinstein et le tsunami de témoignages relayés avec le #metoo, les victimes d’agression sexuelle semblent enfin se faire entendre. Mais avant de porter la voix, encore faut-il la retrouver… La psychologue, qui est «en seconde ligne, juste derrière les infirmières», met à disposition ses oreilles bienveillantes et ses vingt années d’expérience au 320 rue Haute, un centre qui accompagne de manière globale les victimes de violences sexuelles (soutien médical, psychologique et judiciaire). Chaque jour elle écoute, conseille et aide ces femmes fragilisées à avancer. Des journées éreintantes ponctuées de quelques moments de joie intense: «Quel plaisir de voir une patiente arriver à son rendez-vous un grand sourire aux lèvres et de l’entendre dire qu’elle fait à nouveau confiance aux autres. Je me sens utile.»

FLORENCE BLAIMONT (34 ANS)
Wonder(ful) woman

Lorsque Florence divorce il y a quatre ans, elle ressent d’abord une énorme tristesse, l’impression d’avoir gâché sa vie. Mais elle réalise aussi qu’elle n’a pas besoin d’un homme pour s’accomplir émotionnellement, financièrement et professionnellement, et souhaite porter d’autres femmes sur cette voie: «C’est difficile de se planter, mais c’est aussi ce qui nous fait grandir. Sans échec, pas d’apprentissage.» C’est ainsi que cette maman solo reprend la Wowo Community, dont elle est aujourd’hui CEO. Coaching, ateliers, conférences, cette communauté ultra-soudée invite ses membres à s’émanciper des clichés, à déployer leurs talents et à s’accomplir en tant que femme. «Je ne crois pas à la chance, souligne cette working girl déterminée. Je crois aux attitudes, au fait qu’on passe à l’action. Je pense que c’est ce que je devais faire.» Prochaine étape? Élargir le réseau au côté néerlandophone du pays.

STÉPHANIE FELLEN (32 ANS)
Eden Hazard du durable

Et si chacun d’entre nous pouvait devenir un champion du durable? La pétillante Liégeoise veut y croire. Après avoir lancé il y a cinq ans Made & More, un label mode respectueux de l’homme et de l’environnement, cette économiste de formation décide de faire du durable son combat. C’est ainsi qu’elle accompagne désormais les entreprises dans leur transformation durable: «Je vois ça comme un grand logiciel, avec des mises à jour. En tant que consommateur ou comme employeur, on peut tous faire ces updates ». Ancienne ingénieure de gestion (elle a travaillé pour une multinationale vendant… des phosphates!), Stéphanie se donne pour objectif de transmettre ses convictions via des conférences et — bientôt — un livre sur le sujet… «Il faut dire les choses: on est dans la mouise, conclut-elle. Mais je n’aime pas me plaindre sans donner de solution.»

GÉRALDINE JOURDAIN (59 ANS)
Dame de cœur

Après avoir voyagé pendant vingt-cinq ans aux quatre coins du monde avec mari et enfants, Géraldine, psychothérapeuthe et réflexologue, se consacre désormais pleinement à la méditation Heartfulness. Une méthode simple qui consiste à inviter le mental à s’ajuster au cœur et à se laisser inspirer: «Je médite depuis toujours, mais cela fait deux ans que j’ai arrêté tout le reste, tellement je trouve cette méthode complète», explique-t-elle. C’est bénévolement que Géraldine transmet aujourd’hui sa passion et son savoir aux personnes en quête de bien-être personnel, voire professionnel. Son mantra? Celui de Gandhi: «Sois le changement que tu veux voir dans le monde.»

SARAH REMY (31 ANS)
Cultivatrice terre à terre

Dans son petit village d’Oneux, dans la province de Liège, Sarah cultive des légumes sans pesticides et sans engrais chimiques. Sa collègue Pétula, un imposant cheval de trait ardennais, l’aide à préparer le sol en faisant tout le travail qu’un tracteur pourrait faire. Après avoir évolué dans le secteur de la médiation artistique, Sarah a eu envie de revenir aux sources, en proposant à ses clients une production naturelle et 100 % locale, cultivée sans machines. «J’avais envie de travailler physiquement, dehors. De faire quelque chose de plus concret, plus terre à terre». Elle vit désormais au rythme des saisons: «Quand je suis au jardin, je peux passer trois heures la tête dans la terre et voir toute la vie qui s’y trouve. J’ai l’impression de me réancrer. Je retrouve chaque année les oiseaux à la même période… Je vis au rythme de la nature.»

