Fils d’un distributeur de films d’Europe de l’Est, Philippe Geluck a baigné dans le milieu du cinéma dès son plus jeune âge. Une enfance un peu différente de celle de ses copains… Par Paloma de Boismorel.

Complètement à l’Est

« J’avais 10 ou 11 ans quand mon père m’a photographié, tout fier, aux côtés de cette jolie actrice blonde. Je suis incapable de dire aujourd’hui dans quels films elle avait joué, mais elle s’appelait Vija Artmane et venait de Lettonie. Mon père était distributeur de films et s’était spécialisé dans le cinéma des pays de l’Est. Les réalisateurs et les acteurs venaient régulièrement à Bruxelles assister à des galas et rencontrer la presse. Il s’agissait de faire la promotion du cinéma soviétique, mais il faut imaginer que dans les années 60, en pleine Guerre froide, obtenir un visa était très compliqué. Les équipes étaient logées à l’hôtel et mes parents aimaient bien les inviter à dîner ou à venir le week-end chez mes grands-parents, du côté de Maransart. On a reçu à la maison des gens comme Roman Polanski, Milos Forman ou encore l’immense cinéaste russe Andreï Tarkovski. Nous n’avions pas de bagnole ni de TV, mais de temps en temps, mon père rapportait en tram du bureau un projecteur 16 mm et il nous faisait des projections avec de grandes bobines, c’était fabuleux.

« Pendant que mes copains allaient voir des westerns et des Disney au cinéma, moi, je voyais des films de réalisateurs russes que personne ne connaissait. »

Pendant que mes copains allaient voir des westerns et des Disney au cinéma, moi, je voyais des films de réalisateurs russes que personne ne connaissait. Il n’y avait pas la dictature des marques comme pour les jeunes d’aujourd’hui, mais je me sentais déjà différent car je n’avais pas les mêmes références culturelles que les autres. Il y avait dans certains films une forme d’humour propre à la Pologne ou à la Tchécoslovaquie qui a contribué à former mon esprit un peu décalé. Le soir où cette actrice est venue chez nous, elle m’a laissé une photo dédicacée en russe à mon nom. Je ne comprenais pas ce qui était écrit, mais j’avais toute une collection de dédicaces que je mettais aux murs de ma chambre. Mes copains se fichaient de ma gueule car j’avais beau leur dire qu’ils étaient de grandes vedettes dans leurs pays, ils ne les avaient jamais vus et je ne connaissais même pas leur nom. »

SON ACTU

Après une fin d’année sur les chapeaux de roue avec la sortie du troisième volet de son autobiographie Geluck pète les plombs et la publication d’un album best-of intitulé Le Chat pète le feu (tous les deux aux éd. Casterman), le dessinateur belge regarde déjà vers 2023, qui devrait voir l’ouverture à Bruxelles d’un musée inédit consacré au Chat et à la BD. L’ambitieux projet, situé en face du Parc royal, offrira 4 000 m2 pour célébrer à la fois « les maîtres du dessin d’humour et l’animal le plus populaire du monde ».

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