Le mariage traditionnel n’est plus le seul cadre dans lequel les enfants évoluent. La maternité aussi se décline sur de nombreuses gammes. Dans le dernier GAEL, trois femmes racontent le rôle que les aléas de la vie leur ont offert.

Le témoignage d’Anne-Sophie, 47 ans

À 18 ans, ma gyné m’a dit qu’il faudrait probablement faire appel à la médecine le jour où je voudrais être enceinte. Si je m’étais attendue à la famille que j’ai aujourd’hui ! Après plusieurs années à espérer/désespérer dans des services de procréation assistée, mon mari de l’époque et moi avons décidé d’adopter. Deux ans plus tard, à 31 ans, je suis ainsi devenue mère sur un coup de fil : “Allô, ça y est, vous êtes la maman d’un petit garçon de 10 mois. Il s’appelle Melaku.” Quelle émotion… Au lieu des deux mois habituels, on a dû en attendre six avant d’aller chercher notre fils à Addis Abeba. Ça a été très dur : le savoir dans un orphelinat alors que nous étions là, assoiffés… Melaku s’est adapté avec une facilité déconcertante à nous, à sa nouvelle vie. Quelle joie, ce petit mec de 1 an et demi, confiant, joyeux. Hélas, cela faisait douze ans que notre couple s’était alourdi d’une insondable tristesse. Pour en sortir et offrir autre chose à Melaku, on a choisi de se séparer. Un vrai saut dans le vide, alors que je rêvais d’offrir à notre fils une fratrie vivante s’envoyant des petits pois à la figure…

“Je jouais à fond la maman les deux jours avec Melaku et je virais plus chef scout lors des jours animés à six”

J’ai rencontré Salvatore peu de temps après. Divorcé depuis deux ans, il s’occupait de ses trois enfants une semaine sur deux. On a rapidement intégré les kids à nos sorties : rollers au parc, piscine à toboggans… J’ai trouvé Alina, Theo et Emma drôles, vivants et accueillants avec un Melaku un peu impressionné au début. C’était réjouissant de les voir se mélanger si facilement. Salvatore et moi nous sommes donné un an avant de nous installer ensemble, le temps de sentir si notre couple tenait la route et si la sauce de cette petite troupe prenait. Le temps de construire un cadre assez clair pour tous aussi. Melaku revenait de chez son papa le mercredi et les trois enfants de Salvatore rentraient de chez leur maman le vendredi. Je jouais à fond la maman les deux jours avec Melaku et je virais plus chef scout lors des jours animés à six. Ça, je les avais, mes lancers de petits pois !

“Avoir osé le défi de cette famille recomposée est ma plus grande fierté. Pendant quinze ans, ça a aussi été ma plus grande préoccupation”

Prendre sa place dans une smala recomposée n’était facile pour personne. Quand on est parent, on grandit avec ses enfants. Du coup, ce n’est pas simple d’être catapultée belle-mère d’enfants plus âgés que le vôtre. J’ai probablement été plus réservée pour Alina et Theo, qui avaient respectivement 10 ans et 8 ans à nos débuts, que pour Emma, qui en avait 3, comme Melaku. Deux ans après notre rencontre, ô miracle, je suis tombée enceinte. L’arrivée de Lou a encore consolidé notre famille recomposée. C’est un sacré rôle qu’il a sur les bras ! Il est le seul à avoir un lien direct avec chacun, à se blottir dans les bras de chacun. Avoir osé le défi de cette famille recomposée est ma plus grande fierté. Pendant quinze ans, ça a aussi été ma plus grande préoccupation. Récemment, aux 18 ans de Melaku, Alina a dit qu’ils seraient toujours là les uns pour les autres. Ça me touche beaucoup. Quel type de (belle-)maman je suis ? Je me vois comme très “coach” : j’ai tendance à faire accoucher les émotions. On est de vrais pros de l’apéro-conseil de famille, où chacun sort ce qu’il a sur le coeur. Prendre la parole, dire ce qu’on ressent, ce qu’on veut, c’est prendre sa place. La base, si on veut avancer ensemble. »

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