Êtes-vous une oreille véritablement à l’écoute ? Ou souffrez-vous de cette tendance, probablement de plus en plus courante, de profiter d’un blanc laissé par vos interlocuteurs pour parler de… vous ? Pas de panique, ça se soigne. Parfois. Par Evelyne Rutten. 

Détournement de sujet

Ça vous est sûrement déjà arrivé : vous allez boire un café avec une amie et, sur le chemin du retour, vous vous sentez vaguement irritée car pas une seule fois, elle ne vous a demandé comment vous alliez. Ou, à l’inverse, un frisson froid vous court le long du dos à l’idée que vous n’avez pas été très attentive à ses soucis. Il arrive aussi qu’on sabote une conversation par incapacité à réagir à la circonstance. Que dire à quelqu’un qui vient de perdre un être cher ? Pire, qui se met à pleurer ? Ceux qui l’ont vécu le savent : il n’y a rien d’autre à faire qu’accueillir et écouter. Être là. Ne rien dire. Les observateurs constatent qu’on tombe souvent dans l’écueil maladroit du « moi je » : « C’est terrible que tu aies perdu ton père. Je te comprends, j’ai perdu le mien à l’âge de 7 ans… » Ce faisant, on invite la personne en deuil à nous écouter docilement — voire à nous plaindre plus qu’elle ? — alors que, bien sûr, à ce moment-là, il n’y a pas de place dans sa tête pour ça.

Un échange de balle

Le professeur de sociologie américain Charles Derber a donné un nom à cette légère tendance égocentrique à attirer les conversations à soi : le narcissisme conversationnel. Dans ses travaux, il décortique sans ménagement notre société de plus en plus individualiste. Cause numéro un de cette évolution : l’affaiblissement du tissu social.

« Isolés, en manque d’attention, on a plus tendance à profiter des contacts sociaux pour compenser ce manque et se positionner au centre. »

Nos familles sont devenues plus petites et on n’habite plus serrés les uns contre les autres autour du clocher de l’église. On a bien moins de conversations quotidiennes, ce qui fait qu’on y aspire aussi plus. Isolés, en manque d’attention, on a plus tendance à profiter des contacts sociaux pour compenser ce manque et se positionner au centre. Dans un environnement professionnel, on peut avoir de bonnes raisons de vouloir sortir du lot et d’ambitionner d’être « le meilleur », mais aujourd’hui, on retrouve souvent les mêmes comportements dans l’entourage familial et dans le cadre amical. Pour mieux faire comprendre cette tendance à parler plus que l’autre, Derber compare une discussion à un jeu de balle. Vous lancez la balle, l’autre l’attrape, puis vous la relance, etc. Le problème, c’est que, lorsqu’on entend l’histoire de quelqu’un d’autre, notre cerveau a tendance à puiser du matériel de référence dans nos propres souvenirs… le temps de garder la balle un peu trop longtemps ou d’oublier de la renvoyer.

L’écoute vraie

Écouter vraiment n’est pas évident, selon le docteur en psychologie canadien Faye Doell, on peut écouter soit pour comprendre quelqu’un, soit pour pouvoir à notre tour en placer une. Et nous sommes visiblement des experts inconscients dans l’art de hocher la tête, de placer quelques « ah, oui », d’attendre en trépignant intérieurement et de caser enfin notre histoire perso. Les personnes qui maîtrisent la première façon d’écouter ont en général plus d’amis. En psychologie, on appelle cette compétence le deep listening.

« Vraiment écouter quelqu’un et entendre ce qu’il dit, c’est une décision qu’on prend. »

Cette écoute vise trois buts : récolter des informations, comprendre la personne ou sa situation et finalement aussi soigner la relation. Et vraiment écouter quelqu’un et entendre ce qu’il dit, c’est une décision qu’on prend. Autres conseils des experts de l’écoute : éviter de mettre nos solutions sur la table, car cela sert surtout un objectif, celui de montrer combien on est futé ; tenter de se mettre à la place de la personne en face de nous, et pour cela, se calquer sur son attitude corporelle, garder le contact visuel, se retenir de juger ses propos et résumer de temps à autre ce qu’elle dit. Avec ses propres mots, c’est encore mieux.

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