Dans un monde modelé sur le schéma « un couple = un homme + une femme », ne pas coller à cette réalité peut se révéler douloureux et compliqué. Dire publiquement « Je ne cadre pas avec ça » est un moment clé dans la vie des lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, intersexes. Sébastien Ministru, notre Guest du mois, nous raconte son rapport au « coming out ». D’après Florence Hainaut. Photo: Liesbet Peremans.

Entrer dans la lumière

Ça reste encore une épreuve, pour beaucoup de garçons et de filles, de devoir “avouer” son homosexualité, raconte Sébastien Ministru. Or, pour moi, on n’avoue pas qu’on est homo. On avoue un crime, un vol, une infidélité. Mais pas qu’on est homosexuel, il n’y a rien à avouer. Sinon on avouerait les nuages et les ours. J’ai toujours eu un rapport à l’homosexualité tellement décomplexé ! Depuis que je suis enfant, je suis un coming out ambulant. J’ai toujours assumé le fait que dès que l’on m’entend ou que l’on me voit, on comprend qui je suis. Ça n’a jamais été une stratégie militante, plutôt de l’inconscience. À la longue, dans le milieu dans lequel j’évolue, celui des médias, j’ai peut-être fini par être un modèle pour certains. Mais moi, je n’ai pas fait de coming out. Quand mes parents m’ont vu en salle d’accouchement, ils ont tout de suite compris ! Il ne faut pas oublier une chose importante : une fois que tu sors de ton cocon protecteur, la vie d’un homo, d’une lesbienne ou d’un.e trans se construit à partir de l’insulte, des attaques. Certains cherchent à saboter l’estime que tu as de toi, à t’humilier, à t’attaquer dans ce que tu as de plus unique. À l’extérieur, c’est la guerre. Quand tu te fais insulter toute la journée entre tes 6 et tes 18 ans, tu comprends qu’il va falloir être fort.

« Dès l’adolescence, j’ai eu un discours très articulé autour de l’homosexualité. J’avais déjà en tête une espèce d’arsenal intellectuel qui me permettait d’afficher une envie d’être ce que je suis. »

Un des dommages collatéraux — en fait, une chance — du fait d’afficher son orientation sexuelle très jeune, c’est que tu es obligé de devenir plus intelligent plus vite. Tu scannes, tu scrutes, tu décryptes. Très tôt, j’ai organisé le vide autour de moi, j’essayais de sauver ma peau en mettant en place des stratégies de fuite. Je savais que les autres enfants allaient me faire du mal. Dès l’adolescence, j’ai eu un discours très articulé autour de l’homosexualité. J’avais déjà en tête une espèce d’arsenal intellectuel qui me permettait d’afficher une envie d’être ce que je suis. Mes parents, qui étaient d’un milieu très modeste — ils étaient ouvriers, immigrés, mon père était illettré —, se sont dit : “Il est plus fort que nous”, et c’est là qu’ils ont compris que j’avais raison d’être ce que je devais être. Ils ont compris que je m’étais préparé : j’allais avoir réponse à tout. Autant j’ai été un enfant insulté à l’extérieur, autant, chez moi, j’ai été un enfant chéri. J’ai toujours tout montré. Avec mon père, quand je suis arrivé avec Serge, mon compagnon depuis 32 ans, il y a eu une espèce de méfiance macho. Qu’est-ce qu’un type aussi viril fait avec mon fils ? Mais il a tout pigé avec le temps et un peu de pédagogie domestique. On montre qu’on est un couple, qu’il y a de la tendresse, de l’amour, des soucis… Maintenant, mon père considère Serge comme son fils. Il ne termine jamais une conversation téléphonique sans me dire : “Tu embrasses Sergio.” »

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GAEL mars

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