Voilà plus de vingt ans qu’il débarque dans votre foyer en flic, en séducteur malgré lui, en père de famille. À 55 ans, le comédien belge a incarné une impressionnante série de rôles pour le petit écran (surtout), pour le grand aussi et sur les planches.

Bernard Yerlès en vrai

«Désolé, je n’arriverai chez moi que dans 5 ou 10 minutes.» Bonne nouvelle, il n’a pas oublié notre rendez-vous! Ses proches ont tellement insisté sur sa distraction légendaire que je m’étonne presque d’entendre mon GSM biper quelques instants plus tard: «En fait, je suis là.» S’il avait été en retard, on l’aurait excusé, lui qui jongle avec autant de bonne volonté entre ses tournages en France et sa vie à Bruxelles, où habitent Timon et Nathan, ses deux fils, et Régine, sa compagne depuis un an et demi. Ce qui frappe d’abord chez l’homme qui ouvre la porte, c’est sa carrure large qui pourrait occuper toute la place, combinée à ce regard doux qui ne cherche pas à prendre l’ascendant. Cheveux méchés pour les besoins de son rôle du moment, voix virile à la Depardieu (même Julie, Depardieu fille, le reconnaît), il m’invite à nous attabler côté jardin. Je ne précise pas combien de mes collègues étaient prêtes à me remplacer pour cette interview, on la lui fait sûrement tout le temps. Je me contente de l’écouter attentivement, analysant presque malgré moi combien on peut être séduisant sans jouer au tombeur.

« Il paraît que je dois accepter ma dispersion au lieu de la combattre »

Lorsque j’évoque sa distraction, Bernard remet d’une main sa mèche en arrière (il le refera à chaque fois qu’une question lui demandera réflexion), avoue humblement et soupire: «Après toutes ces années à perdre mes clés, mon portefeuille, oublier des trucs, il paraît que je dois accepter ma dispersion au lieu de la combattre. Je me dis que c’est sans doute dû à un câblage de cerveau, que c’est comme ça. Sans elle, je ne serais pas moi. L’accepter provoque déjà un petit apaisement.»

Meet our Guest: Bernard Yerlès, comédien du genre humain

Au mur de la pièce, une grande feuille de papier un peu jaunie est recouverte de notes au crayon noir, façon mindmapping. «C’est un scénario qu’on s’est amusés à imaginer avec mon aînée, Manon, quand elle étudiait le graphisme à l’ERG.» Avec sa prolifique carrière de comédien, on imaginait Bernard Yerlès tout le temps parti, mais il faut qu’il ait passé de longs moments chez lui, en Belgique, pour tisser cette touchante toile de connivence. Depuis lors, Manon, 29 ans, est partie vivre à Nantes avec son amoureux. Restent à la maison ses deux demi-frères, avec qui Bernard partage la maison comme en colloc. «C’est étrange, je viens de me rendre compte, en installant une télé dans ma chambre, que je re- produisais une chambre d’hôtel. Trente ans de tournages, ça vous marque

Bernard Yerlès: ses 3 moment décisifs

• À 12 ans

J’assiste à la pièce 1789 de la troupe d’Ariane Mnouchkine. À un moment, la trentaine de comédiens demandent aux 800 spectateurs de quitter leur siège et de venir autour d’eux. De chuchotements en cris furieux, ils nous emmènent littéralement dans la prise de la Bastille. J’en sors en me disant: «Je veux être comédien, retrouver cet état d’émotion-là.»

• À 17 ans

Je suis accepté à l’INSAS (Institut supérieur des arts du spectacle) après mon examen d’entrée. En entendant les noms s’égrener, je pense: «Si je ne suis pas pris, je meurs.» Ce jour-là, je bascule dans une autre dimension, ma passion. La comédie devient toute ma vie.

• À 19 ans

Il faut absolument que j’échappe au service militaire pour pouvoir jouer un rôle auquel je tiens beaucoup. J’arrête de manger pendant 3 semaines, je perds 14 kilos, je ne me lave plus, je joue la comédie chez un psy pendant 5 séances pour qu’il me déclare inapte. Au Petit Château, au bout de 3 heures et demie, je suis réformé!

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