À l’affiche de l’émouvant Troisièmes Noces et à la veille de son prochain long-métrage en tant que réalisateur, l’acteur nous a reçus chez lui, à Liège. Il nous a ouvert sa terre, son histoire et son cœur d’or. On a tout pris.

PAR JULIETTE GOUDOT. PHOTOS: FILIP VAN ROE.

Bouli Lanners en vrai

On le cueille à un moment d’apaisement à la veille de son anniversaire. «Bouli», né Philippe Lanners en 1965 et ayant grandi à la frontière allemande, a terminé l’écriture de son prochain film. Une histoire d’amour qu’il espère tourner l’année prochaine en Écosse, après un cycle de long-métrages ardennais qui ont peu à peu dessiné les contours d’une belgitude à la fois flamboyante et punk, d’Eldorado aux Géants en passant par Les Premiers les Derniers (cinq Magritte en 2017).

« Il se recoiffe d’un geste avec cette grâce un peu rustre qui le rapproche d’un Depardieu »

On débarque donc chez lui un samedi matin, dans ce morceau de verdure niché au-dessus de la gare de Liège, à l’ombre du puissant geste architectural de Calatrava. Hier soir, il a fait la fête jusque tard dans la nuit avec ses voisins et amis autour d’un grand feu et de quelques bières. Tandis qu’il se prépare un Ricoré dans la cuisine, son épouse (Elise Ancion, cheffe costumière reconnue et partenaire artistique précieuse de son cinéma) s’occupe des fleurs et du potager dans le jardin entourant cette maison de briques cossue qui a le charme de la campagne à la ville, en harmonie avec une communauté d’abeilles et Gibus, leur chien de 7 ans. Plus haut, il y a ce carré de bois que Bouli dessouche pour y replanter les essences locales qui servaient à fabriquer le sirop de Liège, comme sur ces cartes d’Ancien Régime à l’aquarelle commandées par Marie-Thérèse d’Autriche.

Bouli Lanners cultive cette utopie de vivre un jour en autarcie, parce qu’il ne croit «plus du tout à la société civile et à l’économie occidentale». Affûté par la taille des arbres et le travail au jardin (cinq heures par jour quand il est en vacances), il se recoiffe d’un geste avec cette grâce un peu rustre qui le rapproche d’un Depardieu, anneau à l’oreille et grosse veste de laine noire sur le dos, la main et le torse couverts de tatouages qui masquent une opération du cœur il y a quatre ans. Et on s’installe d’ailleurs face à lui avec la vive impression de parler à un humain dont le cœur bat plus fort que celui des autres.

AUTOBIO EN 3 DATES

19 mai 1968 «Premier vrai souvenir bien ancré dans ma mémoire: ma grande sœur, qui a 4 ans de plus que moi, me présente à ses copines en disant: “C’est mon petit frère, demain il a 3 ans.” C’est mon mai 68.»

• 1er septembre 1992 «Date très symbolique pour moi, car ma grand-mère maternelle, Rosa, dont je suis très proche, meurt ce jour-là, et c’est justement le jour où je fais l’acquisition de ma péniche L’Artois. Je la renomme Rosa d’Artois et, beau hasard, elles ont la même année de naissance, 1900. J’y vivrai ensuite durant 18 ans, jusqu’en 2010.»

• 16 juin 2000 «Mon premier baiser avec Elise, ma femme.»

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