MARIE-JEANNE MALDAGUE (65 ANS)
Jeune comédienne

Un changement radical de carrière à 57 ans, il fallait oser. Après avoir travaillé toute sa vie dans l’écoute, Marie-Jeanne Maldague ressent un besoin de renouveau, une envie de se réaliser. «Je n’avais pas beaucoup de voix pour le théâtre, je me trouvais trop timide pour l’impro…» Jusqu’à tomber sur cette annonce pour des cours de comédie à l’AKDT. «Tous les stages possibles et imaginables» et deux ans de formation plus tard, MarieJeanne s’épanouit pleinement dans sa nouvelle carrière. Ni rêve de jeunesse ni vocation, juste la soif de s’exprimer: «Je n’allais pas passer mon temps à attendre la mort en jouant au bridge!», dit-elle avec humour. Elle préfère le passer avec Sharon Stone, avec qui elle a partagé l’affiche de Largo Winch II. Son prochain projet? «Un rôle principal dans une série…»

  • MARIE-JEANNE EST À L’AFFICHE DU COURT MÉTRAGE MULTIPRIMÉ CADUCEA, DE CHRISTOPHE MAVROUDIS. WWW.MJMALDAGUE.NET.

FLORENCE MENDEZ (31 ANS)
Militante humoriste

Ancienne professeure du secondaire, la Bruxelloise abandonne les tableaux noirs et troque ses boîtes de craies contre un micro. Désormais, ses monologues, elle les offre aux auditeurs de Radio Contact. Florence, avec son humour spontané et décapant, met un point d’honneur à conscientiser son auditoire avec ses sketchs. «J’aime pointer la bêtise humaine. J’utilise mes vannes pour faire passer des messages.» L’humoriste lutte contre le racisme, le sexisme et toutes les formes de discrimination à travers un humour cash et cinglant, tâchant de fuir en permanence la vanne facile.

MONIQUE KUBORN (83 ANS)
Bonne fée du CHU

Il faut parfois peu de choses pour faire basculer un destin. L’association Smiles, qui illumine le quotidien des enfants infectés par le VIH, aurait-elle vu le jour si Monique, qui travaillait à l’époque pour la maison Hermès, n’était pas tombée par hasard sur une conférence portant sur le sida? Rien n’est moins certain. «Ce fut un déclic, pour moi qui vendais des pacotilles. Ces enfants avaient besoin de moi.» Depuis bientôt vingt ans, elle récolte des fonds grâce à des soirées et autres événements prestigieux afin de soutenir les enfants atteints du VIH soignés au service de pédiatrie du CHU Saint-Pierre. Ces fonds permettent de financer une partie des soins infirmiers, d’offrir une aide psychologique pour les enfants et leurs parents mais aussi des jouets et des loisirs.

VÉRONIQUE CALICIS (50 ANS)
Petit Poucet du zéro déchet

Si le petit colibri de la légende amérindienne avait un nom, il porterait à merveille celui de Véronique. Cette Schaerbeekoise n’a pas fait du zéro déchet un projet organisé ou une activité professionnelle, mais elle commence toutes ses journées, depuis des années, en ramassant les déchets de son quartier: «Tous les matins, je fais une balade sportive et je ramasse tout ce que je trouve par terre.» Une bonne habitude que Véronique entretenait bien avant que le «plogging» — ou le jogging responsable, où l’on associe course et ramassage de détritus —, ne devienne tendance.

VALÉRIE PIETTE (49 ANS)
Historienne des oubliées

L’histoire retient les stratégies de Napoléon ou la folie des grandeurs de Louis XIV, mais elle oublie facilement le quotidien des femmes et des minorités qui l’ont façonnée. Valérie met un point d’honneur à conter l’histoire des invisibles qui ont aidé à construire la société que nous connaissons. Dans ses cours, la vice-doyenne de la faculté de philosophie et sciences sociales de l’ULB ouvre les yeux de ses étudiants et les pousse à développer leur esprit critique. «Je veux leur montrer que les femmes aussi ont fait l’histoire. Les études ne se résument pas à des syllabi. C’est aussi découvrir l’autre et se construire .» De ce combat est né un master interuniversitaire. «Les premières délibérations ont eu lieu cette année, c’était très émouvant. J’avais le sentiment du devoir accompli

MONIA GANDIBLEUX (36 ANS)
Ambassadrice des jeunes

Neuf ans passés dans l’enseignement classique auront fait comprendre à Monia Gandibleux que le système éducatif belge ne peut convenir à tout le monde. Cette prof passionnée en est convaincue: «Pour la grande majorité des élèves, le système échoue.» Pour apporter sa pierre à l’édifice et proposer une alternative à l’école, elle fonde Les Ambassadeurs d’expression citoyenne, une association qui rassemble entre 40 et 60 ados, issus de tout quartier. Le principe? Des jeunes ayant quitté le secondaire s’investissent en aidant d’autres jeunes, de quartiers défavorisés ou pas, à s’émanciper par la prise de parole. Tous s’épanouissent grâce aux «joutes verbales», des combats d’expression qui créent des liens uniques. Certaines rassemblent même dans une seule et même équipe gamins en décrochage scolaire et policiers. Et si l’on pouvait trouver sa voie en haussant la voix?

