(c) Mason Poole

De l’artiste à la bienfaitrice: les 5 facettes de Beyoncé

Artiste, entrepreneuse, mécène, icône de la diversité, mais aussi véritable énigme : la « Reine des cœurs » est tout cela à la fois. Portrait de la superstar qui envoûtera la scène du stade Roi Baudouin le dimanche 14 mai devant plus de 50 000 personnes. Par Cara Brems, avec la collaboration de Charlotte Davila.

L’artiste

I’m that girl, chante Beyoncé (41 ans) sur la piste d’ouverture de son dernier album, Renaissance (2022). « Cette fille », Beyoncé Giselle Knowles-Carter, a à peine 7 ans lors- qu’elle remporte un concours de jeunes talents à l’école de Houston, au Texas, en reprenant Imagine de John Lennon. Plus tard, elle écume les circuits des talents émergents avec son premier groupe, Girl’s Tyme. Mais la véritable gloire, à échelle internationale, arrive en 1997, lorsque Girl’s Tyme devient Destiny’s Child, un groupe de R&B. À la fin des années 90-début des années 2000, les tubes Survivor, Bills, Bills, Bills ou encore Say My Name caracolent en tête de l’Ultratop et le quatuor — qui finira en trio — deviendra l’un des girlsbands les plus lucratifs de tous les temps.

Le chapitre solo de Beyoncé commence en octobre 2002 avec une apparition dans la chanson 03 Bonnie & Clyde du rappeur Jay-Z, qui n’est alors que son amant depuis un an, désormais son mari depuis quinze ans. Destiny’s Child est mis en veilleuse et la leadeuse commence à travailler sur ce qui va devenir son premier album solo : Dangerously in Love (2003). Les tubes Crazy in Love, Baby Boy, Me, Myself and I et Naughty Girl font instantanément de Beyoncé la nouvelle sensation de la scène musicale. Une sensation qui n’a besoin que d’un prénom, comme Madonna, à la- quelle Beyoncé fera souvent référence dans sa future carrière. En 2004, elle enregistre un dernier album avec les Destiny’s Child — symboliquement intitulé Destiny Fulfilled —, mais le train solo dans lequel elle s’est engouffrée poursuit sa route sans relâche.

Lors de la dernière cérémonie des Grammy Awards, Beyoncé entre dans l’histoire en remportant trois prix, portant son palmarès total à 32, le plus grand nombre de Grammys jamais gagnés.

Dès lors, les succès s’accumulent : son deuxième album B’Day (2006) se classe numéro 1 aux États-Unis, tout comme son premier disque. Au cours de la même période, Beyoncé joue dans la comédie La Panthère rose et dans l’ode cinématographique aux Supremes, Dreamgirls. De plus en plus, Beyoncé se montre polyvalente. En 2008, elle sort I Am... Sasha Fierce avec la chanson Single Ladies (Put a Ring on It), qui résonne dans le monde entier : la chorégraphie du clip est reprise et réinventée à toutes les sauces sur Internet. Le succès de Beyoncé est tel que les Obama lui demandent de chanter l’hymne national lors du bal d’investiture. Suivront trois autres albums — 4 (2011), Beyoncé (2013) et Lemonade (2016). Queen B se produit aussi lors de deux spectacles de mi-temps du Super Bowl, enregistre un disque avec Jay-Z — The Carters —, produit des films documentaires — Life is but a Dream (2013), Beyoncé: Lemonade (2016), Homecoming (2019) et Black is King (2020) —, prête sa voix à Nala dans le remake du Roi Lion et tient la tête d’affiche du célèbre festival Coachella, rebaptisé « Beychella » pour l’occasion.

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Et puis, à la fin de l’année dernière, six ans après le carton de Lemonade, éclot son septième album, Renaissance, ode très personnelle à la musique dance et house des années 90. La critique ne tarit pas d’éloges et la tournée mondiale qui accompagne la sortie de l’album est sold-out en un rien de temps. Lors de la dernière cérémonie des Grammy Awards, Beyoncé entre dans l’histoire en remportant trois prix, portant son palmarès total à 32, le plus grand nombre de Grammys jamais gagnés. That girl, donc.

