Hélène, une jeune femme âgée de 28 ans, a grandi avec un père alcoolique. Une dépendance qui a grandement influencé son quotidien.

« Son désir de boire était toujours plus fort »

Boucher ou vider les bouteilles. Laisser parler mes émotions. Venir avec des arguments sensés. Laisser traîner des prospectus sur les AA. Vous essayez tout et son contraire, mais rien ne fonctionne. Le pouvoir d’une dépendance est colossal et je pense sincèrement que mon père voulait y mettre un terme. Je suis aussi convaincue qu’il nous aimait, mais son désir de boire était toujours plus fort. En tant qu’enfant, il y a beaucoup de choses que l’on ne réalise pas. Aujourd’hui, je saisis à quel point chaque fête de famille était une excuse pour abuser de l’alcool. Comme chaque promenade se terminait invariablement au café.

« Tant que ma mère était là, ma sœur et moi étions protégées ».

Ce n’est qu’après le divorce — j’avais 11 ans et elle 9 —, lorsque que nous étions seules avec lui, que nous avons commencé à comprendre qu’il avait vraiment un problème. Bien que fâchée contre lui, j’ai continué à le voir. C’était mon père, vous n’en avez qu’un. Il était ivre et déprimé. Je devais écouter la triste histoire de son enfance pendant des heures avant qu’il ne tombe endormi. Il rentrait à la maison au milieu de la nuit dans un grand fracas, tombait au sol dix fois avant de s’effondrer, dans son lit quand il le pouvait. Je restais éveillée jusqu’à ce que j’entende sa clé dans la porte.

Une enfance stressante

Mon père n’a pas créé un foyer chaleureux pour nous. Il n’y avait jamais de nourriture. Rien n’était jamais propre et c’est moi qui faisais les courses. Je me suis occupée de ma sœur. Je mettais le réveil de mon père. Je préparais le petit-déjeuner. Quand il descendait le matin, il n’avait pas l’air de trouver qu’il y avait eu un problème, alors que moi, j’étais super stressée. Si je pouvais dire quelque chose à l’adolescente que j’étais, ce serait : “Pense aussi à toi !” J’ai souvent dit non. Aux anniversaires, aux soirées chez des amies, aux dîners et aux sorties. Je sentais que ma sœur et mon père ne survivraient pas sans moi. Des années ont ainsi passé, des années que nous avons perdues. Je n’ai jamais rompu le contact, mais il n’y a pas de lien réel entre nous. C’était différent avec ma mère, elle était là pour nous. Elle aurait peut-être pu intervenir, mais elle a eu ses soucis aussi après le divorce. L’école était mon refuge, c’est là que je réussissais et que j’étais valorisée.

Je n’ai jamais parlé à personne du comportement dépendant de mon père, car j’ai toujours pensé que cela n’y changerait rien. Et puis, ça aurait semblé marginal pour quelqu’un d’extérieur, alors que nous ne l’étions pas. L’alcool est largement toléré dans notre culture. Cela m’indigne depuis longtemps. Les patrons de cafés se contentent de remplir les verres et de laisser leurs clients monter dans une voiture, avec leurs enfants — parce que oui, nous étions à l’arrière. Quand j’ai eu 18 ans, la nouvelle petite amie de mon père lui a posé un ultimatum. Et son entreprise l’a mis en garde: c’est votre dernière chance. Et il s’est arrêté. 

« J’ai appris à être forte et bien organisée, à faire face à l’adversité »

C’était il y a dix ans, mais le chemin qui mène au rétablissement est long et il joue toujours le rôle de victime. Il dit des choses comme : “Mon père a bu, tu ne sais pas ce que ça fait de vivre avec quelqu’un comme ça.” Vraiment !? Si, justement, je sais exactement ce que signifie vivre avec “quelqu’un comme ça”. C’est si étrange qu’il ne fasse pas le lien, qu’il ne voie pas qu’il nous a fait vivre la même chose. Il ne se souvient tout simplement plus de beaucoup de choses, à cause des black-out. Je ne pense pas que mon père soit heureux et je ne sais pas s’il le sera un jour. Il voit un thérapeute et j’espère qu’il trouvera la paix et l’équilibre.

J’ai commencé à parler à des “compagnons d’infortune” lors de groupes de parole, et ça m’a fait un bien fou. Je suis déjà allée suffisamment loin dans cette démarche pour pouvoir voir les aspects positifs de cette période difficile aujourd’hui : j’ai une grande capacité d’empathie et je sens parfaitement ce dont les gens de mon entourage ont besoin. J’ai appris à être forte et bien organisée, à faire face à l’adversité. Je ne rattraperai jamais le temps perdu, je ne peux pas revenir en arrière et revivre ma jeunesse, mais je suis très satisfaite de l’ici et maintenant. »

  • AL-ANON, ALATEEN : GROUPES DE SOUTIEN POUR L’ENTOURAGE DES PERSONNES ALCOOLIQUES. WWW.AL-ANON.BE.

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GAEL avril

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