L’un s’étrangle devant une chaussette qui traîne, l’autre ne fait la vaisselle que quand il n’y a plus d’assiette propre. Et pourtant, il est possible de les faire vivre ensemble et même que chacun apprenne de l’autre.

En moyenne, je perds mes clés trois fois par jour. Sur mon ordi, au moment où j’écris, dix-huit onglets sont ouverts en même temps. Et la free-lance que je suis vivrait très certainement sous le seuil de pauvreté si ses gentils parents ne se chargeaient pas de sa compta. Vous êtes comme moi? Alors vous êtes probablement aussi une bordélique chaotique. Mais je suis pleine de bonnes intentions. Je voue une admiration sans bornes à ma soeur qui prend son pied à trier son étagère à épices. J’envie mon amie légèrement maniaque chez qui je n’ai jamais aperçu la moindre petite poussière. Et je me promets régulièrement de prendre du plaisir à ranger, d’arriver un quart d’heure plus tôt à mes rendez-vous et de tenir soigneusement mon agenda à jour.

CLASSEZ-VOUS VOS LIVRES?

Un mini-sondage auprès de mes copines me fait vite relativiser. Mélissa est le summum de l’ordre et de la propreté: elle sait exactement où se trouvent ses affaires et n’oublie jamais un rendez-vous. Voilà qui me semble génial, mais elle n’est pas du même avis: «Je ne suis pas tranquille tant que tout n’est pas parfait. J’ai par exemple récemment remplacé mon meuble TV juste parce que je ne le trouvais pas assez bien. C’est épuisant d’être moi.» Et en effet, on lit de plus en plus de mises en garde contre le perfectionnisme.

Le coach Marcel Hendrickx explique que le perfectionnisme et le besoin d’approbation jouent un rôle prépondérant dans les causes de l’angoisse, de la dépression, du burn-out et des troubles alimentaires. Il qualifie même le perfectionnisme d’épidémie de notre époque.

« Être chaotique est une caractéristique de la personnalité, mais le mode de réaction dépend évidemment aussi de la situation. »

«D’abord, tu n’es pas si bordélique, me dit une autre amie. Tu perds tes clés, mais tu es super consciencieuse dans d’autres domaines.» «Voilà une remarque très justifiée», affirme le Pr P. Kuppens, spécialiste des différences de personnalité et des comportements humains et qui enseigne la psychologie à l’université. «Être chaotique est une caractéristique de la personnalité, mais le mode de réaction dépend évidemment aussi de la situation.» Il poursuit en évoquant le concept américain des Big Five, selon lequel la personnalité est composée de cinq facteurs différents. Elle est la combinaison de vos degrés d’ouverture, d’extraversion, d’amabilité, de psychorigidité (ou névrosisme) et de conscienciosité.

À CHAQUE MONICA SON CHANDLER?

De nombreux articles au sujet du couple nous apprennent que les contraires s’attirent. Dans les films et les séries, on a l’impression que plus ils sont différents, plus ils s’aiment. Pensez à Monica et Chandler de la célèbre série télé Friends. Tandis que Monica est une obsédée de la planification, frotte l’appart comme si sa vie en dépendait et manque avoir une crise cardiaque quand on déplace un meuble, Chandler prend la vie avec beaucoup plus de nonchalance. Après des années d’amitié, le couple se forme et il semble fonctionner.

Bon, OK, ce n’est qu’une fiction. Mais à en croire la petite enquête que j’effectue autour de moi, dans la vraie vie, ça marche aussi. «Je pense que nous nous complétons, tout simplement. J’essaie de lâcher prise, alors que lui, sachant très bien combien son désordre me frustre, essaie d’en tenir compte comme il peut. Nous avons des discussions, bien sûr, mais je trouve que ça fonctionne pas mal», me raconte une copine qui vit depuis cinq ans avec un grand bordélique.

« Les côtés désordonnés ou maniaques peuvent être irritants ou fatigants, mais il y a tant d’autres qualités ou ressemblances que l’on apprend à vivre avec les imperfections de l’autre. »

Pour K. De Groof, thérapeute pour couples, un partenaire au fonctionnement opposé n’est pas forcément la clé pour se transformer. «Les contraires peuvent certes s’attirer, mais il ne s’agit pas de l’élément le plus pertinent. Car au final, on observe que des couples qui se ressemblent sur certains points sont très différents dans d’autres domaines. Et c’est très bien. Vu comme ça, une grande bordélique peut parfaitement cohabiter avec un maniaque.

D’une part, il y a les couples où la différence de l’autre est justement ce qui attire au début: ils y voient une possibilité de croissance. Par exemple une personne chaotique qui trouve rassurant d’avoir un partenaire structuré, avec qui tout ira comme sur des roulettes. Ou bien la personne maniaque qui adore la nonchalance du bordélique et y voit l’opportunité de lâcher un peu la pression. On apprend l’un de l’autre.

D’autre part, les côtés désordonnés ou maniaques peuvent être irritants ou fatigants, mais il y a tant d’autres qualités ou ressemblances que l’on apprend à vivre avec les imperfections de l’autre. Dans les deux cas, les conflits ne sont pas à exclure. Je vois souvent que l’irritation augmente dans les périodes de grand changement, par exemple à l’arrivée des enfants. C’est le moment où le psychorigide se plaindra d’un manque de structure, tandis que  l’autre partenaire trouvera qu’il n’y a plus assez de spontanéité dans la relation.»

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