La femme d’affaires

« You have the same amount of hours in a day as Beyoncé. » Cette citation circule sur le Web depuis des années, elle est également imprimée sur de nombreux t-shirts et tasses. Motivant, effectivement, mais Beyoncé et ses multiples casquettes ont de quoi nous faire douter qu’elle ne se contente que de 24 heures par journée...

Au fil des ans, Beyoncé s’est donc développée non seulement en tant qu’artiste, mais aussi en tant qu’entrepreneuse. Aujourd’hui, l’empire commercial de Bey ne se limite pas aux secteurs de la musique et du cinéma. Elle est également comme chez elle dans le monde de la mode, de la beauté et du lifestyle. Dans le passé, elle a travaillé avec de grandes marques telles que Tiffany’s, Pepsi, L’Oréal et Tommy Hilfiger, et elle a récemment injecté des capitaux importants dans la marque d’eau américaine Lemon Perfect. Ce n’est pas sans raison qu’elle est classée 61e dans la liste des America’s Self-Made Women établie par le magazine économique Forbes en 2022. Alors, who runs the world ?

Pour mieux comprendre la marque Beyoncé, il faut remonter à ses pre- mières années. Le père de Beyoncé a très tôt pris en charge le management de la chanteuse et du groupe Destiny’s Child. Ce partenariat familial n’a pris fin qu’avec la création de Parkwood Entertainment en 2010, juste avant que Beyoncé ne sorte son quatrième disque. « Je voulais suivre les traces de Madonna et avoir un pouvoir économique, a-t-elle déclaré à l’époque. Je veux avoir mon propre empire et montrer aux autres femmes qu’à un certain stade de sa carrière, on n’a pas besoin de signer avec quelqu’un d’autre et de partager son argent. Il suffit de le faire soi-même. » Parkwood fait donc office d’agence de gestion, de maison de disques, de maison de production et de société de divertissement. Depuis lors, Beyoncé contrôle ses affaires de A à Z. Elle sort sa propre musique, réalise ses propres films et contrôle étroitement sa communication visuelle.

L’actualité la plus récente de sa vie professionnelle concerne sa marque de mode athleisure Ivy Park, contraction de Blue Ivy, le nom de sa fille aînée, et de Parkwood, la rue de Houston où elle a vécu. Un label fondé en 2014 qu’elle a d’abord géré avant de s’associer au géant du sport Adidas. La collaboration a toutefois récemment pris fin, en raison de ventes décevantes. Mais cela n’a pas mis fin à son histoire avec la mode. Immédiatement après la communication sur Ivy Park, une couverture de Vogue annonçait un nouveau partenariat entre Beyoncé et la marque de luxe Balmain. En collaboration avec le directeur de la création Olivier Rousteing, elle concevra une ligne de vêtements exclusive appelée Renaissance Couture, inspirée de son dernier album.

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Que Beyoncé – la femme et la marque – soit très demandée, c’est une évidence. Les prix de ses billets de concert parlent d’eux-mêmes. Quiconque souhaite voir performer Queen B devra mettre la main à la poche : un billet pour son concert à Bruxelles coûte entre 63,70 et 182,50 €. Une partie des billets ont été vendus selon le principe contesté de la tarification dynamique de l’organisateur de concerts Live Nation. Le but est de lutter contre les profits sur le marché de l’occasion, mais le résultat reste le même : les fans doivent payer plus cher.

L’énigme

Si on a tous l’impression de connaître Beyoncé et de faire partie de sa « BeyHive », la vraie personnalité qui se cache derrière l’artiste reste un mystère. Elle a la réputation d’être hyper professionnelle dans tout ce qu’elle fait. À tel point que les détails de sa vie privée ne peuvent être reconstitués qu’à partir des interviews qu’elle donne. Ainsi, ses derniers passages dans Vogue nous apprennent, entre autres, qu’elle vit dans une maison minimaliste à Los Angeles, avec de belles œuvres d’art accrochées au mur et de vraies ruches dans son jardin. Pure honey!

