Feu! Chatterton, le groupe de rock élégant signe un deuxième album poétique, mélancolique et envoûtant, L’Oiseleur. Les cinq parisiens nous invitent pour une pause solaire et salvatrice.

Arthur chante et écrit des vers d’Éluard, d’Aragon, d’Apollinaire, comme autant de partages enthousiastes et saisissants de parcelles d’éternité. Clément, Sébastien, Raphaël et Antoine jouent et composent, chacun avec un registre musical différent. PAR ISABELLE BLANDIAUX.

On a l’impression que le temps s’arrête quand on écoute votre album, sorte de refuge poétique. C’était voulu?

Sébastien: C’est quelque chose qu’on a défendu de manière assez nécessaire, en sortant de la tournée après notre 1er album (Ici le jour [a tout enseveli], 2015, NDLR), une expérience déroutante pour tout le monde puisqu’on a couru après le temps pendant deux ans. C’est un disque qui nécessite de prendre du temps, parce que nous-mêmes avions besoin d’en prendre et de lire des poèmes. Avant d’être un refuge pour le public, cet album a été un refuge pour nous.

Arthur: Pour écrire, je me suis isolé à Naples avec René Char. Je me suis créé ce luxe. J’ai pris conscience du fait qu’il y avait peu d’occasions d’entrer dans sa poésie parce qu’elle demande une concentration très dense. Jusque-là, je passais dessus comme sur un hiéroglyphe. Le poète est là pour faire résistance à une marche trop naturelle des choses. Il ne se pose pas la question de savoir comment le temps avance, il est seul dans un temps abstrait. C’est ça, le travail de l’artiste.

Ce n’est pas impressionnant, de reprendre des vers d’immenses poètes et de reconstruire des textes de chanson?

Arthur: Franchement, non. Ce que j’essaye de dire le plus aux gens, c’est que la poésie, ce n’est pas sacré. Ce sont des amis qu’on trouve dans les poètes, pas des maîtres intouchables. Mon ambition est humble, c’est le partage. Certains textes d’Apollinaire sont plus modernes que plein d’écrits d’aujourd’hui. À l’école, on a donné un côté un peu académique à la poésie alors que dans l’histoire même, elle a toujours été le contraire de ça. Elle est la dissidence, l’irrévérence, le jeu, les émotions, les chatouilles, un truc un peu fou… Chaque fois que je lis de la poésie, cela m’ouvre une porte excitante ou ludique sur ce qu’est la vie. C’est un carburant.

Vous êtes jeunes: il n’y a pas d’âge pour être mélancolique?

Clément: Arthur a écrit les textes sur son ressenti et son expérience personnelle, mais à ce moment-là, cela a résonné en chacun des membres du groupe. Parce qu’on est jeunes, mais assez vieux pour avoir vécu des histoires longues et un peu douloureuses. On a tous mis le même cœur à l’ouvrage pour refléter l’état d’esprit général, finalement.

Arthur: C’est parce qu’on a vécu des choses intenses que les perdre est si douloureux. Notre peine nous permet de mesurer à quel point elles ont été belles et riches. On est heureux de les avoir vécues. Il y a un vers de Baudelaire que j’aime beaucoup et qui dit: «J’ai plus de souvenirs que si j’avais 1000 ans». C’est toujours quelque chose que j’ai espéré vivre. Il n’y a pas d’âge pour avoir vécu beaucoup de choses, ni pour la sagesse.

Sébastien: Mais il y a un âge, je pense, pour avoir du recul par rapport à ce que sont les souvenirs, les ruptures et pour ne pas les voir comme des choses simplement sombres et mortifères. Peut-être que ces formes de révolution dans nos vies, on les a acceptées beaucoup plus que ce qu’on aurait fait il y a quatre ou cinq ans. Ce disque raconte le changement de perception de ce qu’est la vie. Tout d’un coup, la mélancolie nous prend et on l’accepte, on fait avec.

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