DANIËLLE DE WILDE (57 ANS)
Réveilleuse d’âmes

Daniëlle exerce le mentoring avec ce profond regard bienveillant, porteur, qui permet de reprendre contact avec ses talents les plus enfouis. «Beaucoup doutent de leur valeur personnelle et pourtant, comme le dit le sage, everybody is medicine for the world.» En tant que directrice de l’Institut de développement personnel et de coaching Bao Élan vital, elle forme également de futurs coachs à ce type d’accompagnement. Sa question: «Qui es-tu prêt à être maintenant?» Et plus encore: «Qui es-tu prêt à devenir?» Passionnément concernée par les femmes et leur esprit collaboratif, elle nous invite, entre autres, à observer les énergies liées au cycle menstruel et à respecter notre nature.

LETIZIA AMORY & KARIN BOUCQUILLON (54 & 56 ANS)
Cocottes solidaires

Karin, Letizia et Françoise (Rousselle, 56 ans) ont partagé leur quotidien pendant six ans dans le restaurant qu’elles cogéraient, le joliment nommé Les 3 Cocottes. Le trio décide de se lancer dans une nouvelle aventure en fondant leur association du même nom, dont l’objectif est de proposer des activités culturelles en tout genre à celles qui ont du temps à s’accorder. Le plus? Les bénéfices de ces activités payantes sont reversés à l’ASBL L’Églantier à Braine-l’Alleud, qui héberge des femmes en difficulté ou victimes de violences conjugales. «Faire un don, c’est parfois assez impersonnel. Ici, il y a un vrai échange, explique Letizia. On se fait plaisir à nous-même, on récolte des fonds et en plus, on développe de vrais contacts. Tout le monde y gagne!» Plus tard, le trio solidaire espère pouvoir aider d’autres associations et soutenir de nouvelles causes.

MARIE-PIERRE VAN DOOREN (39 ANS)
Guide pour la jeunesse

Infor Jeunes, c’est un peu cette marraine cool à qui vous avez pu poser toutes vos questions lorsque vous étiez adolescente sans vous faire prendre par vos parents. Gratuite et anonyme, cette institution conseille et guide les jeunes à travers toutes leurs préoccupations, qu’elles concernent des questions sexuelles, des difficultés scolaires ou encore la quête d’un premier emploi. Ancienne conseillère politique, Marie-Pierre voulait donner un nouveau sens à sa vie. Après avoir travaillé dix ans dans des cabinets ministériels, elle se lance dans cet ambitieux projet et coordonne aujourd’hui tous les centres Infor Jeunes de Wallonie. «Je voulais me confronter au terrain que je voyais au quotidien, me mettre de l’autre côté de la table et devenir une actrice-clé de cette société.» Sa plus grande victoire? Au-delà d’aider les jeunes dans leur émancipation, faire d’Infor Jeunes un empoyeur actif dans le recrutement de jeunes diplômés! «Il m’a semblé naturel de poser ce choix en adéquation avec nos valeurs.»

SHIRLEY HICTER (47 ANS)
Montreuse d’imperfection parfaite

Street photographe, montreuse de l’ordinaire, beau dans ses imperfections. «L’appareil photo est un outil qui enseigne aux gens à voir sans appareil photo», disait la grande photojournaliste américaine Dorothea Lange. Dans l’objectif de Shirley Hicter, les corps sont bruts, vrais, beaux. Par l’image, son moyen de communication à elle, la Bruxelloise veut montrer la beauté dans la banalité, mais aussi défendre des causes qui lui tiennent à cœur. Le féminisme principalement, prôner la libération des femmes (elle a conçu le livre Impertinentes avec des textes de Laurence Rosier), dénoncer l’homophobie, mettre en scène des physiques de tous les jours. «Quand je poste mes photos sur les réseaux sociaux, ça en choque certains. Je pense en fait que mes photos provoquent un effet miroir qui éveille des réflexions sur soi-même», souligne Shirley.

  • IMPERTINENTES, SHIRLEY HICTER ET LAURENCE ROSIER , É D.   RENAISSANCE DU LIVRE. WWW.SHIRLEYHICTER.COM.

UN TOUT GRAND MERCI À LA FONDATION BOGHOSSIAN POUR SON ACCUEIL À LA VILLA EMPAIN , ET À GIGI BOWMER POUR LES MISES EN BEAUT ÉESTÉE LAUDER.

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