C’est justement à cause de ce manque d’interviews que la moindre nouvelle à son sujet devient une grande nouvelle. Un exemple récent : dans le documentaire Netflix Harry & Meghan, qui a fait couler beaucoup d’encre, Meghan Markle explique qu’elle a reçu un gentil message de Beyoncé, qui voulait lui remonter le moral étant donné la situation tendue avec la famille royale britannique. Non seulement ce petit message a fait l’objet d’articles entiers, mais Meghan Markle elle-même a été stupéfaite et surprise que Beyoncé sache qui elle était. Autre exemple : lors de la dernière cérémonie des Grammy, Queen B est arrivée avec une demi-heure de retard parce qu’elle était coincée dans les embouteillages. Et soudain, la demi-déesse s’est transformée en être humain. Comment ça, Beyoncé peut se retrouver coincée dans les embouteillages ?

L’identité exacte de Beyoncé, sa pertinence sociale et sa musique comme un signe des temps font même l’objet de cours magistraux.

Bien sûr, sa musique révèle parfois des parts bien cachées de son intimité. Son avant-dernier album, Lemonade, était censé faire le point sur l’adultère de Jay-Z avec une certaine « Becky with the good hair ». Mais Bey elle-même n’a jamais confirmé si l’album était vraiment autobiographique. Les spéculations continuent... On connaît la Beyoncé que Beyoncé veut bien nous faire connaître. L’identité exacte de Beyoncé, sa pertinence sociale et sa musique comme un signe des temps font même l’objet de cours magistraux. Aux États-Unis, vous pouvez suivre des cours tels que Lemonade: Beyoncé and Black Feminism et Beyoncé: Feminism, Race and Politics. Au Danemark, on enseigne Beyoncé, Gender and Race. Les Pays- Bas ont aussi leur « beyoncelogue » Munganyende Hélène Christelle a un cours sur Beyoncé qu’elle enseigne dans une haute école de Zwolle et a publié le recueil d’essais Liberté, Égalité, Beyoncé en 2021.

La bienfaitrice

Élever des abeilles, c’est une chose, mais la philanthrope qu’est la multimillionnaire Beyoncé fait bien plus pour le monde. En 2013, elle crée Bey-good Foundation, une fondation caritative qui soutient des organisations pour les communautés défavorisées. Les questions sociales telles que l’éducation, le logement, l’emploi, le bien- être mental et l’aide en cas de catastrophe sont au cœur de l’organisation. Pendant la pandémie, par exemple, Bey s’est investie pour aider la population vulnérable de sa ville natale de Houston. Elle a réalisé un remix avec la rappeuse Megan Thee Stallion – une autre star de la ville texane –, dont elle a reversé les bénéfices à une organisation qui fournissait des repas à des familles en situation précaire. Sous la bannière The Black Parade Route, Beygood a offert son soutien aux entreprises appartenant à des Noirs qui souffrent de l’impact de la pandémie. « It’s been a year of service for me », a déclaré Beyoncé à Vogue à propos de ses actions pendant la pandémie.

Mais la question du bien-être à bien d’autres niveaux préoccupe également Beyoncé. Break My Soul, le premier single de son dernier album, sorti à l’été 2022, est devenu un hymne pour les dé- missionnaires du monde entier : « Now, I just fell in love / And I just quit my job / I’m gonna find new drive / Damn, they work me so damn hard / Work by nine, then off past five / And they work my nerves / That’s why I cannot sleep at night » (« Je viens de tomber amoureuse / Et je viens de quitter mon travail / Je vais trouver une nouvelle motivation / Bon sang, ils me font travailler si dur / Au travail à 9 h, puis finir après 5 h / Et ils me tapent sur les nerfs / C’est pourquoi je n’arrive pas à dormir la nuit »). Ces quelques lignes ont mis le doigt sur un mal sociétal, comme en témoignent les nombreux mèmes créés sur le sujet, et ont conforté de nombreuses personnes dans l’idée qu’il n’est pas sain de rester dans un travail que l’on ne veut pas faire. Elle a ainsi ouvert le débat sur l’épuisement professionnel et l’éthique du travail. Beyoncé psychologue du travail ! En réaction, le Wall Street Journal a même publié un article dans lequel il demandait l’avis d’experts du travail, qu’il s’agisse de professeurs d’économie ou de PDG. Ou comment même ses paroles ont soudain fait la une des journaux...

