Joséphine travaille au plus proche de la mort. Un métier où s’exercent en équilibre une profonde empathie et un grand professionnalisme. D’APRÈS FLORENCE HAINAUT. PHOTOS: LIESBET PEREMANS.

JOSÉPHINE PION (29 ANS) TRAVAILLE POUR LES FUNÉRAILLES MICHEL, À SCHAERBEEK

Pour Joséphine, ce métier, c’était d’abord un choix par défaut. Avec un petit garçon de 5 ans et un travail dans la vente, elle cherchait des horaires moins contraignants.«Je n’avais pas vraiment d’expérience. C’est la seule boîte qui a voulu de moi.» Le patron qui l’a  engagée avait 79 ans à l’époque. C’était il y a deux ans. «Il était passionné et passionnant, il m’a tout appris. Il y avait un côté à l’ancienne, ils m’ont formée à la compta, aux ressources humaines, à toutes les facettes du métier.» C’est son fils qui a repris l’entreprise, au décès du père. Dans cette structure très familiale, Joséphine est la seule femme. «Je suis la coqueluche. Mes collègues sont super, ils me prennent un peu pour leur fille.» Chacun a sa personnalité et ses domaines de compétences. «On a tous des spécificités, donc on se répartit un peu les clients selon ce qu’on gère bien. J’ai pas mal d’empathie et une bonne écoute, j’accroche bien avec les personnes âgées et ça rassure les familles

« Parfois les membres de la famille se contredisent ou se disputent. Il faut pouvoir intervenir avec bienveillance. »

Parfois c’est moins facile, comme quand il faut accompagner cette femme qui vient de perdre sa petite fille. «J’étais au téléphone avec elle et je sentais mes larmes couler. Mais je m’interdis ça, il faut que je gère mes émotions. Les familles ont besoin de quelqu’un qui prend les choses en main, elles-mêmes sont perdues, c’est notre métier de les guider.» Malgré ce que tentent de nous rappeler les publicités pour les assurances obsèques, on ne réalise pas toujours l’ampleur des démarches administratives en cas de décès. Quand c’est elle qui assure la garde téléphonique, il lui arrive de recevoir des appels en pleine nuit de personnes qui n’arrivent pas à dormir et lui posent des questions qu’ils ont déjà posées. «Il faut être patient et psychologue, les gens sont en détresse. Je ne m’énerve jamais. D’ailleurs ça ne m’énerve jamais.» Guider sans rien imposer, aider dans le choix des textes et des photos. «Parfois les membres de la famille se contredisent ou se disputent. Il faut pouvoir intervenir avec bienveillance.» Si, au départ, son travail est plutôt administratif, elle a voulu tout voir et tout comprendre. Très tôt,elle demande à assister à la préparation d’un défunt. «Je voulais savoir comment ça se déroulait pour pouvoir l’expliquer aux proches. Je trouve que c’est apaisant de savoir exactement ce qui se passe.» C’est aussi la première fois qu’elle est confrontée à la vue d’un cadavre. «Je me suis dit qu’il ne fallait pas que je pense qu’il s’agissait d’un humain, mais plutôt d’une jolie marionnette. Quand je suis arrivée, mon collègue, qui est très grand, manipulait cette toute petite dame avec délicatesse. En fait, c’était mignon. Je l’ai aidé, on l’a rendue belle. On lui a fermé les yeux, on l’a un peu maquillée, on l’a recoiffée. En partant, je lui ai caressé le poignet et je lui ai dit bonne route.» Des moments plutôt doux, finalement.

« Quand des familles sont reconnaissantes, te disent merci, c’est très beau, c’est gratifiant. »

Mais le métier donne parfois à voir des facettes moins glorieuses. Comme cet ayant droit refusant la dernière volonté de la défunte de voir ses cendres déposées dans un endroit qui lui était cher. «Alors j’y suis allée moi-même.» Ou ce fils qui décide, contre la volonté de sa mère, de ne pas acheter de couronne. «Je suis allée acheter des roses pour elle, je ne pouvais pas me dire que cette dame allait partir sans avoir les fleurs qu’elle souhaitait.» Quand des souhaits sont émis, Joséphine et ses collègues se démènent pour qu’ils soient respectés. «C’est important les dernières volontés. On ne peut pas prendre ça aux gens.» Avant de travailler pour une entreprise de pompes funèbres, elle n’avait pas vraiment de rapport à la mort. «Là, je me pose des questions pratiques, si je veux être incinérée ou enterrée.» Entre moments suspendus et émotions qui submergent, elle surfe habilement, grâce à ses collègues et au groupe soudé qu’ils forment. «J’ai fait mes premières cérémonies au crématoriumet la détresse des gens ne laisse pas indifférent. Ça fait mal.» «Personne n’est irremplaçable, insiste-t-elle. Mais je me sens utile. Dans des moments vraiment douloureux, je facilite les choses et je soulage la famille, j’ai l’impression de l’aider à passer le cap. Quand des familles sont reconnaissantes, te disent merci, c’est très beau, c’est gratifiant. Pour moi c’est le plus important

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