Se dire au-revoir n’est jamais simple. Mais il y a certains adieux plus doux que les autres. Voici le dernier cadeau qu’ont reçu Martine et Elise de leur maman. Photo: Liesbet Peremans. PAR ANS VROOM ET ANNE-SOPHIE KERSTEN. PHOTOS : LIESBET PEREMANS.

Face à la maladie

Élise : « Maman était très tournée vers les autres. Elle l’est restée jusqu’à son lit de mort. La force avec laquelle elle a supporté sa maladie et planifié son départ a été admirable. Elle a tout fait pour adoucir le chagrin de ses proches. Quand elle a appris qu’elle souffrait d’un cancer des poumons, sa première réaction a été : “Je ne veux pas savoir pour combien de temps j’en ai. Je vais me battre.” Et c’est ce qu’elle a fait. La période d’un an et demi pendant laquelle elle a été en chimio et pendant laquelle elle a décliné a été très intense. Ce sont à la fois les jours les plus tristes et les plus beaux de ma vie. On a fêté ensemble ses 60 ans en savourant chaque instant pleinement. »

Martine : « Maman a toujours travaillé à l’accueil d’un hôpital, tout en ayant une peur bleue de de-voir y entrer un jour comme patiente. Le diagnostic est tombé quelques mois avant qu’elle ne prenne sa pension. Le moment où le médecin nous a tous appelés a été déchirant, mais maman a été incroyable d’optimisme. Elle a refusé de parler de la mort. Je suis infirmière dans un service qui accueille de nombreux patients atteints d’un cancer du poumon, donc j’avais une idée de ce qui nous attendait. Élise, elle, était confrontée pour la première fois d’aussi près à l’obligation de dire au revoir. Tout cela a
beaucoup resserré les liens de notre famille. »

Élise : « Ça peut sembler bizarre à dire, mais je suis contente que maman soit décédée de cette façon-là. On a eu l’occasion de se dire au revoir. Cette dernière année, on s’est fait des souvenirs qu’on n’oubliera jamais. Maman s’appelait Bernadette, nous on l’appelait tous Superdette. Je suis aussi heureuse d’avoir pu une dernière fois aller lui dire au revoir avec ma fille Julie, trop petite pour tout comprendre, mais présente quand même. Juste avant de mourir, maman a passé un dernier réveillon de Noël à la maison. Elle avait mis ses plus beaux vêtements, on a mangé des huîtres, bu du champagne ensemble. Après ça, elle a très vite dégringolé. »

« Elle avait même préparé des coupures de journaux sur le processus du deuil chez les jeunes enfants »

Martine : « Dans les derniers jours, j’ai demandé à maman s’il y avait encore quelque chose qu’elle voulait nous dire. Elle m’a parlé d’une farde dans une armoire de la cuisine. Elle y avait conservé des tas de choses pour nous : des coupures de journaux sur le processus du deuil chez les jeunes enfants, la musique qu’elle avait envie qu’on passe à ses funérailles, une lettre d’adieu qu’elle voulait qu’on y lise, son souhait qu’on distribue des graines de myosotis à la cérémonie. »

Élise : « Même dans ses dernières heures, maman a pris soin de nous. On ne s’était jamais aperçu qu’elle avait mis autant de soin à préparer son départ. »

Martine : « Lorsqu’elle s’est mise à trop souffrir, le médecin et moi lui avons dit qu’elle ne devait plus se battre. Les soins palliatifs lui ont permis de trouver un certain calme. Nous nous sommes relayés à son chevet. On lui mettait sa musique préférée. On a même ri ! Les infirmières nous avaient demandé de les appeler quand elle aurait un moment de lucidité, parce qu’elle avait encore une surprise pour nous. Les jours qui précédaient, avec l’aide des soignants palliatifs, maman avait en effet écrit une lettre pour chacune de nous et une pour papa. Pour la première fois, elle abordait la mort, chose qu’elle avait si bien évitée jusque-là. Elle nous remerciait, et disait que mourir n’était plus un tabou. »

Élise : « Maman est décédée comme elle a vécu, avec un très grand cœur. Lorsqu’elle a rendu son dernier souffle, son cœur a d’ailleurs continué à battre longtemps. Elle s’est lentement endormie. L’adieu final s’est passé plus sereinement que je ne l’avais imaginé. C’est lorsque je suis retournée à la maison des parents que j’ai pris conscience qu’elle n’y serait plus jamais. Mais même ce moment si dur, maman y a mis un baume : un an auparavant, elle avait fait transformer une de ses bagues en deux broches : une pour ma sœur et une pour moi. Elle les avait joliment emballées et accompagnées d’une lettre explicative. Au dos des broches, il y a un ange gardien. Je lui suis si reconnaissante pour cette attention. Je porte la broche aux moments où elle aurait dû être là. Je ne suis pas croyante, mais je tire beaucoup de réconfort de l’idée que de cette façon, maman est encore un peu avec nous. »

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GAEL juillet