Si le confinement est nécessaire, il fait aussi ses victimes collatérales. Ces femmes réactives et créatives remuent ciel et terre pour les accompagner. Fatima Ben Moulay est responsable adjointe de l’association Vie Féminine Charleroi. Elle nous explique pourquoi l’aide aux femmes en difficulté est essentielle en ces temps de crise. Interview: Florence Hainaut. 

Le témoignage de Fatima Ben Moulay

L’association Vie féminine, dont la spécificité est la proximité et le contact régulier avec les femmes, a dû se réinventer très vite. Permanences sociales et juridiques par téléphone, suivi via les réseaux sociaux. Femmes précarisées, en situation de handicap, isolées, mères célibataires : un public particulièrement vulnérable qui a besoin plus que jamais de ce réseau de solidarité. La situation est plus dangereuse encore pour celles qui sont victimes de violences conjugales. Les chiffres ont explosé dans les pays qui ont déjà subi un confinement. Comment les aider dans ces conditions ? Fatima Ben Moulay, responsable adjointe de Vie féminine Charleroi, nous explique:

« En temps normal, c’est hyper difficile d’être en lien constant avec les femmes victimes, elle craignent d’être vues si elles entrent dans nos locaux, elles sont souvent très surveillées par leurs conjoints. Ça nous arrive de leur donner des téléphones pour qu’elles puissent nous appeler discrètement, le leur étant régulièrement fouillé. Avec le confinement, on a élargi la permanence pour qu’elles puissent nous joindre n’importe quand. Il y a deux jours, une femme m’a contactée pour me dire que son mari avait été si violent que la police était intervenue en pleine nuit. Elle était dehors, sans rien. Ou cette mère de quatre enfants qui n’avait plus de mazout et dont le compagnon était parti depuis plusieurs jours. On est un réseau de solidarité entre femmes, et donc on active le réseau et on s’organise pour répondre à ce genre de besoin urgent. Ce que je crains, en cette période, c’est une augmentation des féminicides. Avant le confinement, les femmes qui subissent des violences étaient déjà dans un stress permanent, mais elles avaient des petits espaces pour souffler : le mari qui part travailler, aller chercher les enfants à l’école, rendre visite à la voisine. Ce sont des petites bulles d’oxygène pour elles. Tout ça a disparu.

“Les décisions politiques ne tiennent pas compte des réalités sociales des personnes les plus exclues.Il est clair que ça provoque chez moi un sentiment de révolte.”

Donc on est toutes très présentes, par tous les canaux possibles et imaginables. Nous avons des groupes sur Facebook avec des femmes que nous savons victimes de violences. On n’y parle pas spécialement de ça, mais on entretient le lien, on échange, on se donne des conseils. On essaie d’éviter à tout prix qu’elles soient isolées. On fait aussi un travail de prévention à l’égard du grand public. Ce qui peut sauver ces femmes, ce sont les proches, des voisins, un enfant, quelqu’un qui est témoin et qui appelle la police ou les secours. Donc on tente de sensibiliser au maximum les personnes.

Le confinement engendre un stress, mais je le vis plus pour elles que pour moi-même. Ces mesures ont été prises pour notre sécurité, mais ne plus être présentes sur le terrain implique de la frustration. Ces mesures sécuritaires n’ont rien de social, les plus fragiles en souffrent. Ce sont de nouveau les femmes qui devront porter sur les épaules toute la charge mentale qu’engendre ce confinement. Les décisions politiques ne tiennent pas compte des réalités sociales des personnes les plus exclues. Il est clair que ça provoque chez moi un sentiment de révolte. »

  • L’association Vie féminine a des antennes partout à Bruxelles et en Wallonie, tous les numéros se trouvent dans la rubrique « contactez-nous » du site viefeminine.be. Un numéro à retenir : 0800 30 030. C’est celui d’« Écoute violence conjugale », une ligne d’appel gratuite. Si vous êtes victime ou témoin, appelez.

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