Avec son humour et sa voix uniques, Josef Schovanec est le chroniqueur d’Entrez sans frapper qui suscite le plus de réactions positives, selon Jérôme Colin. Multi-diplômé brillant, Josef parle 8 langues, voyage, écrit et milite pour l’intégration des personnes autistes, comme lui. D’après un texte de Florence Hainaut. Photos: Laetizia Bazzoni.

Les deux hommes se connaissent depuis trois ans, depuis que Josef livre dans l’émission ertébéenne de Jérôme des moments radiophoniques suspendus, des chroniques sur des personnalités atypiques, artistes, chercheurs, écrivains. Philosophe, écrivain, bourlingueur, chroniqueur, conférencier, acteur débutant et militant, Josef Schovanec nous force à regarder ce qu’on n’avait pas vu. Il interroge la marginalité et donc forcément aussi la norme.

Dans le salon royal que Bozar nous prête pour cette interview, Josef est en chaussettes. « La première différence entre Josef et moi, c’est qu’il enlève ses chaussures avant de faire une interview. Moi j’en rêve, mais, comme il est 16h30 et qu’il est probable que je sente des pieds, je me retiens ». Ça fait rire l’intéressé: « Quand on est normal, on doit jouer la comédie de la normalité. La société a un certain nombre d’attentes. Quand tu ne les remplis pas, tu es à la marge ».

Sortir des diktats

Jérôme « Voilà pourquoi je voulais discuter aujourd’hui avec Josef. Je pense que sa parole doit être massivement entendue, parce que la norme est mal placée dans la société : à quoi ça rime de respecter des règles qui nous gâchent la vie, avec lesquelles on n’est philosophiquement pas d’accord ? Je passe ma vie à ça, et puis parfois j’ai des coups de sang qui entraînent des problèmes. La parole de Josef sort des diktats. »

Josef « J’ai l’impression que les normes deviennent de plus en plus nombreuses, et la société excluante. »

Jérôme «  Le train, par exemple : avant, il fallait juste monter à bord. Maintenant, il faut un acheter un billet en ligne, l’enregistrer sur son smart- phone, lire les conditions en petits caractères, etc. Chaque fois, ça exclut une tranche de la population et ça m’inquiète. »

Jérôme « Il y a de moins en moins de liberté et de plus en plus de règles : si on ne s’y plie pas, on est puni. En tant qu’adultes, on reste tout le temps, et dans quasiment tous les domaines, sauf intime, sous la coupe d’une punition potentielle. C’est une condition d’être humain assez désagréable. »

Josef « C’est valable pour toutes les différences. À l’école, on voit de plus en plus d’enfants qui ne sont plus considérés comme admissibles. Aux États-Unis, le label d’hyperactivité est dévastateur. Il y a 50 ans, ces enfants étaient considérés comme turbulents, on les grondait mais ils fréquentaient l’école. Maintenant, au moins la moitié d’entre eux sont considérés comme anormaux ou à la marge. »

Jérôme « Oui. Hier, ces enfants étaient évalués comme normaux et sont devenus aujourd’hui anormaux. »

« Dans 30 ans, plein de nouveaux métiers existeront et on aura besoin de profils différents. On a besoin de personnes qui ne cadrent pas avec la norme. »

Josef « On commence à voir ça à l’université. Il y a une proportion croissante d’étudiants qui revendiquent leur handicap. De plus en plus, les universités sont sommées de prendre en considération leurs particularités. C’est un constat à la fois positif et inquiétant. Je suis ravi qu’il y ait davantage de profils différents à l’université, mais je constate également qu’un certain nombre de ces handicaps sont plutôt liés au caractère normatif de la société et de l’école qu’aux individus eux-mêmes. »

Jérôme « Une aberration, pour moi, c’est le fait que tous les enfants doivent accéder aux mêmes stades d’apprentissage en même temps. »

Josef « C’est militaire, mais l’école ne peut pas fonctionner comme ça. Par tropisme personnel, je dirais que les enfants les plus bizarres sont les plus intéressants. C’est l’avenir. Dans 30 ans, plein de nouveaux métiers existeront et on aura besoin de profils différents. On a besoin de personnes qui ne cadrent pas avec la norme. Dans le secteur informatique, ce sont des ados de 12 ou 13 ans qui apportent le changement, depuis la cave familiale. Ce sont eux qui créent les cryptomonnaies. Il existe des domaines où l’innovation est portée par ces exclus. Valoriser des options d’avenir pour ces profils, ce n’est pas juste positif pour eux, mais aussi pour le bien-être collectif. »

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