Les plus chanceux d’entre nous ont découvert pendant le lockdown qu’une vie plus posée, plus en accord avec nos besoins profonds était possible. Du coup, qui est prêt à repartir au triple galop dans son marathon d’avant la crise ?

À commencer par la question du travail: après plusieurs mois passés à la maison, les employés comme les patrons découvrent les bénéfices du homeworking, quitte à repenser sérieusement leurs habitudes. Et si on pouvait maintenant choisir son bureau à la carte?

Choisir son bureau

Sophie se réjouit de revoir ses collègues en live, mais elle craint de retrouver par la même occasion le brouhaha et l’envahissement liés au paysager qu’ils partagent.

« Par moments, mon travail demande une grande concentration, à d’autres, il m’impose des réunions et appels téléphoniques. Travailler seule chez moi a été une incroyable bouffée d’air. Mes pauses y ont été bien plus efficaces : courtes, sans écran, alors qu’au bureau j’ai tendance à rester assise devant mon ordi pour papoter avec mes collègues ou à aller boire un énième (mauvais) café ! »

« Capitalisons sur la confiance, préconise le philosophe Ghislain Deslandes. Osons lâcher les anciennes règles, faisons preuve de bon sens et alternons nos lieux de travail en fonction des tâches. »

Jean-Paul Erhard gère Peoplesphere, une plateforme média dédiée aux professionnels du people management. Interrogé post confinement sur la RTBF, il encourage les managers à offrir aux employés dans le cas de Sophie de vraies bonnes raisons de se rendre au bureau et de retourner grossir les files des heures de pointes. “Les études montrent que le télétravail nous rend jusqu’à 30% plus productifs à titre personnel, chacun sur ses propres tâches. Mais l’appauvrissement des relations entre les collègues, le manque d’échanges et de croisements d’idées fait en sorte qu’au niveau global, l’entreprise y perd. » Comme le philosophe français Ghislain Deslandes, il préconise donc de capitaliser sur la confiance : osons lâcher les anciennes règles, faisons preuve de bons sens et alternons nos lieux de travail en fonction des tâches! Certaines exigent un silence absolu, d’autres peuvent tolérer un bruit de fond, d’autres encore demandent de se réunir. »

Anouk van Oordt, dynamique Néerlandaise arrivée en Belgique il y a plus de 20 ans – d’où son parfait français – a créé voilà 10 ans We are OOO (Out Of Office). Elle aide les entreprises à développer un cadre de travail et un fonctionnement en accord avec leurs mission et valeurs. Adieux open spaces aseptisés ! Il suffit de voir la nouvelle entrée du bâtiment d’Anderlecht d’UCB :  ça ressemble plus à un chaleureux co-working qu’à un hall d’entreprise pharmaceutique !

« Revenir au bureau après le confinement n’est pas un cap anodin ! Déjà parce que tout le monde l’a vécu de façon différente. On conseille donc à nos clients de commencer par prendre le pouls de chacun: « comment te sens-tu ? Et qu’as-tu appris sur toi en cette période ? » (beaucoup se sont découverts encore plus efficaces qu’ils ne le pensaient, « tout ce qu’on a réussi à boucler en une journée ! ») Et ensuite : « Si tu devais revenir au bureau, tu souhaiterais y être combien de jours par semaine ? Et pour y faire quoi ? » A l’issue de ces questionnaires, on remarque que les gens ont besoin de partager ensemble des moments formels et aussi informels. Les deux types de partages sont nécessaires pour assurer une bonne cohésion d’équipe, et du coup favoriser motivation et performance. J’insiste sur cet aspect informel, qui nous a manqué pendant le confinement : manger ensemble, rigoler, boire un verre.

« Pour qu’une équipe soit soudée, on a aussi besoin de montrer qui on est, d’oser parfois laisser voir l’humain derrière la fonction (…) »

Pour souder les équipes, on conseille donc d’installer des rituels formels et informels. Et ceci aussi bien en présentiel qu’en virtuel, d’ailleurs. Pour qu’une équipe soit soudée, on a aussi besoin de montrer qui on est, d’oser parfois laisser voir l’humain derrière la fonction, un humain qui peut être vulnérable et avoir besoin de sentir que les autres le soutiennent. On prône les questions du type :  « sur quoi travaillez-vous chacun en ce moment ? », « qui a besoin d’aide ? » Les leaders de demain, qui travailleront donc parfois avec des équipes à distance, devront faire preuve de nouvelles compétences, comme celles de parfois se montrer vulnérable pour que chacun ose être soi-même et que les liens se créent réellement. D’après mon expérience, l’idéal sera de revenir au bureau 3 jours par semaine pour se connecter les uns aux autres, et d’en télétravailler deux. Et ce télétravail peut se faire soit de chez soi, soit d’un coworking près de chez soi, ou même d’un café sympa.

Si la production pure se fera en télétravail, le lieu de travail devient donc avant tout un espace de connexion, à échelle humaine, et sera divisé en sous-espaces adaptés aux diverses activités : collaborer mais aussi se retrouver en informel. Ça ressemble à un café chaleureux, pas à un bureau finalement. Et ce sera très cosy, dans des matériaux qui collent aux valeurs de l’entreprise (authentiques, chaleureux, par exemple) et où l’énergie circule. Pour qu’une bonne énergie circule, les designers travailleront sur les 5 sens : il y aura des fenêtres qui ouvrent des perspective et créent des surprises visuelles, il y aura du silence ici mais peut-être une légère musique là, etc.

Découvrez notre dossier « Vivre mieux après le confinement » dans le GAEL d’août, disponible en librairie.

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