Des maîtresses, un Megxit, des enfants illégitimes et même des scandales pédophiles : la royauté nous scotche à nos écrans et magazines plus que n’importe quel soap opéra. D’où nous vient ce petit côté paparazzi ?

22 ans après le décès de Lady Di, la mort accidentelle de la princesse suscite toujours autant le débat. Chacun a sa théorie. Di aurait été assassinée parce que les Windsor ne voulaient pas qu’elle épouse un musulman. Certains vont même jusqu’à penser que l’accident aurait été mis en scène, Diana et Dodi auraient subi une chirurgie plastique et ils couleraient des jours paisibles et heureux à Cape Cod. Pièces à conviction à l’appui. Et pour les trous dans l’histoire échafaudée, l’un ou l’autre auteur n’hésite pas à avouer qu’il a comblé les lacunes lui-même. Mais quand il est question de monarchie, nous ne faisons pas autrement : nous regardons les faits et nous imaginons le reste.

L’HOMME ET LE MYTHE

Le sociologue Walter Weyns ne s’étonne pas outre mesure de notre passion pour les princes et les princesses. « La royauté est ancienne, dit-il. Anthropologiquement parlant, le roi — et par extension sa famille — est placé entre deux mondes. Il fait partie de la société, tout en haut de l’échelle sociale, certes, mais en même temps, il est relié à un monde plus élevé auquel le commun des mortels comme nous n’a pas accès. Il est mi-homme, mi-dieu. Quand, au temps de la Révolution française, on décapitait le roi, ce n’était pas un acte neutre, c’était un blasphème et il était perçu comme tel. La figure du roi a une signification importante, il a un statut mythique. Carl Jung était convaincu que l’archétype du roi sage, juste et bénéfique est profondément ancré dans notre inconscient collectif. Il n’en faut pas beaucoup pour déclencher chez nous de la déférence et de l’adoration. Un roi est spécial par définition, il est vénéré. »

« Les étoiles conservent leur éclat parce qu’elles se distancient de nous. L’élévation tient au décorum. Toute forme de proximité nuit à la considération » (Baltasar Gracian).

Ce statut mythique a longtemps été entretenu par l’inaccessibilité. Un roi, empereur ou tsar était un homme distant, aux airs nobles et aux ornements imposants. Quelqu’un qu’on associe au mot « trône », mais certainement pas aux toilettes. Quelqu’un que l’on voit avec des bijoux, plumes et rubans, mais jamais avec un panier de linge sale.

Spécial, mais banal

Des experts en royauté estiment que le grand public associe spontanément les têtes couronnées avec le romantisme et le glamour et qu’ils font rêver leurs semblables moins nantis. Et que quand ces personnages de conte de fées échouent dans leur rôle de modèles et dégringolent de leur piédestal, la déception et la démystification sont énormes. « La famille royale est un superbe miroir, explique Walter Weyns. Leurs divorces et enfants illégitimes ne les rendent que plus attrayants. C’est la grande ambivalence. D’une part, le roi et la famille royale sont spéciaux — il n’y a qu’une seule famille royale —, mais d’autre part, ils nous ressemblent et ils sont comme tout le monde : des humains qui commettent des erreurs. Ils sont spéciaux et banals à la fois. C’est une combinaison unique. » Les psys parlent de comportement parasocial : une relation unilatérale dans laquelle on investit beaucoup alors que l’autre ignore jusqu’à votre existence. Nous nous reconnaissons dans leurs faiblesses et nous sommes subjugués par cette combinaison hors du commun : le plus haut, le surnaturel et le plus ordinaire. »

 

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Où est ma couronne?

Les rêves des petites filles sont peuplés de tiares, tutus et baguettes magiques. Si Disney a fait des princesses son fonds de commerce, c’est que c’est encore toujours ce dont rêvent de nombreuses petites filles. « Je ne qualifierais pas d’infantile la fascination que certaines développent pour les princesses, affirme Walter Weyns. Mais il est vrai que dans l’enfance, on est particulièrement réceptif à certains charmes, car on se cherche des modèles. Nous menons tous des existences plutôt banales. Les louanges, il n’y en a que pour les héros. Les princes et les princesses font partie de cette catégorie exceptionnelle. Ils ne doivent rien faire pour qu’on leur attribue ce statut héroïque. Ils ne portent pas la lourde couronne du roi, leur existence semble plus légère et plus joyeuse, mais ils font tout de même partie de cette catégorie d’élus. »

La princesse fermière

Le plus magique, c’est quand une roturière s’offre un upgrade de conte de fées. Rien ne nous fait plus rêver que Cendrillon. Une chaussure qui vous va, un baiser du prince et votre vie est transformée à tout jamais. Et ce baiser, il pourrait nous arriver à toutes, quand on sait qu’en Norvège, Mette-Marit a connu la drogue et a eu un fils avec un dealer avant d’épouser son prince. Sans oublier la reine Susan, une Australienne mariée avec Leka Ier d’Albanie, systématiquement surnommée « la fermière », alors qu’elle provenait d’une riche famille d’éleveurs de bétail et commerçants de graines. Walter Weyns : « La fascination pour les filles “ordinaires” est immense. Elles sont comme effleurées par une baguette magique qui les extrait de leur réalité banale et les voilà propulsées dans un autre monde enchanté. Et si l’histoire se termine mal, on y projette une leçon de morale : il ne faut pas essayer de faire partie de cet autre univers, il faut rester soi-même. » Elles n’ont peut-être pas le sang bleu, mais de nombreuses roturières font d’excellentes princesses et reines.

La royauté, cette téléréalité

 

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Dans la culture populaire, plus que l’apparat, c’est surtout le côté humain et sympathique de la royauté qui est mis en avant. Mais ce dont nous nous régalons le plus, ce sont leurs faux pas. Le théâtre royal est suivi par les tabloïds et les caméras de télé. Être associé à la famille royale, particulièrement celle d’Angleterre, équivaut à décrocher un rôle dans le film The Truman Show, où un téléobjectif est braqué sur vous depuis votre naissance jusqu’à votre mort. On ne peut pas en vouloir à Harry et Meghan de désirer prendre leurs distances face à ce soap déchaîné. « La couverture médiatique des princes et princesses déclenche un mécanisme qui se nourrit de lui-même, explique Walter Weyns. Nous raffolons des nouvelles des têtes couronnées. Au fil du temps, nous avons l’impression de bien les connaître et de faire partie de leur vie. C’est là que l’histoire d’une famille royale commence à avoir des allures de téléréalité, dans laquelle nous connaissons et comprenons les protagonistes. »

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