Le chef prodige, défenseur hyperactif du terroir wallon, revendique en cuisine comme dans la vie une attitude honnête, sensible et humaine. Il nous raconte l’histoire d’une photo qui lui est chère.

Le cliché raconté par Sang-Hoon Degeimbre

L'instantané: Sang-Hoon Degeimbre raconte son cliché préféré

« En avril 2015, j’ai emmené mes deux filles, Manon et Emilie, faire leur premier voyage en Corée du Sud. J’y étais moi-même retourné pour la première fois en 2009, sur invitation du gouvernement coréen. J’ai réalisé que ce contact avec mon pays natal et mes racines était ce qui m’avait manqué dans mon éducation.

« Savoir d’où on vient permet de comprendre qui on est et où on veut aller »

J’ai voulu offrir à mes filles ce premier contact avec leur héritage familial. Savoir d’où on vient permet de comprendre qui on est et où on veut aller. Pendant ces dix jours, on a un peu joué les touristes, mais on a surtout eu la chance d’être accompagnés pour mieux découvrir nos racines. Une vraie bombe d’émotions: la gastronomie, les paysages, la culture… Et le fait de s’identifier physiquement aux Coréens.

La différence, c’est une richesse mais c’est aussi une préoccupation majeure, qu’on apprend à gérer au quotidien. C’est pour les jeunes ados, et ça l’est autant pour moi qui dois gérer des équipes, des partenaires… Il est difficile de séparer travail et vie privée quand votre travail vous a tant donné, vous a façonné.

« Ce retour aux sources m’a ramené au coeur de mon combat: l’humain »

Mon origine coréenne, elle se voit, c’est quelque chose que je ne peux pas cacher, mais mon identité, c’est aussi mon environnement, mon éducation, européenne en l’occurrence. Ce retour aux sources m’a finalement ramené au cœur de mon combat: l’humain, dans toute sa complexité. Respecter qui on est, c’est faire le pari d’être honnête. C’est ce que je revendique aussi dans ma cuisine.

Aujourd’hui, j’y insère de plus en plus de touches coréennes, j’appose à mes assiettes une signature plus identifiable. Ma cuisine repose sur un tronc européen solide, mais la couleur de son feuillage, ses finitions nuancent et panachent cette identité. Un peu à l’image de la Belgique, qui est une terre d’influence au centre de l’Europe: nous avons un terroir riche, mais qui doit beaucoup aux voyageurs de passage. On ne peut pas ignorer ce mélange, et aujourd’hui, même si nous veillons à valoriser nos origines et notre terroir, nous devons garder une fenêtre ouverte sur le monde. Sans racines, pas d’ailes, et vice-versa! »

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