On rêve tous de nuits réparatrices, surtout ceux à qui elles font le plus défaut. C’est le cas de Philippe, qui souffre de crises de somnambulisme.

Pus d’un quart de la population adulte souffre de troubles du sommeil : insomnie, hypersomnie (somnolence excessive), narcolepsie (endormissements incontrôlés en journée), ronflements et apnées du sommeil. À côté de ces troubles, il y a aussi les « parasomnies », des désagréments a priori plus légers mais dont les personnes les plus touchées se passeraient bien. Somnambulisme, somniloquie (parler en dormant), terreurs nocturnes, sensations de chute, grincements de dents, mouvements périodiques des jambes… autant de phénomènes indésirables pendant le sommeil dont le dormeur n’a pas conscience. Rencontre avec Philippe, un trentenaire souffrant de crises de somnambulisme depuis ses 6 ans.

Est-il dangereux de réveiller un somnambule en crise? Un expert nous répond ici.

Le témoignage de Philippe

« La première crise s’est déroulée dans une petite maison que ma grand-mère avait louée à la mer, dans les dunes. Un matin, très tôt, je suis sorti. J’ai marché, marché… et ma grand-mère m’a rattrapé juste avant que je n’arrive sur la chaussée. Je revois encore la scène : la route, le chemin pour y arriver, la panique de ma grand-mère et moi, enfin réveillé, mais me demandant ce que je faisais là. Et cela ne s’est pas arrêté aux promenades nocturnes : je pouvais aussi défaire tous mes draps, prendre des douches et chasser des bêtes imaginaires hors de ma chambre. Je n’en avais pas honte. Enfant, j’étais à l’aise avec ça, je n’ai jamais caché que j’étais somnambule. Mon activité nocturne fascine plutôt les gens. Heureusement, ils ne me prennent pas pour un fou. Mon entourage a toujours été très ouvert à ce sujet. J’ai pourtant toujours peur à l’idée de loger ailleurs que chez moi. »

« Tout cela sans que je me réveille. Une fois, en camping, mes amis m’ont réveillé alors que je dormais tout nu sur mon matelas. On a dû aller récupérer mes vêtements éparpillés dans tout le camping »

« Vers mes 15 ans, je suis allé dormir chez un ami. Cette nuit-là, j’ai complètement défait mon lit, je l’ai dressé debout contre le mur et j’ai juste remis le sommier à lattes sur moi, comme un drap. Il y a aussi eu cette fois, lors d’un camp où les lits étaient superposés : j’ai poussé si fort avec mes jambes sur le lit au-dessus du mien qu’il s’est déboîté et que mon camarade de chambre et moi-même sommes tombés sur le sol. Tout cela sans que je me réveille. Une fois, en camping, mes amis m’ont réveillé alors que je dormais tout nu sur mon matelas. On a dû aller récupérer mes vêtements éparpillés dans tout le camping, où circulaient des histoires au sujet d’un fou qui avait frappé les tentes en criant... En chemin, on a retrouvé mon haut et mon bas de pyjama, et mon sac de couchage dans une toilette. »

Un danger pour mes proches et moi

« Un jour, j’ai vu un reportage sur le somnambulisme qui m’a marqué : on y disait que normalement, personne ne fait en dormant ce qu’il ne ferait pas en situation éveillée. Cette phrase m’a rassuré, parce que je ne voudrais en aucun cas faire du mal à mes proches. Lorsque je me blesse, ça s’arrête en général à des bleus, sauf la fois où j’ai perdu une dent en tombant sur le bord de mon lit. Quand on a acheté notre maison, ma compagne et moi avons immédiatement prévu des verrous aux fenêtres. Elle seule sait où sont cachées les clés. Et quand on part en voyage, je place toujours l’armoire de la chambre d’hôtel devant la fenêtre, de façon à ce que je fasse d’abord du bruit si j’essaie de sortir par là. S’il n’y a pas d’armoire, je me couche de façon à devoir escalader ma copine pour sortir. Je me place toujours le plus loin possible du point de danger. Cela laisse plus de temps à ma compagne pour réagir et me retenir. »

Au dodo!