Père ou partenaire de travail: Michel Renier et Joachim Lafosse dressent le portrait de nos Guests du mois, les frères Yannick et Jérémie Renier. Photo: Filip van Roe.

MICHEL RENIER, LEUR PÈRE

Vous attendiez-vous à avoir deux fils acteurs?

Je n’ai jamais vraiment eu d’idée préconçue pour eux, même si très tôt Jérémie a pris une caméra pour filmer ses copains et a voulu faire des castings. Chez Yannick, le désir de jouer est venu plus tard, au moment des humanités. J’éprouve une grande fierté et un grand plaisir à voir leur film, à les voir ensemble raconter cette histoire de rivalité sans faux-fuyants.

Qu’espérez-vous leur avoir transmis?

Une capacité de dialogue, c’est-à-dire pouvoir parler de soi, de ce qu’on vit profondément, et pas seulement de foot. Et admettre ses différences.

Un souvenir qui vous a marqué?

C’est une bêtise que j’ai faite sur le tournage de Nue Propriété. Il y a une scène où ils jouent au ping-pong. Une balle est tombée de la table et par réflexe, je suis bêtement entré dans le champ de la caméra pour la ramasser. Ils se sont tous les deux moqués de moi.

Vous les conseillez, parfois?

Quand ils préparaient leur scénario, on est partis quatre-cinq jours à trois faire une randonnée dans les Pyrénées. Je parlerais plus de partage que de conseils.

JOACHIM LAFOSSE, RÉALISATEUR DE « NUE PROPRIÉTÉ »

Le cinéaste les réunissait pour la première fois à l’écran en 2006, aux côtés d’Isabelle Huppert, dans cette histoire (autobiographique pour le cinéaste) de deux frères jumeaux qui se disputent l’attention de leur mère qui veut vendre la maison de leur enfance.

«Yannick et Jérémie ne sont pas jumeaux, ils se complètent et n’ont pas eu à dégéméliser. Je fantasme sur leur alliance très saine de réalisateurs. Sur Nue Propriété, c’était la première fois qu’ils jouaient ensemble, c’était assez exceptionnel. Isabelle a vu cela très vite aussi, leur complicité. Yannick et Jérémie sont sauvages mais surtout très ludiques et généreux, toujours dans la proposition. Ils ne font rien par calcul et tout par désir. Tu sens qu’ils ont été tous les deux beaucoup aimés. J’ai fait plusieurs films depuis (À perdre la raison, L’Économie du couple, NDLR), mais je n’ai jamais vécu un tel plaisir de jeu, une telle jubilation sur un tournage. Depuis le premier jour d’écriture, le film était pour Jérémie et Yannick. Jérémie avait déjà explosé dans La Promesse et était très attentif à ce que j’aille vers Yannick pour les bonnes raisons, et pas parce que c’était le frère de celui qui a du succès. Or, je connaissais déjà le travail de Yannick sur scène. Yannick a acquis une rigueur grâce à ses études de théâtre, Jérémie a une vraie intuition du cinéma. À l’époque, ils étaient comme deux chiens fous. Être frères impose un rythme différent dans le jeu, ça va beaucoup plus vite. C’est une histoire d’alliance dans le regard, c’est un terrain commun qui est déjà là, toi tu ne sais pas d’où ça vient, mais eux le savent. Je me souviens qu’ils parlaient déjà de coréaliser un film sur la fraternité au moment de la sortie de Nue Propriété, lorsque nous étions au Festival de Venise. Je leur souhaite de toujours tourner ensemble

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