Elle est folle de Django (toujours sur nos écrans) et brillait à Cannes aux côtés de François Damiens. Rencontre avec une actrice qui a pris, au fil du temps et de ses rôles, tous les visages de la beauté.

Cécile de France, séduction singulière

Comme parfois chez les grandes actrices du cinéma, de Meryl Streep à Julianne Moore, la beauté grandit avec les années. Cécile de France a délaissé les allures d’adolescente et s’épanouit avec une féminité plus puissante. Dans le biopic « Django » d’Étienne Comar (en salles depuis le 10 mai), l’actrice belge désormais basée en France campe Louise de Klerk, égérie fictive des années 30 amoureuse de Django Reinhardt. Le film suit le parcours du musicien sous l’Occupation, depuis sa prise de conscience politique jusqu’à la fuite en Suisse et la composition d’un requiem perdu pour ses frères Tsiganes. Si Cécile de France s’avoue fascinée par l’univers manouche («L’actrice principale du film, ça n’est pas moi, c’est la musique!», lance- t-elle), elle forme avec l’acteur Reda Kateb (son partenaire à l’écran) un couple de cinéma ultra-glamour, quelque part entre Lauren Bacall et Clark Gable. On a eu envie de lui parler de son évolution artistique en tant que femme et actrice, de ses débuts très garçonne chez Cédric Klapisch à son éclosion plus récente en femme fatale. «Être jolie ne m’intéresse pas. La beauté, c’est autre chose», nous a-t-elle confié durant notre interview.

Étiez-vous familière de la musique de Django Reinhardt?

« J’ai toujours admiré Django et été très attirée par le jazz manouche. J’aimais aussi beaucoup les films de Tony Gatlif, comme « Latcho Drom » qui racontait l’histoire des Roms. Django est le premier guitar hero. Il a inspiré des guitaristes plus contemporains, comme Jimi Hendrix. J’aime ce prisme musical pour raconter la vie de Django. Son nom veut dire «J’éveille» ou «Je m’éveille» en manouche, sa musique est devenue un acte de résistance. Il ne restait que quelques lignes de son requiem magnifique composé à la fin de la guerre. C’est Warren Ellis, un musicien de Nick Cave, qui a achevé la partition dans le film. Pour moi, c’est sublime. »

Parlez-nous de votre personnage, Louise de Klerk, qui sauve Django en lui permettant de s’évader en Suisse.

« On sait très peu de choses sur les circonstances de l’évasion de Django. Mais Django était un homme à femmes et Étienne Comar, le réalisateur, a imaginé le personnage de Louise, une femme de l’intelligentsia artistique de l’époque, qui adulait Django et lui aurait permis un véritable éveil politique. C’est un personnage proche des héroïnes des films noirs de l’époque. »

Il semble que vous ayez plus de plaisir à jouer les femmes fatales…

« C’est le rôle de Louise qui veut ça. Louise est une femme libre, indépendante, elle utilise sa liberté pour sauver Django. Comme Lee Miller, qui avait la haine des nazis et qui fut l’une des premières femmes reporters de guerre. La séduction du personnage a vraiment un but narratif. »

Qu’est-ce que la beauté représente pour vous?

« C’est très subjectif et personnel. Je ne suis pas attirée par les beautés archétypales. J’aime que la beauté ne soit pas uniforme, pas standard. Je suis plus touchée par des actrices comme Tilda Swinton ou Gena Rowlands, qui touchent au sublime par le mystère et la force de leur jeu, par leur puissance exceptionnelle. Mais j’aime aussi que le spectateur s’identifie facilement à moi, je présente une beauté plus accessible, il me semble. J’aime parler à toutes les femmes. »

Y a-t-il un rôle qui vous a marquée plus que les autres?

« Je ne pourrais pas choisir, c’est comme pour mes enfants. Je m’engage dans chaque rôle et chaque projet avec une passion et un investissement personnel total. Même si le film est moins bien ou ne marche pas dans les salles, ce qui compte, c’est ce que je vis en tournage et pendant les répétitions. Je défends toujours à fond mes personnages et ensuite, je m’en libère très vite. »

Y a-t-il des rôles que vous regrettez d’avoir refusés?

« Non, car j’ai toujours une période de réflexion intense avant d’accepter ou pas un rôle. Ensuite, je ne reviens pas sur mes décisions, car je sais qu’elles sont justes. Y revenir serait trop douloureux ou frustrant. Je n’aime pas ces émotions, ni dans ma vie ni dans mon métier. »

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