De plus en plus de ménages, dans notre société très éprise de liberté individuelle, choisissent le LAT. Living Apart Together, c’est être conjoints, mais en vivant disjoints. Par Ans Vroom et Anne-Sophie Kersten. Photo: Duncan De Fey.

Living apart together

Danièle, 22 ans : « Charlotte et moi sommes peut-être jeunes, mais nous sommes en couple depuis de nombreuses années. On se connaît depuis l’école primaire. Quand on a fini nos études, le choix logique aurait été de nous installer ensemble, mais on a décidé de ne pas le faire. Je viens d’une famille assez atypique, avec des parents qui se sont séparés tôt. Ma maman a toujours été une femme indépendante. Elle m’a incitée à me tenir sur mes deux jambes sans jamais dépendre de quelqu’un d’autre. Charlotte, elle, a grandi dans un environnement plus stable. Pour ma part, je n’ai jamais connu cette sensation de rentrer “chez soi” dans la maison parentale. J’ai si souvent déménagé étant enfant ! J’aspire d’autant plus au calme et à la sécurité. J’aime l’idée de n’avoir qu’une partenaire pour le reste de ma vie, mais il me semble quand même important qu’on apprenne toutes les deux à nous débrouiller seules avant de nous installer ensemble. Et puis, parfois, ça me plaît aussi d’avoir juste du temps pour moi toute seule. Quand je rentre d’un shift de nuit plus fatigant, par exemple (je travaille comme éducatrice dans un internat), j’apprécie d’être seule chez moi et de ne devoir tenir compte de personne.

J’ai l’impression que notre génération vit un tournant. L’idée de la famille nucléaire traditionnelle vacille. Déjà, à la base, Charlotte et moi ne formons pas un coupe dans la norme puisque nous sommes deux femmes. Mais autour de nous aussi, beaucoup d’amis choisissent de ne pas avoir pas d’enfant ou de vivre seuls. Espérons que nous évoluerons vers une société ouverte, qui accepte tous ces choix de vie et façons d’aimer. »

« Il y a de grandes chances pour qu’on finisse par atterrir sous le même toit un jour, mais pour le moment, on est parfaitement heureuses de notre indépendance. »

Charlotte, 21 ans : « Dans notre cercle d’amis, différents couples vivent déjà ensemble, même s’ils sont encore jeunes. Ce que Danièle dit au sujet de notre génération, plus ouverte, est vrai, mais hélas, beaucoup d’entre nous doivent faire face à une autre réalité : les difficultés financières, qui rendent parfois impossible le fait de vivre seul. De plus en plus de gens de notre âge optent pour la colocation, comme ça se fait déjà depuis longtemps dans les grandes villes comme New York. Je trouve dommage de s’installer avec son partenaire pour des raisons financières, et je constate que la crise du corona nous a tous rendus plus prudents. Danièle et moi travaillons heureusement toutes les deux dans le secteur des soins, qui ne nous impose pas de nous faire de soucis financiers pour le moment. Elle et moi passons beaucoup de temps ensemble, et puis parfois on ne se voit pas pendant plusieurs jours, ce qui me semble très sain pour notre couple. On a alors hâte de se retrouver, et on apprécie d’autant plus les moments partagés. Il y a de grandes chances pour qu’on finisse par atterrir sous le même toit un jour, mais pour le moment, on est parfaitement heureuses de notre indépendance. »

Retrouvez notre dossier « Living apart together » en intégralité dans le GAEL de septembre, disponible en librairie.

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