Dans le dernier numéro de GAEL, nos témoins racontent comment elles ont changé leur rapport à la nourriture. Les raisons de cette transition sont liées à une prise de conscience collective. Toutes ressentent pour différentes raisons, le besoin de préserver leur enveloppe corporelle et de la traiter à sa juste valeur. D’après un texte de Florence Hainaut.

LE TÉMOIGNAGE DE MAGALI, 37 ANS

« J’ai grandi dans une famille qui avait un petit budget. Mes parents faisaient leurs courses dans des supermarchés hard-discounts. Le repas type de ma mère : côtes de porc, pâtes et salade de tomates et concombres, peu importe la saison. On avait des petits jus un peu fades, des biscuits de sous-marque très sucrés. Ce sont ces habitudes et ces goûts que j’ai conservés une fois adulte.

« Et puis il y a une réflexion politique, j’ai pris conscience des conditions de travail de celles et ceux qui travaillent dans ce type de supermarchés »

Quand j’ai commencé à mieux gagner ma vie, j’ai pu faire mes courses ailleurs que dans ces magasins et découvrir d’autres saveurs. Puis je me suis fait des amis qui avaient d’autres habitudes et qui m’ont fait découvrir des aliments et des recettes qui m’étaient inconnus. Et puis il y a une réflexion politique. J’ai pris conscience des conditions de travail de celles et ceux qui travaillent dans ce type de supermarchés, dans les usines qui produisent les plats préparés ou qui récoltent les aliments. Cette prise de conscience s’est élargie à l’impact écologique de ces modes de production. Et ensuite à la valeur nutritive de ce que je mangeais.

Se nourrir d’une façon plus responsable

Aujourd’hui, je ne vais plus dans les supermarchés, je privilégie les aliments locaux et de saison (ce qui force à être créatif en hiver), j’achète en vrac et sur des marchés, à des producteurs avec qui un lien se crée. Je suis surexcitée à chaque changement de saison de retrouver certains aliments, du kaki aux myrtilles, des courges aux tomates. Je mange beaucoup moins de viande, très peu d’aliments préparés, comme les biscuits ou les chips, par exemple.

Ce qui a changé, c’est d’abord mon plaisir à manger ! C’est un vrai petit moment de fête alors qu’avant, c’était plutôt une sorte de tâche à accomplir comme la vaisselle ou le linge. J’ai perdu un peu de poids, mais ça n’était pas mon but. Je constate surtout que j’ai plus d’énergie et que je suis de meilleure humeur. »

LE TÉMOIGNAGE DE SANDRINE, 37 ANS

« J’ai une vie très occupée, du coup je me nourrissais un peu comme je pouvais, je ne déjeunais pas le matin, le midi je mangeais un truc rapide : pita, sandwich, frites. Le soir, j’étais fatiguée, j’avais envie de plats réconfortants. On ajoute à ça un peu de vin et un peu de grignotage devant la télé. La nourriture était devenue une sorte de réconfort, de doudou.

« Je m’occupe beaucoup des autres mais je n’avais plus le réflexe de faire attention à moi. »

Le déclic : un gros coup de fatigue, je me suis écroulée, un peu comme comme un burn-out. L’épuisement était mental, mais aussi physique. Je m’occupe beaucoup des autres mais je n’avais plus le réflexe de faire attention à moi. Je me suis demandé comment faire. J’ai commencé par me ré-alimenter de manière plus structurée et je me suis remise au sport, dans l’optique de me chouchouter.

Je ne suis pas du tout dans l’idée du régime. J’adore manger, c’est ma religion, rien ne me rendrait plus triste que m’interdire ces plaisirs. J’ai commencé à manger beaucoup plus de légumes, de poisson, moins de viande et plein d’épices. Je ne vais voir personne, je déteste me faire aider, donc je le fais toute seule. J’ai téléchargé l’application Weight Watchers parce que ça m’aide à quantifier ce que je mange et à trouver un équilibre.

« Je veux juste me sentir en forme, trouver mon poids idéal à moi, pas celui qu’on m’imposera. »

J’ai presque toujours été grosse, je suis devenue obèse vers 18 ans, mais je n’ai jamais détesté mon corps. Mais là, je suis en train de réaliser que je ne m’en suis pas beaucoup occupée et je suis dans une espèce de gratitude envers lui parce que je l’ai malmené, mais il a continué à me rendre service. Aujourd’hui, je le traite sans doute enfin à sa juste valeur. Évidemment, je perds du poids, là j’ai perdu deux tailles de vêtements, mais je n’ai pas d’objectif. Je ne cherche pas à rentrer dans une case, de toute façon il n’y en n’a pas d’assez grosse pour moi. Ma démarche n’a rien à voir avec des injonctions de minceur ou des normes de beauté. Je veux juste me sentir en forme, trouver mon poids idéal à moi, pas celui qu’on m’imposera. »

Retrouvez cet article en intégralité dans le GAEL de juin, disponible en librairie.

GAEL en juin

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