Le champion de la pop colorée se recentre sur un disque-manifeste hédoniste, My Name is Michael Holbrook, où il rend hommage à sa famille qui l’entoure au quotidien et où il nous encourage à profiter de la vie. Interview: Isabelle Blandiaux. 

Un sourire contagieux et solaire perché à plus d’un mètre nonante du sol. Dans la suite de cet hôtel bruxellois où il n’est qu’en transit — entre Paris et Milan, marathon de promo oblige —, Mika se raconte avec générosité malgré le manque de sommeil. « C’est moi qui l’ai voulu, tout est de ma faute ! », plaisante-t- il. Pour ce 5e album qui porte son vrai nom, le chanteur d’origine américano-libanaise, qui a grandi à Paris et à Londres, a ressenti le besoin de retrouver ses racines, son identité véritable.

Il doit son surnom devenu célèbre à sa mère, qui lui a mis le pied à l’étrier de ce métier dès l’âge de 8 ans. « C’est elle qui m’a construit », n’hésite-t-il pas à dire aujourd’hui. Ce disque lui rend d’ailleurs un vibrant hommage, entre thèmes intimes et hymnes à la joie, au plaisir et à l’urgence de vivre intensément.

Avec cet album, vous ancrez votre légèreté dans les drames de votre histoire… On comprend dès lors le rôle vital qu’a joué la musique pour vous.

La mélodie pop, le côté dansant, toutes les couleurs que j’exprime sont au service de l’émotion sur ce disque. Cette émotion est aussi un moyen de survivre à ce qui arrive dans la vraie vie. Quand j’avais 17 ans, je recherchais du réconfort en écrivant des morceaux à mon piano. À plus de 30 ans, je me suis retrouvé dans la même démarche, à transformer ma musique en médicament. Je me rends compte qu’on peut faire semblant sur tellement de choses. Le monde change autour de nous et finalement, nos besoins restent quasi les mêmes. Sur l’album, il y a clairement des chansons intimes, personnelles, et puis d’autres plus abstraites…

Votre mère est très présente sur cet album : elle chante sur la reprise de Tiny Love et il y a un collier de perles sur la pochette qui est tiré d’une photo d’elle…

Oui, mais jamais on ne voit son visage, cela reste subtil. Pourquoi ne pas mettre à l’honneur les gens qui font partie de mon histoire, qui m’ont construit ? Parce que souvent, on dit ces choses-là trop tard à nos proches. Pourquoi attendre ?

Qu’est-ce que votre mère vous a transmis ?

Elle m’a appris le chant et la discipline. C’est elle qui a choisi ce métier quand j’avais 8 ans. Je m’étais fait virer de l’école et elle a décidé que moi, qui avais beaucoup de problèmes, moi qui ne savais ni lire ni écrire, moi qui avais arrêté de parler (Mika a été victime de harcèlement de la part d’autres élèves et d’un professeur, NDLR), j’allais travailler pour devenir chanteur ! Six mois plus tard, je chantais du classique à l’opéra. Elle me faisait répéter des heures et des heures. J’avais la voix d’une jeune femme, donc je décrochais plein de jobs. Elle m’accompagnait partout et elle faisait semblant qu’on n’avait pas besoin d’hébergement, alors qu’on dormait parfois dans la Toyota Previa… On a une relation très forte, mais aussi très dure : la façon dont on se parle choque les gens autour de nous.

Vous consacrez à votre sœur Paloma une chanson qui évoque pudiquement le drame dont elle a été victime en 2010 (elle est tombée du 4e étage et s’est empalée sur une barrière, NDLR). Le temps de digérer le traumatisme ?

Oui, cela évoque quelque chose d’atroce mais quand on écoute la chanson, on n’en a pas l’impression. J’avais besoin de transformer l’horreur en beauté, en inspiration. Plutôt que de rester victime du poids, en pensant qu’on peut s’en débarrasser alors que c’est impossible…

 

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Vous travaillez toujours avec votre mère et votre sœur Paloma ?

Ma mère étant malade, c’est trop difficile pour elle. C’est dur. Mais je travaille beaucoup avec Paloma, qui a un peu pris la place de ma mère. Et mon autre sœur, Yasmine, signe tout le graphisme avec moi.

Pourquoi associer votre famille à votre projet ? Le socle familial est prépondérant chez vous ?

Oui, cela a toujours été le cas. Je pense que c’est parce qu’on a beaucoup déménagé, donc on n’appartenait jamais vraiment au lieu où l’on se trouvait. Quand on habitait à Paris, dans le 16e, on n’était pas très 16e. Les voisins nous appelaient « les gitans du 16e ». Quand on habitait à Londres, on n’était pas très londoniens. On était toujours un peu comme sur une île, donc forcément on a renforcé les liens entre nous, habitants de cette île mobile. Quand j’ai lancé ma carrière, je ne voulais pas m’habiller comme tout le monde — la honte ! —, donc je cousais mes costumes dans la cuisine et une de mes sœurs m’a aidé. Puis je ne pouvais pas envoyer mes maquettes de chansons sans une pochette, donc on a dessiné les illustrations dans la cuisine. J’avais besoin d’une biographie mais je n’avais jamais rien fait, alors je me suis interviewé moi-même comme si j’étais une star et j’ai demandé à ma petite sœur de faire les photos dans la salle de bain. Je me suis aussi maquillé en utilisant le mascara de ma mère… Mika est né de tout cela et on a continué à travailler tous ensemble.

  • Album My Name is Michael Holbrook (Virgin EMI/Universal). En concert le 14/12 à Forest National.
Retrouvez cette interview en intégralité dans le GAEL de décembre.

GAEL décembre

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