Certains ne se sentent pas nés à la bonne époque ou paraissent depuis l’enfance plus âgés qu’en réalité. Charis, 33 ans, est sûre que son âme a plusieurs vies derrière elle, et elle ne s’étonne pas de se sentir en connexion avec les personnes âgées. Par Jorik Leemans. Photo: Diego Franssens.

Le témoignage de Charis, 33 ans

«Petite, je posais beaucoup de questions sur le fonctionnement du monde. Pourquoi la guerre existe- t-elle ? Pourquoi les gens sont-ils méchants avec les autres ? Déjà enfant, je m’entendais mieux avec les personnes plus âgées. À table, je préférais la compagnie des adultes. Je me sentais peu de points communs avec les gens de mon âge et en fait, cela n’a pas changé depuis. L’âge n’a aucune importance à mes yeux. J’ai aussi bien des amis qui ont treize ans de moins que moi que vingt ans de plus, ce qu’il faut, c’est que je ressente un vrai lien.

“J’aime parler avec les personnes âgées de la vie et de ce qu’elles ont réalisé, de ce qu’elles aimeraient encore réaliser, de leurs désirs, de leurs rêves.”

J’ai travaillé longtemps comme photographe, mais en septembre, j’ai changé de cap. Je travaille maintenant dans une maison de repos. Je m’occupe de logistique, je prévois notamment les tartines des résidents. Cela signifie que j’ai souvent le temps de bavarder avec eux. Il m’arrive de rester un peu trop longtemps et on m’en fait parfois la remarque, mais pour moi, l’intérêt de ce métier, c’est justement le contact humain. Et si ça rallonge ma journée de travail, tant pis. C’est mon choix et je ne compte pas mes heures sup. Cette semaine, j’ai passé du temps après mes heures avec les résidents. J’ai vécu un très beau moment avec une dame qui a ressorti ses albums photos et m’a raconté tous ses voyages. J’oublie l’heure dans ces moments-là. J’aime parler avec les personnes âgées de la vie et de ce qu’elles ont réalisé, de ce qu’elles aimeraient encore réaliser, de leurs désirs, de leurs rêves.

Je suis malentendante depuis toujours ou presque, je porte un appareil auditif et petit à petit, je deviens complètement sourde. Mille fois par jour, je dois dire : “Comment ?”, exactement comme les petits vieux ! (Rires.) Je constate que ça me rend plus patiente et plus empathique avec les personnes âgées. Je discute plus facilement avec elles qu’avec les personnes de ma génération. Les priorités des gens de mon âge sont souvent si différentes des miennes. Ils parlent du boulot et veulent faire la fête, ils accordent peu d’importance à la famille. Alors que depuis que mon papa est mort d’un cancer il y a cinq ans, ma famille est tout pour moi. Je ne pense pas que les résidents de la maison de retraite comblent un vide chez moi. Mais ce qui est sûr, c’est que grâce à eux, je sais mieux comment aborder la mort et je suis plus compréhensive. Toutes les semaines, on a affaire à un décès. Je ne sors jamais de platitudes du genre : “Ça va aller” ou “Ça va passer”. On est confronté au chagrin tout au long de sa vie et on n’a pas besoin d’entendre ce genre de phrases.

“Plus je vieillis et plus je veux consacrer mon temps à ce qui me fait du bien, pas à ce que les autres attendent de moi.”

Pour moi, une vieille âme, c’est quelqu’un qui a vécu plusieurs fois. Je suis profondément convaincue que les âmes reviennent, ne me demandez pas pourquoi. Parfois, je peux ressentir une connexion avec telle ou telle personne, comme si je la connaissais depuis très longtemps. Et la personne ressent souvent la même chose. Récemment, un couple a quitté la maison de repos après un bref séjour et j’ai eu du mal à les voir partir. Je les ai remerciés d’avoir fait partie de ma vie pendant un petit temps. Finalement, nous avons échangé nos numéros afin de garder le contact. Tout le monde ne comprend pas ce besoin, mais ça m’est égal. Plus je vieillis et plus je veux consacrer mon temps à ce qui me fait du bien, pas à ce que les autres attendent de moi. »

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