Notre Guest de septembre ne manque pas de style! À l’occasion de notre numéro spécial mode, GAEL est parti à la rencontre d’Ines de la Fressange. Rencontre avec la reine du style parisien. Interview: Marie Honnay.

Vous incarnez la femme parfaite, la Parisienne toujours élégante, jamais too much. Ce n’est pas un peu fatigant, d’être une icône au bout de toutes ces années?

J’incarne la Parisienne, c’est vrai. Mais si les gens s’attendent à voir débarquer une femme extrêmement sophistiquée, ils risquent d’être déçus. D’autant que, pour moi, la vraie élégance est faite de choses simples. Si je ne sers qu’à convaincre les femmes qu’être bien habillée n’implique pas d’être riche ou d’accumuler les vêtements, je pense que j’aurai rempli ma mission. Si ça peut aider des femmes à se sentir mieux, parler de mon style ne me dérange pas du tout.

À une époque, les journalistes vous appelaient «le mannequin qui parle». Par opposition à cette génération de filles qui s’exprimaient peu ou pas du tout. Aujourd’hui, vous avez envie de dire quoi? De dénoncer quoi?

En 2018, on peut difficilement ignorer le discours féministe actuel. J’ai d’ailleurs souvent l’impression de revenir en arrière. Dans les années 70, je ne pense pas que les femmes qui se battaient pour leurs droits auraient cru qu’on en serait encore là aujourd’hui. M’exprimer? Oui, je pense que c’est important. La preuve: cette interview pour votre magazine. À mon sens, c’est déjà un manifeste. Parce que j’ai 60 ans et que je continue à travailler. Et a fortiori dans la mode, un secteur qui ne laisse que peu de place aux femmes d’un certain âge. Non seulement je m’exprime dans les magazines, mais j’y figure physiquement.

Pour aider d’autres femmes à mieux assumer leur âge?

J’ai un jour reçu un mail d’un jeune Chinois. Il m’écrivait que sa mère de 54 ans se laissait aller, qu’elle avait perdu l’envie de s’habiller, de se faire belle. Son message m’a touchée. J’ai accepté de le rencontrer. Il s’est avéré que c’était un journaliste. Il a débarqué à la boutique avec une équipe entière de tournage (elle sourit). Mais au-delà de l’anecdote, si je peux servir d’exemple et militer contre le jeunisme, ça me convient très bien.

« Les femmes ont souvent des préjugés par rapport à un imprimé ou à une couleur. Il faut apprendre à les dépasser. »

Nous avons très envie d’en savoir plus sur votre style, de connaître vos trucs pour ne jamais le perdre. Mais on vous a déjà tellement questionnée à ce sujet…

Ce genre de questions ne m’ennuie pas du tout. Parce que pour moi, ce qui est important en mode, c’est de trouver des solutions. Il m’arrive souvent de croiser des femmes de mon âge dans la rue. Parfois même plus jeunes. J’ai envie de leur dire qu’avec une coupe de cheveux plus courte, moins de maquillage, des vêtements plus simples, elles seraient tellement mieux. Ce n’est pas futile du tout comme réflexion, je trouve.

Vous n’avez donc pas peur de bousculer les femmes?

Si c’est fait gentiment, non. Je pense qu’en termes de look, on doit toutes l’être à un moment ou à un autre de notre vie.

Même vous?

Vous savez, une fois, j’ai fait appel à une relookeuse. Je lui ai ouvert les portes de mon dressing. Je me souviens notamment d’une petite blouse brodée un peu transparente que j’adorais, mais que je ne portais jamais. Elle l’a associée à un gilet qui la rendait plus facile à assumer. C’est un mélange que je n’aurais jamais osé. Les femmes ont souvent des préjugés par rapport à un imprimé ou à une couleur. Il faut apprendre à les dépasser. Il n’y a pas de honte à se faire aider.

Vous n’avez pas ce problème-là, vous. Votre style légendaire a fait le tour du monde. Il vous colle tellement à la peau que vous n’avez plus besoin d’en changer.

Détrompez-vous. Un bon moyen d’assumer son âge, c’est de regarder de vieilles photos de soi. Dans nos vêtements des années 80 ou 90, on avait l’air mal fagotées. Observez les anciennes speakerines et les comédiennes de 50 ans. La plupart ont plus de style qu’à 20 ans.

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