Ancien top model superstar, ancienne First Lady et auteure-compositrice-interprète, Carla Bruni revient nous murmurer à l’oreille l’amour et le temps qui passe, sur un album éponyme tout en épure et émotions. Par Isabelle Blandiaux.

Carla Bruni, à l’essentiel

« Quelque chose nous emporte nous réveille / Quelque chose comme une sorte de merveille / Si tu croisais quelque chose d’aussi beau / Il faut te jeter à l’eau, oui à l’eau. » Ce « quelque chose » que chante Carla Bruni sur son nouvel album qui porte sobrement son nom, c’est bien sûr l’amour, l’unique sujet qui compte vraiment à ses yeux. Dans l’existence et dans les mélodies. « Seul l’amour peut faire écran au néant et au désastre de la vie. Même si on est croyant. Parce qu’être croyant, au fond, c’est avoir de l’amour pour Dieu ou croire en l’amour de Dieu. Et si on n’est pas croyant, je pense que l’amour est une sorte de très bonne religion. Pour moi, c’est aussi le thème le plus inspirant. Parce que les autres aspects de la vie, même importants, je les trouve un peu insipides. Les seules choses qui ne sont pas insipides à mes yeux sont l’amour et la mort. Et elles vont bien ensemble, en plus », nous dit Carla Bruni-Sarkozy au téléphone, à la fois cool, sympa et dans le contrôle de chaque mot. Elle se montre très romantique et confirme son talent d’écriture sur cette collection de treize chansons plus une reprise (Porque te vas de Jeanette, 1974), toutes réalisées avec le subtil Albin de la Simone. Une quête de simplicité et la volonté d’aller à l’essentiel prévalent sur ce disque intimiste à son image, où sa voix ébréchée nimbée de mystère nous plonge dans un cocon palpitant, texturé et réconfortant de douce folk organique.

En quoi est-ce que cela a été évident pour vous, après dix-huit ans de carrière musicale, que c’était cet album-ci qui allait porter votre nom ?

C’est d’abord un album qui est pour moi comme un retour aux sources après mon disque de covers (de standards anglo-saxons, French Touch, NDLR) avec David Foster, pour lequel on s’était vues à Paris il y a trois ans. J’ai adoré revenir à l’essence de mon métier : l’écriture. J’ai écrit cet album le cœur battant. Ensuite, je me suis creusé la cervelle pour trouver un titre et je n’ai pas trouvé. Donc, j’ai fait un album éponyme, ce qui est drôle parce que c’est un truc que font les gens jeunes en général. Et pas les gens de mon âge (rires ; elle a 52 ans, NDLR). C’était un mélange de « Je ne trouve pas de titre » et de « Mon nom suffit ».

“J’aime le papier parce que cela me permet de garder les ratures, ce que j’ai enlevé, la progression de la chanson”

L’écriture a toujours fait partie de votre vie ? Avant la musique ?

Oui, avant la musique. Dès que j’ai appris à écrire. J’écris sur des carnets, j’aime le papier parce que cela me permet de garder les ratures, ce que j’ai enlevé, la progression de la chanson. Si j’écris sur ordinateur, tout s’efface, on ne peut pas garder les brouillons. J’inscris des idées en flux continu mais je ne les développe pas. Quand j’essaye de m’y mettre pour un album, je replonge dans toutes les notes que j’ai prises pendant les années ou les mois précédents. Là, je vois ce qui m’inspire. Et je fais pareil avec les mélodies.

Ces textes très ciselés que avez écrits, est- ce qu’ils viennent de votre vécu ?

Pas forcément. Plus le temps passe, plus j’arrive à écrire sur des émotions qui sont intimes mais qui ne sont pas celles de mon histoire. Parfois, une étincelle suffit, un film, un livre, une simple phrase lue quelque part, l’observation des autres. J’écris alors quelque chose que je ne suis pas forcément en train de vivre mais qui me touche, que je ressens comme n’importe quel autre être humain. J’essaye de partir du plus intime en moi et d’aller vers un nombre de personnes le plus grand possible. Je tente de parler de tout le monde. Comme si on était tous les mêmes.

Le temps qui passe et nous échappe est très présent sur cet album. Est-ce que la mélancolie s’amplifie chez vous avec les années ?

Cela s’aiguise, oui. Quand on est jeune, on n’en a vraiment pas conscience. On ne sent pas le temps qui passe. Après, on le sent tout le temps. Dans La chambre vide, j’évoque le départ d’un enfant qui est devenu grand (son fils Aurélien a 19 ans et a commencé la fac, NDLR). Une sensation étrange quand tout à coup cette personne qui prenait tant de place n’est plus là. C’est juste et naturel, mais on se dit à ce moment-là que tout cela est passé tellement vite. C’est banal. Ce sont des sentiments universels.

“Je pense qu’on peut conditionner son existence à faire passer l’amour avant le reste.”

Dans la vie quotidienne, vous êtes quelqu’un d’assez joyeux, non ?

Oui, c’est vrai, mais la contradiction est une chose assez naturelle à l’être humain. Je pense que je l’ai naturellement suivie en équilibrant beaucoup de chansons entre mélancolie et rythme enlevé. C’est une contradiction qui ressort dans ma musique et dans ma vie.

Cela vous inquiète de vieillir ?

Cela ne me plaît pas forcément, mais comme je ne peux rien y faire, je laisse tomber. Je préfère mettre mon énergie dans les choses que je peux changer.

L’amour, au cœur de cet album, a-t-il guidé vos pas dans votre vie ?

Je crois que l’amour a guidé ma vie, mais j’ai aussi eu de la chance. Globalement, je pense qu’on peut conditionner son existence à faire passer l’amour avant le reste. C’est une question d’intention et de désir.

Le grand amour, que vous chantez sur un de vos singles, vous y avez toujours cru ?

Oui, on le rêve avant de le vivre, le grand amour. C’est un fantasme et même un désir profond de l’être humain. Je l’ai aussi, ce désir. Et parfois, pour certains chanceux, c’est une réalité. Oui, je parle du mien, de grand amour, j’écris à l’encre de mon amour mais je parle aussi de tous les autres grands amours. À chacun le sien, il n’y a pas de définition. Il dure ou il ne dure pas, c’est très personnel.

Découvrez notre rencontre exclusive avec Carla Bruni en intégralité dans le GAEL de novembre, disponible en librairie.

Lisez aussi: