À l’affiche de Larguées, comédie girly de saison, l’actrice française sort (un peu) de sa réserve, nous parle des femmes et de Mai 68. Tout en douceur. Par Juliette Goudot.

Miou-Miou la discrète

Miou-Miou est une femme douce. Dans cet hôtel bruxellois un peu impersonnel où on la rencontre, l’actrice au minois de chat s’est prêtée à tâtons au jeu du portrait dans le rétroviseur de sa «carrière» — même si elle déteste le mot et préfère parler de «profession» —, depuis ses débuts avec Coluche au Café de la gare et sa révélation au cinéma dans Les Valseuses de Bertrand Blier en 1973. Miou-Miou, née Sylvette Herry, 18 ans en mai 68, fille de gendarme ayant grandi dans les Halles de Paris, c’est l’art de vous remettre gentiment à votre place lorsque vous poussez trop loin le questionnement sur la représentation des femmes au cinéma depuis l’affaire Weinstein — «Je n’ai jamais été un pur objet de désir», reprend celle qui fut prostituée chez Daniel Duval et lectrice particulière chez Michel Deville. Ce dont elle préfère parler, c’est des femmes dans la vie, et pas forcément des actrices.

Dans Larguées d’Éloïse Lang (complice de Camille Cottin, créatrice du personnage de la «Connasse» de Canal+), elle incarne Françoise, mère de deux grandes filles que tout oppose (l’une fêtarde et bordélique, l’autre mère de famille stressée) bien décidées à sauver leur mère quittée pour une plus jeune en l’emmenant dans un club de vacances à La Réunion — façon Bronzés, avec barman sexy dans les parages (ici, notre compatriote flamand Johan Heldenberg, le héros barbu d’Alabama Monroe).

Qu’est-ce qui vous plaisait, dans ce rôle de mère de deux filles, que vous êtes par ailleurs dans la vie?

Tout m’a plu. L’histoire, la drôlerie des répliques et des situations, l’idée d’aller tourner deux mois à La Réunion, même si ça fait un peu peur car une île, ça reste une île — les bagnes se construisent beaucoup dans les îles. Et puis surtout ma rencontre avec Éloïse Lang, pour son originalité et ses dialogues très cash. Larguées est un film cash, mais pas crapoteux. Il reste drôle et intelligent. Éloïse est née en Belgique, elle est venue en France à 14 ans. Il y a chez elle un mélange d’audace et de retenue, c’est très drôle.

Dans le film, Françoise, votre personnage, dit que ce qui est amusant avec le désir des femmes, c’est qu’il augmente avec les années, alors que justement, c’est le moment où ça devient plus compliqué pour les hommes. Ça vous plaisait, de renverser ce cliché sur le désir féminin?

Oui, même s’il faut m’épargner les généralités sur la sexualité des femmes de plus de 60 ans. C’est l’histoire qui est drôle, surtout. On est trois à être larguées dans le film, la mère et les deux filles. Ce qui m’intéressait aussi, c’est de ne pas montrer qu’une femme va être soudain heureuse parce qu’elle rencontre un homme. Avant, quand une femme avait l’air triste, on disait qu’elle était mal baisée, enfin les gros machos disaient ça. On se rend compte aujourd’hui que tout ne passe pas par les hommes.

Vous en pensez quoi, de ce qui se joue en ce moment dans la société et au cinéma, d’une révolution du regard peut-être trop longtemps confisqué par le masculin? Que pensez-vous de la manière dont les femmes ont été représentées au cinéma?

Ouh là là, j’ai peur de dire des généralités. Je trouve qu’il y a toujours eu des rôles de femmes très différents au cinéma, ce sont les manières de jouer qui changent. Brigitte Bardot, Jeanne Moreau, Danielle Darrieux étaient déjà toutes d’un grand naturel, même s’il était sophistiqué. J’aime aussi les acteurs et les actrices à l’ancienne, il faut éviter les généralités sur le cinéma. Les quatre réalisatrices avec lesquelles j’ai pu tourner dans ma vie étaient toutes très différentes. Ce qui se passe aujourd’hui avec la libération de la parole des femmes dans la société m’intéresse davantage que le milieu du cinéma. Un tournage de cinéma, ça dure deux mois. Je pense aux femmes du quotidien qui seraient obligées de «passer à la casserole», comme on dit, pour ne pas perdre leur boulot. Ça vous tue une vie, ça. Je viens d’une époque où ça pouvait arriver et où on ne savait pas qu’on pouvait dire non, ça pouvait survenir comme un accident de la route, on était fataliste. On apprenait juste à l’éviter, à courir au bon moment. Rétrospectivement, ça m’a complètement ouvert les yeux de comprendre qu’on pouvait dire non. Nul ne doit profiter de son pouvoir. C’est vrai que ce mouvement est parti du cinéma avec le gros Weinstein, mais j’aime bien que ça revienne aux femmes dans la société.

Est-il vrai que votre surnom Miou-Miou vient de Coluche, à cause de la douceur de votre voix?

Pas du tout. Quelqu’un a dit ça un jour et j’ai laissé dire. En fait, Miou-Miou, c’est un état d’âme. À cette époque-là, comme souvent, je m’abritais dans une sorte de tristesse molle qui me convenait très bien, mais ça énervait Coluche. Il me disait: «T’es toute gnan-gnan, t’es toute miou-miou.» Cet état d’âme pas très glorieux m’est resté.

LARGUÉES, D’ÉLOÏSE LANG, AVEC CAMILLE COTTIN, CAMILLE CHAMOUX, MIOU-MIOU. EN SALLES LE 18 AVRIL.

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Gael mai

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