Au coeur du Pays des collines, le petit Charlie Dupont grandit la tête dans les arbres… L’acteur nous raconte son enfance très nature en un cliché perso. Interview: Isabelle Blandiaux. Photos: doc. privé et Jean-Philippe Baltel.

Le garçon qui parle à l’oreille des arbres

« Je dois avoir 2-3 ans au moment de cette photo. Elle a été prise dans la maison où j’ai grandi et vécu jusqu’à mes 17 ans, à Ellezelles, petit village folklorique de la région des collines. J’ai eu une enfance magnifique, en connexion avec la nature. On ne le voit pas sur le cliché, mais le plus proche voisin se situe à 400 mètres, on est au beau milieu des prairies.

L'instantané: Charlie Dupont nous raconte sa photo d'enfance

À l’époque, je parlais aux chevaux et j’allais traire les vaches. Il y a quelque chose d’idyllique dans la nature vue par les yeux d’un enfant. Une chose derrière laquelle on court tout le restant de sa vie. Si j’embrasse encore des arbres aujourd’hui, c’est parce que j’y grimpais enfant — j’y grimpe toujours, d’ailleurs — et parce que je gravais le nom de mon amoureuse sur les troncs. Je me souviens que je cachais des trucs dans le sol, par exemple un bocal avec des capsules de Coca, puis je dessinais des cartes au trésor. Le lendemain, je faisais comme si je ne savais pas où le trésor se trouvait et je passais toute une journée d’aventures à le chercher. Je faisais aussi pas mal d’équitation. Et puis je déchirais les champs à moto avec mon père. Il m’a transmis sa passion des sports moteur.

“Dans mon métier, on a un rapport particulier à l’enfance parce qu’on continue à jouer toute sa vie.”

J’avais également un grand-père qui chassait. Je pense que j’ai toujours été profondément contre, mais je ne le savais pas forcément. Le rapport entre la beauté de la balade au soleil levant et le fait de tuer un lapin, cela a été un paradoxe fondateur. Tous les enfants jouent, mais je crois que j’étais quand même particulièrement jouette. J’entends encore les commentaires des commerçants quand j’accompagnais ma mère pour faire des courses : “Ah ben, on ne doit pas s’ennuyer avec celui-là !” Mon mojo reste : “Tout sauf l’ennui !” Ce côté espiègle n’empêche pas une forme de solitude enfantine fondatrice, des moments d’introspection. Je suis toujours entre ces deux pôles. Je me définis  comme un humaniste misanthrope. Je peux donner le change en public, j’aime le contact avec les gens, mais il y a des moments où j’ai juste envie que le monde entier me foute la paix. Alors je vais courir seul dans la forêt, avec les arbres pour seuls interlocuteurs. Dans mon métier, on a un rapport particulier à l’enfance parce qu’on continue à jouer toute sa vie. On trouve un moyen d’explorer ses émotions et de les partager. J’ai besoin de rester connecté à mon enfant intérieur et c’est une des raisons pour lesquelles je suis acteur. »

Son actu

Premier rôle de la série La Faute à Rousseau, qui vient d’être diffusée sur France 2, Charlie Dupont répète en ce moment une pièce au Théâtre national de Nice, avec sa compagne Tania Garbarski entre autres, sous la houlette de la metteuse en scène et directrice des lieux Muriel Mayette. « C’est une trilogie de Goldoni sur les rapports entre pouvoir et séduction, sous le filtre de #metoo. On joue en mai si c’est permis. » Une tournée de la pièce créée au Public, Les Émotifs anonymes, de Philippe Blasband et Jean-Pierre Améris, est par ailleurs programmée pour l’automne prochain.

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