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L’activiste

Beyoncé a, au fil des ans, marqué de plus en plus son engagement en faveur de l’inclusivité. En 2016, par exemple, lors du spectacle de la mi-temps du Super Bowl, elle mentionne le mouvement Black Lives Matter et le militant des droits civiques Malcolm X : une déclaration à forte portée politique ! Dans son album Lemonade, elle poursuit sur sa lancée avec des chansons sur la culture noire et le rôle des femmes dans cette culture. Des chansons qu’elle a en outre accompagnées de citations de la très populaire poètesse somalo-britannique Warsan Shire.

Avec le film musical Black is King (2020), elle a signé, comme le titre l’indique, un hymne à l’identité noire. Lorsque Vogue a récemment demandé à Beyoncé pourquoi, dans ses créations, une si grande partie était consa- crée à donner une voix à la communauté noire, et plus particulièrement africaine, elle a répondu que la maternité (elle est mère de trois enfants, Blue Ivy, 11 ans, et les jumeaux Rumi et Sir, 5 ans) avait été sa plus grande source d’inspiration : elle souhaite que ses enfants grandissent dans un monde où ils sont entendus et valorisés.

Avec Renaissance, Beyoncé a sorti un disque de house qu’elle dédie explicitement aux pionniers noirs et queer de la danse. En témoignent les innombrables samples et beats qu’elle puise dans l’histoire de la musique : de la chanteuse et mannequin Grace Jones à la légende de la house Honey Dijon en passant par la figure de proue des travestis Moi Renee. « Une entreprise musicale fondée aussi bien historiquement qu’artistiquement, a déclaré un critique. Beyoncé a une fois de plus utilisé sa scène pour raconter une histoire plus importante. »

Une artiste qui défend les droits de la communauté LGBTQ+ mais qui se fait payer pour un concert dans un pays qui ne respecte pas les droits de l’homme, même les plus grands fans s’interrogent.

Mais même une icône comme Beyoncé n’est pas à l’abri des critiques. En janvier de cette année, elle a donné sa toute première représentation en direct depuis quatre ans devant des influenceurs et des journalistes. Le lieu : une station balnéaire de luxe à Dubaï. Une prestation qui a suscité un certain émoi dans la Beyhive et même au-delà. C’est qu’il faut rappeler qu’aux Émirats arabes unis, l’homosexualité est considérée comme illégale. Une artiste qui défend les droits de la communauté LGBTQ+ mais qui se fait payer pour un concert dans un pays qui ne respecte pas les droits de l’homme, même les plus grands fans s’interrogent. Mais la réputation irréprochable de Beyoncé et la fidélité de sa fanbase font vite s’évaporer les bad buzz qui pourraient s’immiscer sur sa trajectoire.

« You can have ambition / But not too much / You should aim to be successful / But not too successful / Otherwise you will threaten the man » (« Vous pouvez avoir de l’ambition / Mais pas trop / Vous devriez viser le succès / Mais pas trop / Sinon vous menacerez l’homme »), chante-t-elle dans Flawless. Ce genre de paroles est une constante dans son œuvre. La féministe B lutte très explicitement contre les inégalités entre les hommes et les femmes depuis le début de sa carrière. Beyoncé, en particulier dans son rôle de championne de l’émancipation et de l’égalité, est et restera une storytelleuse pur sang. « I’m the bar », chante- t-elle dans Renaissance. On trépigne d’impatience à l’idée de découvrir à quelle hauteur la barre sera placée lors de son concert à Bruxelles.

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