Isabelle Roskam et Moïra Mikolajczak sont professeures en psycho à l’Université de Louvain. Depuis cinq ans, elles gèrent un laboratoire de recherche et un centre de consultation sur la question du burn-out parental. Dès l’annonce du confinement, elles créent SOS Parents, un numéro d’appel pour parents qui craquent. Interview: Florence Hainaut.

SOS parents en détresse

 Isabelle Roskam: « Ce qu’on sait de nos recherches, c’est que le burn-out parental est le résultat de trop de stress et d’un manque de ressources pour y faire face. En situation de confinement, le stress augmente de façon drastique, augmentant la possibilité de conflits. Ajoutez à cela le boulot à gérer ou l’absence de travail, l’augmentation des tâches domestiques, la privation de liberté, l’angoisse par rapport à la santé, les devoirs de l’école qui arrivent. En même temps, les ressources sur lesquelles les parents peuvent habituellement s’appuyer diminuent : l’aide des grands-parents, éventuellement d’une femme de ménage, les activités extrascolaires qui structurent la vie de l’enfant et le fatiguent, le travail, nos propres temps de loisirs, etc.

Écoute et conseils

Dans ces conditions, l’équilibre entre le stress et les ressources est menacé et c’est ce qui mène au burn-out. Nos recherches nous montrent qu’il touche un parent sur vingt en temps normal, et on se doutait qu’en période de confinement, les chiffres allaient exploser. On s’est dit qu’on devait mettre en place un système de soutien, une écoute empathique, des conseils. Un parent qui craque, c’est un parent qui sera plus enclin à négliger ou maltraiter son enfant. Donc l’idée est aussi de prévenir les violences intrafamiliales. Plusieurs dizaines de psychologues que nous avons formés ont répondu à notre appel à bénévoles. Des personnes qui sont bien placées pour réaliser qu’une crise psychosociale va venir s’ajouter à la crise sanitaire et économique. Beaucoup sont indépendants, donc actuellement sans travail, et ils et elles avaient envie de se rendre utiles. La ligne est très sollicitée, facilement saturée. On est en train de créer de nouvelles équipes pour qu’il y ait toujours quelqu’un de disponible.

“Dans l’imaginaire collectif, la parentalité est associée à des sentiments positifs”

Au téléphone, on a beaucoup de parents un peu perdus, en demande de conseils éducatifs. Certains ne savent pas comment répondre aux questions des enfants sur la crise, ils ont peur de transmettre leurs angoisses. Puis on a des gens qui se disent épuisés émotionnellement et qui ont du mal à se connecter à leurs enfants, qui n’ont plus aucun plaisir. Ils appellent pour avoir une soupape. Quand on a une famille monoparentale, un adulte enfermé avec parfois quatre enfants sans autre adulte pour partager ses difficultés, on est vraiment importants pour eux. Il y a aussi des urgences sociales aiguës. J’ai eu une maman en situation très précaire qui a appelé avec ce qui lui restait de batterie pour nous dire qu’elle n’avait plus d’électricité. Elle était obligée d’utiliser des cartes prépayées et tous les points de vente qui permettent de les recharger étaient fermés. J’ai pris contact avec son CPAS pour trouver une solution.

Et après?

On ne sait pas ce que va devenir ce numéro après la crise. On constate que les parents qui n’en peuvent plus mettent du temps à venir nous voir parce que dans l’imaginaire collectif, la parentalité est associée à des sentiments positifs. Dire qu’on en a marre, qu’on regrette, qu’on ne gère plus, c’est un mal honteux. Au lieu de venir dès le début, ils se laissent aller très loin avant de faire appel à nous. Souvent, ils viennent après avoir dépassé les limites ou quand ils ont des idées suicidaires. On se dit qu’un service, une ligne anonyme avant d’en arriver là, ça manque. Et donc qu’il faudrait la conserver. »

Pendant la crise, la ligne SOS Parents est disponible 7 j/7 de 8 h à 20 h : 0471 414 333. Le site Internet est une mine de conseils utiles : burnoutparental.com.

Plus d’initiatives solidaires dans le GAEL de mai, disponible en librairie et en grande surface.

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