L’humain fonctionne- t-il à la carotte ou à la cravache? Quatre de nos Guests se sont penchés sur ces accidents, entraves ou adjuvants qui leur ont servi de carburant. François Damiens, notre Guest de juin, ouvre la marche. Par Myriam Leroy. Photo: Filip van Roe. 

JE NE SERAIS PAS ARRIVÉ À FAIRE MON PROPRE FILM, MON KET, SI…

« … je ne venais pas d’une famille où rien n’est impossible. Mes parents m’ont toujours donné confiance. Avec mon frère et ma sœur, on a été biberonnés à la fierté familiale. Et aujourd’hui encore, ma mère ne peut pas voir un de mes films sans le trouver in-croy-able. Ça me fait rire… Mais effectivement, je n’ai jamais eu peur de relever des défis, de me lancer.

Pour moi, le but de l’existence, c’est d’être libre: de faire ce que je veux, de dire ce que je veux, d’aller où je veux. Et je crois que je le suis. Cette liberté ne vient pas forcément du succès, contrairement à ce qu’on peut croire: moi, je me suis toujours senti autorisé à faire ce que voulais, depuis tout petit. Mais attention, quand je fais quelque chose, j’essaie de le faire bien, parce que je pense que dans la vie, dans nos métiers, il n’y a pas de place pour les moyens. Un restaurant «pas trop mauvais», c’est la faillite assurée. Et tu ne vas jamais aller voir un film dont on dit: «Non, écoute, ça va.» C’est comme pour choper une place en terrasse un jour de soleil, il faut se dépêcher et être habile pour l’avoir.

Quand j’ai expliqué à mon équipe, à la première réunion, ce que j’avais envie de faire avec Mon Ket, ils se sont dit: «Ah ben dis donc…» C’est pour ça que je remercie les producteurs et les chaînes de télé qui nous ont permis de le réaliser, parce qu’ils se sont basés sur rien, on leur a vendu un chat dans un sac. Et pour moi, ce chat a été facile à vendre. On n’a rien dû faire ou presque pour intéresser les gens. Mais du coup, maintenant, il y a une énorme pression pour ne pas les décevoir. »

« Je ne pouvais pas jouer parce que je n’avais pas la technique pour jouer. Je devais donc «être». »

JE NE SERAIS PAS ARRIVÉ À DEVENIR ACTEUR SI…

« … j’avais fait une école de comédie. J’ai été recalé au Conservatoire: ils ne m’ont pas laissé l’opportunité d’apprendre mon métier, alors j’ai dû l’apprendre sur le tas. Et le meilleur moyen pour moi, c’était d’observer les gens. Et d’être le plus honnête possible. Y aller à l’instinct. Croire en ce que je faisais. Je ne pouvais pas jouer parce que je n’avais pas la technique pour jouer. Je devais donc «être». Et il faut croire que les gens ont perçu cette honnêteté.

Ce n’est pas plus difficile de jouer un rôle triste qu’un rôle qui se veut marrant, mais s’il y en a un qui est plus risqué que l’autre, c’est la comédie. Parce qu’une comédie triste, c’est très triste. Alors qu’un film triste triste… Et puis, faire une comédie, c’est comme dire à quelqu’un: «Je vais te cuisiner un plat raffiné.» Ce n’est pas à toi de dire si c’est raffiné ou pas. Déclarer: «Attention, regarde, je vais te faire rire», c’est quand même sacrément prétentieux. Les premiers réalisateurs de cinéma à avoir perçu mon potentiel de jeu sont venus à moi via mes caméras cachées. J’ai eu de la chance, ils avaient de l’imagination. Mais ce n’est pas toujours le cas. Souvent, je lis un scénario, j’examine le rôle qu’on me propose, et je trouve qu’il ne pousse pas le bouchon très loin. Je me vois tellement le faire que je me demande quel est l’intérêt, que ce soit pour moi ou pour le public. Parfois il faut cachetonner, mais c’est une démarche plutôt égoïste. Tu peux te le permettre une fois, deux fois, mais pas dix. »

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